Evénement Couverture Santé Universelle et Résilience : le cas d’Ebola (12/12/2014)

Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - 12 décembre 2014

Un grand merci au Dr Sparer pour la qualité de son intervention et pour avoir fort bien résumé les enjeux qui sont ceux de notre discussion et qui témoignent je crois pour chacune et chacun d’entre nous d’un vrai engagement sur une cause essentielle.

Excellences, mesdames et messieurs, Cher Dr Sparer

Je voudrais d’abord remercier l’ensemble des organisateurs et des participants pour s’être associés à l’organisation de cet événement au service du plaidoyer pour la santé mondiale, un plaidoyer d’une importance cruciale, et qui je crois doit nous rassembler autour d’objectifs clairs et simples et lisibles pour la communauté internationale.

Cela fait deux ans, jour pour jour, que la résolution sur la Couverture Santé Universelle a été adoptée par l’Assemblée Générale des Nations unies avec 92 Etats qui se sont portés co-auteurs de cette résolution.

Depuis, de nombreux Etats reprennent avec enthousiasme et pédagogie, les principes fondateurs de la couverture santé universelle. Pour notre part, nous avons en effet eu le privilège de lancer cette série de rencontres avec la Columbia Mailman School of Public Health, en mai dernier, afin d’expliquer et d’illustrer ce que recoupe le concept de couverture santé universelle et plus généralement les enjeux importants de l’agenda de la santé mondiale.

Nous n’avions pas en tête lorsque nous avions lancé cette série, qu’une grave épidémie nous donnerait l’occasion d’illustrer à quel point, un système de santé robuste est essentiel au développement d’un pays.

La rapidité de l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest, a dramatiquement illustré à quel point le manque de services de santé pouvait gravement déséquilibrer un pays, voire une région entière.

Au début de cette année, Médecins sans Frontières et La Croix rouge ont donné l’alerte sur l’ampleur sans précédent de cette épidémie à virus Ebola. Depuis, comme vous n’êtes pas sans le savoir, l’ensemble de la communauté internationale s’est mobilisée afin de répondre à cette urgence sanitaire.

Tout d’abord, bien sûr, l’engagement de la société civile et des ONG n’a pas faibli, et je salue à cette occasion une fois encore MSF et la Croix rouge en particulier, mais aussi tous les pays et organisations qui ont envoyé du personnel, du matériel, et des aides financières sur place. Et il ne faut pas naturellement baisser la garde.

Du côté des Nations Unies, deux résolutions ont été adoptées au Conseil de sécurité et à l’assemblée Générale cet automne, ce qui a permis la mise en place de la MINUAUCE pour coordonner la réponse internationale.

Du côté français, un ambitieux plan de lutte contre Ebola a été décidé et mis en œuvre par le président Hollande, et doté de financements dépassant 110 M€ .

Ce plan d’action inclut notamment la création de deux centres de formation pour les personnels internationaux et guinéens, la mise en place de trois centres de traitement en Guinée forestière, la consolidation d’un centre de transit, l’ouverture d’une structure hospitalière à Conakry dédiée aux personnels guinéens et internationaux participant à la lutte contre l’épidémie, le déploiement de capacités d’évacuation médicale, et la coordination de l’intervention européenne et internationale en liaison avec les autorités guinéennes.

Enfin, afin d’exprimer la solidarité de la France avec les pays touchés par cette crise, le président Hollande s’est rendu à Conakry en Guinée, le 28 novembre dernier.

A travers l’expérience de cette épidémie d’Ebola, nous souhaitons aujourd’hui souligner l’importance de développer les systèmes de santé et la Couverture santé universelle, comme facteurs de résilience des pays face à des crises naturelles ou sanitaires. Cette résilience constitue un élément essentiel de la paix, de la sécurité mais aussi, bien sûr, du développement.

En effet, selon le rapport de la Banque mondiale publié la semaine dernière, les coûts de cette épidémie s’élèvent à plus d’un milliard de dollars, et le chiffre ne fera probablement qu’augmenter.

Au sein des systèmes de santé, il est fondamental de renforcer les capacités nationales de préparation et de réponse aux crises sanitaires. A ce titre, les événements récents nous rappellent l’importance d’accélérer la mise en œuvre, par l’ensemble des Etats, du Règlement sanitaire international (RSI) élaboré sous l’égide de l’OMS ici présent. La France, pour sa part, est l’un des principaux soutiens du RSI, notamment à travers le bureau de l’OMS de Lyon, et notre pays va travailler aux moyens de l’appuyer encore davantage.

Plus généralement, l’épidémie d’Ebola ne laisse pas de doute sur la nécessité d’un renforcement dans la durée des systèmes de santé dans la région, à travers les 6 piliers définis par l’OMS : gouvernance, financement, ressources humaines, systèmes d’approvisionnement, gestion des services, systèmes d’information. La France est particulièrement impliquée dans ce domaine en Afrique de l’Ouest, notamment à travers l’initiative Muskoka. Le plan d’action français contre Ebola intègre pleinement ces besoins à long terme, en santé primaire et en diagnostic en particulier.

Cependant, si la France et la communauté internationale peuvent apporter leur assistance, il est clair que les principaux acteurs du renforcement des systèmes de santé restent les pays concernés eux-mêmes. Les ressources nationales doivent être au cœur du financement de ces systèmes, il n’y a pas d’autres solutions. C’est pourquoi la France réaffirme son appui aux objectifs de la déclaration d’Abuja, par laquelle les chefs d’Etat africains se sont engagés à porter à 15% la part consacrée à la santé dans leurs budgets nationaux.

Permettez-moi enfin de rappeler que le renforcement des systèmes de santé et la prévention des crises sanitaires passent aussi par un meilleur accès de tous, sans risque d’appauvrissement, à des services de santé essentiels. Pour accroître la résilience face aux crises, la Couverture santé universelle constitue donc une solution durable et transversale de renforcement des systèmes de santé, je crois qu’il est essentiel de le rappeler. Comme on dit en bon français, « time and again ».

La Couverture santé universelle a de nombreux effets positifs, déjà éprouvés dans les pays qui ont choisi de la mettre en place. La CSU agit comme un vecteur de confiance dans le système de santé ; elle permet d’étendre la couverture géographique des soins aux zones rurales et d’élargir l’éventail de services disponibles. Enfin, la CSU contribue à stabiliser le système et l’offre de soins. L’existence d’un système de financement de la santé pérenne, s’appuyant sur des ressources d’abord domestiques, permet aux hôpitaux de se développer et aux professionnels de santé d’être présents durablement dans des pays en développement.

Notre conviction est que les pays touchés auraient pu faire face au défi que représente cette épidémie plus efficacement, s’ils avaient justement bénéficié de systèmes de couverture santé plus inclusifs, permettant à tous un accès à des soins de qualité, et une protection financière face aux dépenses imprévues. L’expérience du Sénégal, qui a pu mettre en place son propre modèle de CSU, peut à cet égard être soulignée. Et je suis vraiment très heureux d’être ici aux côtés de mon collègue et ami du Sénégal, ainsi que de mes collègues et amis d’Allemagne et du Japon pour animer ce panel. Voilà pourquoi la France promeut la Couverture santé universelle comme l’une des cibles prioritaires de l’objectif santé de l’agenda post-2015, et voilà pourquoi elle continuera à mobiliser son expertise technique, en lien avec l’OMS et la Banque Mondiale bien sûr, pour appuyer les réformes entreprises par les pays partenaires pour améliorer la gouvernance et le système de la santé en Afrique.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/01/2016

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