La stabilisation du Mali est un enjeu crucial pour le Sahel (11/12/2014)

Sahel - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 11 décembre 2014

Madame l’Envoyé spéciale du Secrétaire général pour le Sahel,
Monsieur le Président,

Je remercie Madame l’Envoyée spéciale pour son intervention et je tiens à lui renouveler le plein soutien de la France dans sa mission.

Monsieur le Président,

La stabilisation du Mali est un enjeu crucial pour le Sahel.

Après avoir mobilisé l’attention et l’énergie du Conseil de sécurité depuis deux ans, le Mali entre dans une période qui peut être historique. Les négociations de paix menées à Alger réunissent les parties maliennes pour la première fois sous l’égide de l’ensemble de la communauté internationale. Je voudrais saluer à cet égard l’investissement de l’ensemble des partenaires internationaux dans ces négociations, en particulier l’Algérie et les Nations unies.

Un accord de paix au Mali inclusif et réellement appliqué aurait des conséquences bénéfiques pour l’ensemble du Sahel, et au-delà. Les effets sur l’amélioration de la sécurité dans la région seraient évidents.

En ce moment crucial, les Nations unies et, plus largement, l’ensemble de la communauté internationale ont une responsabilité forte à exercer : nous devons continuer à inciter les parties maliennes à négocier dans un esprit de compromis pour conclure un accord de paix durable et inclusif.

Monsieur le Président,

La France est très engagée pour aider les pays du Sahel à faire face aux défis auxquels ils sont confrontés

En complément de son engagement au sein de l’Union européenne et des Nations unies, la France a revue en 2013 sa stratégie sahélo-saharienne qu’elle avait lancé à titre national en 2008.Notre stratégie vise à définir une approche globale alliant les questions de sécurité, de gouvernance et de développement.

La stratégie sahélo-saharienne française couvre la coopération de la France avec six pays : Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad. Cette stratégie se concentre en particulier sur les 4 priorités suivantes :

Premièrement, contribuer à l’amélioration des conditions de vie des populations : accès aux services de base, désenclavement des espaces reculés, maillage territorial de l’Etat, développement économique durable ;

Deuxièmement, renforcer les capacités des États pour leur donner les moyens de lutter contre le terrorisme et les grands trafics ;

Troisièmement, lutter contre la radicalisation en soutenant le développement de l’éducation et des médias ;

Quatrièmement, encourager et faciliter la coopération sécuritaire régionale.

La stratégie sahélo-saharienne française représente plus de 400 M€, soit 500M$, d’aide bilatérale au développement chaque année. La France met à disposition de ces pays 160 experts techniques et sécuritaires dans le cadre de cette stratégie.

Monsieur le Président,

L’opération militaire française Barkhane représente la contribution de la France à la lutte contre le terrorisme et à l’amélioration de la sécurité au Sahel. L’opération Barkhane a été lancée le 1er août de cette année à la demande de cinq pays du Sahel et en étroite collaboration avec eux. Elle mobilise plus de 3 000 soldats, d’importants moyens aériens et plusieurs centaines de véhicules.

L’opération Barkhane adopte une dimension régionale pour faire face à la circulation des groupes terroristes dans le Sahel. Elle vise deux objectifs :

Tout d’abord, lutter contre la menace terroriste au niveau régional. Dans la nuit d’hier à aujourd’hui, au cours d’une opération près de Gao, les forces françaises ont neutralisé l’un des principaux chefs terroristes au Sahel, ancien chef militaire du Mujao. Cet individu était responsable de plusieurs prises d’otages et assassinat.

Contribuer ensuite à développer les capacités sécuritaires des Etats du Sahel.

Monsieur le Président,

La stratégie Sahel des Nations unies doit aider l’ensemble des acteurs à coordonner leurs efforts en faveur du Sahel

La diversité des initiatives sur le Sahel (ONU, UE, CEDEAO, Banque mondiale, UA) est le signe d’une forte mobilisation de la communauté internationale. Je salue à cet égard la création du G5 Sahel qui vise à coordonner les efforts des principaux pays concernés.
Pour être efficaces, il est important que ces stratégies soient coordonnées.

Dans ce contexte, la plateforme ministérielle de coordination de la stratégie Sahel, mise en place à l’occasion de la visite du Secrétaire général au Sahel en novembre 2013 est un cadre unique. Cette plateforme, présidée aujourd’hui par le Mali, est la seule instance qui réunit tous les Etats d’Afrique de l’Ouest et du Maghreb, ainsi que les organisations internationales et régionales concernées. Je salue, Madame l’Envoyé spéciale, vos efforts pour faire converger les efforts régionaux et internationaux en faveur du Sahel. Je salue en particulier le renforcement de la coopération entre la plateforme ministérielle de coordination et les pays du G5 Sahel.

Monsieur le Président,

La stratégie Sahel des Nations unies doit déboucher sur des projets concrets dans tous les domaines :

Dans le domaine de la gouvernance : l’année prochaine sera marquée par un nombre important d’élections au Sahel et en Afrique de l’Ouest. Les Nations unies ont pour mission d’aider les Etats qui le souhaitent à organiser ces échéances de manière transparente et crédible.

A l’occasion du XVème sommet de la Francophonie qui s’est tenu les 29 et 30 novembre derniers à Dakar, le Président François Hollande a salué le courage du peuple burkinabé au cours des dernières semaines. Son exemple démontre que ce sont les peuples qui doivent décider de leur avenir. Nous espérons que les burkinabés sauront désormais maitriser ce processus de transition, faire en sorte que la réconciliation vienne et que des élections libres et transparentes soient organisées dans un délai d’un an.

Dans le domaine de la sécurité : le Secrétaire général a rappelé que les attaques terroristes au Maghreb et au Sahel ont progressé de 60% en 2013 par rapport à 2012. Les Nations unies ont pour vocation à aider les Etats de la région et les organisations africaines à renforcer leur coopération pour lutter contre le terrorisme. Nous soutenons l’opérationnalisation de ces initiatives, dans le cadre de l’architecture africaine de paix et de sécurité.

Dans le domaine humanitaire et du développement : en 2014, on estime à plus de 20 millions le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire dans la région. 5 millions d’enfants sont menacés par un risque de malnutrition grave. Le développement des espaces désertiques doit être un axe majeur des efforts de la communauté internationale.

Sur l’ensemble de ces dossiers vous pouvez compter sur l’engagement résolu de la France

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/01/2016

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