11 septembre 2014 - Conseil de sécurité - Haïti - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Je remercie la Représentante du Secrétaire général en Haïti, Mme Sandra Honoré, de sa présentation.

Je m’associe également aux déclarations qui seront prononcées par le représentant de l’Union européenne ainsi que par le représentant d’Uruguay au nom du Groupe des amis d’Haïti.

Madame la Présidente,

La situation en Haïti tranche avec celle de la plupart des sujets traités par ce Conseil.

Tout n’est pas résolu en Haïti et de nombreux blocages subsistent qui constituent autant de facteurs de risques dans la marche de ce pays. Des opportunités existent aussi ; je pense aux propositions pour remédier aux inégalités sociales et aux violations des droits de l’homme formulées à Genève en février dernier par l’Expert indépendant sur la situation des droits de l’Homme en Haïti, Gustavo Gallón, nommé par le Conseil des droits de l’Homme,. Pour autant, nous nous réjouissons de voir ce pays sortir peu à peu de la zone de crise aiguë qui avait amené ce Conseil, il y a dix ans, à y déployer une opération de maintien de la paix.

A l’occasion de cet anniversaire, peut-être peut-on y voir, modestement, la marque que notre action collective, à travers cette mission et les différents représentants du Secrétaire général, porte ses fruits.

Je limiterai mon intervention à deux aspects, qui se trouvent au cœur du mandat de la MINUSTAH : le soutien à un dialogue politique et la stabilisation de la situation sécuritaire.

Madame la Présidente,

Nous sommes préoccupés par les retards accumulés dans l’organisation du processus électoral. Aucune des échéances électorales prévues en 2014 n’a été tenue, et, malgré l’accord obtenu en juin entre le président et l’opposition, la date du 26 octobre prévue pour les élections générales ne semble pas en passe d’être respectée.
Or nous le savons la démocratie se nourrit d’élections. Leur régularité est la marque de santé d’une démocratie. Les élections locales, législatives et sénatoriales partielles ont été trop longtemps reportées, alors que l’échéance électorale majeure que représente l’élection présidentielle de fin 2015 se profile déjà. Il est essentiel que le processus électoral puisse reprendre rapidement, sans entrave et dans un esprit de responsabilité démocratique de tous les acteurs.

Madame la Présidente,

Nous notons avec satisfaction les éléments contenus dans le rapport du Secrétaire général faisant état de la montée en puissance progressive de la police nationale haïtienne. La diminution de certains actes criminels et l’accroissement de son emprise territoriale sont également des signaux positifs.

La Police nationale haïtienne, nous le savons, a encore besoin du soutien de la MINUSTAH dans la conduite de ses opérations. Mais nous relevons qu’elle se montre désormais davantage capable de faire face aux troubles à l’ordre public. Elle n’opère peut-être pas encore de manière complètement autonome, mais elle a appris à mieux gérer une foule et éviter qu’une manifestation ne dégénère en confrontation violente.

Pour nous, le renforcement de la Police Nationale Haïtienne doit donc naturellement rester au cœur des activités de la MINUSTAH.
Nous appelons également à ne pas remettre en cause la qualité du contact de la mission avec la population, qui dépend notamment de sa capacité à s’exprimer en français.

Madame la Présidente,

Fort de ce constat, il apparait clair que la reconfiguration de la MINUSTAH doit se poursuivre. Ne rien changer, ou modifier à la marge le périmètre actuel de la mission, reviendrait à nier les marques tangibles de progrès qui viennent d’être mises en avant.
De même, refuser de permettre à la MINUSTAH de s’adapter à l’évolution de la situation reviendrait à surestimer les risques politiques et, par là-même, donner à ceux qui en seraient responsables une prime au refus de jouer le jeu démocratique.

En conservant le statu-quo, la communauté internationale dénierait à Haïti la perspective d’une sortie de crise, La mission doit évoluer en volume et en nature. Nous accueillons favorablement la recommandation du Secrétaire général de renouveler le mandat de la mission en poursuivant la réduction par une diminution des effectifs militaires d’au moins trois bataillons. La composante police doit demeurer équivalente à ce qu’elle est aujourd’hui.

Ce scénario a fait l’objet d’évaluations et d’échanges engagés de longue date. L’évolution de la MINUSTAH n’est plus un tabou depuis un an, et en mars dernier, lors de son précédent rapport, le Secrétaire général présentait déjà un certain nombre de pistes de reconfiguration.

Aujourd’hui, le Secrétaire général a affiné son analyse, grâce notamment aux conclusions de la mission d’évaluation stratégique conduite sur place en juin. Selon les termes mêmes du commandant de la force que nous avons entendu hier, la réduction recommandée par le Secrétaire général constitue une évolution prudente de la MINUSTAH qui lui permet de conserver la totalité de sa capacité d’action dans le champ militaire.

Un travail important nous attend, notamment pour définir de manière satisfaisante le mandat que la MINUSTAH devra remplir avec les ressources qui lui sont attribuées.

Madame la Présidente,

La transformation de la MINUSTAH doit être un catalyseur de notre réflexion sur l’engagement de la communauté internationale en Haïti. Les conditions de son succès sont désormais connues, elles s’inscrivent dans un horizon temporel crédible. Nous devrons désormais également réfléchir à la présence des Nations unies après cette échéance pour en consolider l’action.

Je vous remercie

Dernière modification : 26/02/2015

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