11 novembre 2014 - Conseil de sécurité - Bosnie-Herzégovine - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies

Je remercie le Haut représentant en Bosnie-Herzégovine, M. Inzko, pour sa présentation et ses propos sincères et directs qui sont ceux d’un ami de la Bosnie-Herzégovine. Je m’associe aussi à l’intervention qui sera prononcée par l’Union européenne.

La situation de la Bosnie-Herzégovine continue d’accuser un certain retard par rapport à celle de ses voisins dans son rapprochement avec l’Union européenne. Le rapport de M. Inzko fait état d’un certain nombre de préoccupations en la matière. Je ne reviendrai pas dessus.
Je voudrais concentrer mon intervention sur trois points :

En premier lieu, après avoir manifesté leur mécontentement en février, les Bosniens se sont rendus aux urnes en octobre, dans des proportions similaires à ce qu’il est constaté dans d’autres pays européens. Ceci témoigne de leur appropriation de l’exercice démocratique.

Même si les scrutins se sont déroulés dans un climat de tensions, aucune dégradation de la situation sécuritaire n’a été relevée, donnant ainsi leur vraie perspective aux manifestations de février dernier : c’est un épisode regrettable dans ses débordements mais isolé ; il s’agit d’un appel profond de la société bosnienne à l’élite qui la gouverne.

Toutefois on compte toujours parmi les principaux vainqueurs de ces élections ces dirigeants nationalistes d’une classe politique durablement installée et qui s’est jusqu’à présent montrée incapable de faire fonctionner les institutions du pays, de répondre aux besoins de la population ni de lui donner une perspective d’avenir.

Mais nous relevons avec satisfaction que la campagne électorale a aussi abordé les préoccupations socio-économiques des Bosniens, laissant espérer que les lignes de fracture ethnique s’effaceront à terme du jeu politique. Une conscience politique nouvelle émerge de jour en jour, qui permettra de donner de véritables réponses aux aspirations de la population.

Nous devons collectivement œuvrer pour lui offrir une perspective de long terme qui favorise cette émergence.

En deuxième lieu, seule la perspective d’intégration européenne offre une voie d’avenir viable pour la Bosnie-Herzégovine et cette perspective doit agir, comme elle le fait dans le reste des Balkans, comme un catalyseur de la transformation de ce pays.

Il est faux d’affirmer que cette perspective a été imposée de l’extérieur, contre la volonté des populations. Cette perspective, c’est celle des Bosniens eux-mêmes, telle que cela a été rappelé par leur représentant à la tribune des Nations unies il y a tout juste sept semaines.

Cet espoir témoigne de l’attrait que l’Union européenne n’a jamais cessé d’exercer et il est, parmi d’autres, le facteur de cohésion et de la marche en avant en Bosnie-Herzégovine.

Nous réaffirmons en retour notre attachement à voir la Bosnie-Herzégovine rejoindre l’Union européenne en tant que pays uni, souverain et jouissant de sa pleine intégrité territoriale. C’est l’Europe toute entière qui envoie ce message aux Bosniens.

Refuser à la Bosnie cette perspective c’est précisément vouloir la maintenir dans une situation de précarité et de fragilité, à la merci de tous les dérapages nationalistes qui conduisent aux drames que nous connaissons ailleurs. C’est précisément faire le lit de ceux qui au sein de cette classe politique maintiennent la Bosnie-Herzégovine dans l’ornière.

A l’inverse, il est bien de la responsabilité du Conseil de sécurité de célébrer l’effet positif qu’exerce cette perspective européenne sur la sécurité de la Bosnie, comme nous le faisons à travers la résolution que nous venons d’adopter. Le nier serait méconnaitre les responsabilités de ce Conseil, mais également témoigner d’une ignorance quant au rôle que joue l’Union européenne dans les Balkans.

Nous regrettons à ce titre l’abstention de la Russie alors qu’elle peut jouer un rôle positif dans les Balkans eu égard aux liens historiques et culturels qui l’y unissent. Nous regrettons que la Russie ait cherché à afficher une désunion artificielle du Conseil de sécurité sur un sujet qui précisément fait l’unanimité.

En effet, l’Union européenne agit en Bosnie-Herzégovine à tous les niveaux, en réponse aux besoins immédiats de la population et en accompagnant les autorités du pays pour qu’elles prennent les mesures de réforme nécessaires destinées à rendre leur pays plus fonctionnel.

Dans ce cadre, la mission de l’Union européenne, EUFOR Althea, intervient, de manière résiduelle, en soutien aux autorités. EUFOR Althéa joue un rôle déterminant pour permettre aux forces de sécurité bosniennes d’opérer de manière autonome et de participer ainsi à l’émergence d’une société pacifiée et tournée vers l’avenir.

Il est donc normal, alors que nous venons de voter le renouvellement de l’autorisation du déploiement de cette mission, de rappeler dans quel cadre EUFOR Althéa s’inscrit. EUFOR Althéa est la déclinaison sur le terrain de la politique d’intégration de la Bosnie-Herzégovine dans son environnement européen.

Enfin, le cadre hérité de Dayton demeure le cadre de référence de l’action de la communauté internationale en Bosnie-Herzégovine.

Le Haut-représentant, M. Inzko, garant des accords de paix, a notre plein soutien. Nous rappelons à ce titre que toutes les parties ont l’obligation de coopérer avec lui et ses services aux termes de ces mêmes accords.

Nous appelons également toutes les parties constituantes de Bosnie-Herzégovine à cesser toute rhétorique nationaliste et à mettre fin à toute action ou propos divisant le pays. Notre message est clair : il ne peut y avoir de remise en cause de l’intégrité territoriale de la Bosnie-Herzégovine.

Le processus de reconfiguration du bureau du Haut-représentant reste en cours. Il est important que ce processus se poursuive afin de renforcer la cohérence du dispositif international en Bosnie-Herzégovine par le biais notamment d’une coopération toujours plus étroite avec le chef de délégation de l’Union européenne en Bosnie-Herzégovine.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2015

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