12 novembre 2014 - Conseil de sécurité - Ukraine - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je remercie M. Jens Anders Toyberg-Frandzen de sa présentation, ainsi que Mme Tagliavini et M. Apakan de leurs exposés.

Monsieur le Président,

L’Ukraine est entrée, il y a bientôt un an, dans une phase de transformation sans précédent après des années d’impérities administratives et de blocages politiques. Cette transformation est venue du plus profond de la société ukrainienne.

Les élections parlementaires ukrainiennes du 26 octobre constituent, après l’élection présidentielle de mai dernier, une nouvelle étape du processus de démocratisation en cours en Ukraine. Elles confirment de façon nette les choix fondamentaux du peuple ukrainien en faveur d’une profonde transformation et modernisation économique et sociale de l’Ukraine.

La marche en avant de l’Ukraine vers l’Etat de droit et le pluralisme politique peut se poursuivre. Le chemin parcouru est considérable. Les efforts déjà consentis doivent désormais se traduire par la mise en œuvre de réformes indispensables en matière économique, d’Etat de droit, de décentralisation et de reconstruction.

Or, depuis que l’Ukraine s’est engagée dans la voie de la réforme, elle est freinée dans sa progression. L’agitation de séparatistes aidés de l’extérieur s’est répandue dans l’est du pays, en Crimée d’abord – annexée en violation du droit – puis dans le Donbass, suscitant troubles, violations des droits de l’Homme et une situation humanitaire grave. Nous condamnons avec la plus grande fermeté cette ingérence dans les affaires intérieures ukrainiennes, au mépris de sa souveraineté et de son intégrité territoriale.

Comme ce fut déjà le cas en Crimée en mars, des soi-disant élections ont été organisées le 2 novembre par les séparatistes dans la partie du Donbass qu’ils occupent. Elles contreviennent au texte et à l’esprit du protocole de Minsk qui prévoit des élections locales en conformité avec la loi ukrainienne. Il est essentiel de parvenir rapidement au plein respect du cessez-le-feu et à la poursuite des négociations sur le statut provisoire des régions de l’Est.

Monsieur le Président,

Avec la signature du cessez-le-feu à Minsk le 5 septembre, puis d’un accord le 19 septembre, un processus diplomatique s’est enfin engagé entre Kiev et Moscou. Ces accords restent en effet une bonne base pour envisager une sortie de crise qui repose sur trois axes : le respect du cessez-le-feu, la surveillance de la frontière orientale de l’Ukraine et des discussions politiques afin de trouver une solution pérenne.

La priorité aujourd’hui doit être de rester dans la voie du dialogue et de poursuivre la mise en œuvre de ces accords. Notre objectif est de ramener Ukrainiens, séparatistes et Russes autour de la table des négociations, pour mettre fin à l’escalade. Il s’agit d’un point crucial du protocole de Minsk.

Les mouvements militaires de la fin de semaine à la frontière russo-ukrainienne, confirmés par l’OSCE, sont à cet égard très préoccupants. Plusieurs dizaines de véhicules militaires dont des chars sont entrés en Ukraine ces derniers jours. Le renforcement du dispositif militaire du côté séparatiste et la multiplication des mouvements de troupes font craindre une reprise des combats sur une plus grande échelle. L’annonce de la création d’une armée du Donbass et d’une mobilisation générale est particulièrement inquiétante. Les séparatistes et leurs soutiens doivent prouver qu’ils sont prêts au dialogue et à la recherche de la paix.

Dans ce contexte, nous appelons à nouveau la Russie à empêcher le transfert d’armements et d’hommes à travers sa frontière et à faire usage de toute son influence sur les séparatistes pour que soit pleinement respecté le cessez-le-feu.

Monsieur le Président,

La question de la surveillance de la frontière russo-ukrainienne reste un point central pour l’obtention d’une solution politique à la crise.

Nous avons manifesté notre disponibilité pour fournir à l’OSCE nos capacités de surveillance. L’utilité des drones est avérée en ce qu’ils peuvent constituer des sources d’information alternatives et exclusives. Nous sommes en discussion avec nos partenaires russes et ukrainiens sur le sujet. Ces discussions sont difficiles, mais elles sont cruciales pour avancer.

Nous pensons par ailleurs que le mandat de la mission de l’OSCE en territoire russe doit être renforcé et élargi le plus rapidement possible à d’autres postes-frontière.

Monsieur le Président,

Dans ce contexte, notre politique se fonde sur la fermeté et le dialogue. Les sanctions ne visent pas à punir mais à inciter au dialogue. Les sanctions sont un outil, mais elles ne sont pas le seul ; la conclusion des négociations sur le gaz, il y a une dizaine de jours, est un signe que certaines avancées peuvent être obtenues par le dialogue.

L’Europe a donné une alternative claire : un alourdissement des sanctions si les actions de déstabilisation se poursuivent et s’aggravent ; ou bien un réexamen si la situation sur le terrain témoigne d’une mise en œuvre réelle des accords du 5 septembre.

Il est plus que temps que nous nous mobilisions tous en faveur de la désescalade et du rétablissement de relations de bon voisinage entre Etats indépendants et souverains. Nul n’a intérêt à souffler sur les braises et en revenir à la rhétorique d’un autre siècle.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2015

Haut de page