Construire la paix après un conflit (14/01/2015)

Conseil de sécurité - Construction de la paix post-conflit - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies - 14 janvier 2015

Monsieur le Président,

Je remercie le Vice-Secrétaire général des Nations Unies, M. Jan Eliasson pour son intervention ainsi que l’Ambassadeur Patriota, Président de la Commission de consolidation de la paix.

Je remercie également la Présidence chilienne du Conseil de sécurité d’avoir pris l’initiative de ce débat important et bienvenu, sur une question complexe qui n’a pas trouvé de réponse entièrement satisfaisante malgré nos efforts collectifs depuis 2005.

Dix ans après l’établissement de l’Architecture de consolidation de la paix des progrès indéniables ont été accomplis, d’une part dans le sens d’une meilleure compréhension des défis spécifiques des pays émergeants de conflits et, d’autre part, dans le sens d’une meilleure coordination des efforts des diverses interventions internationales, notamment des entités des Nations Unies, dans les pays concernés. Le rapport du Secrétaire général sur la construction de la paix post-conflit, qui sert de base à notre débat, cite de nombreux exemples dans lesquels l’Architecture de consolidation de la paix a effectivement permis d’améliorer les situations.

Pour autant, des progrès peuvent encore être apportés à nos efforts collectifs. La capacité à mobiliser les ressources sur le long terme et à coordonner les différents bailleurs en soutien de stratégie définie conjointement avec les Etats hôtes demeure un défi qui ne trouve pas encore de réponse satisfaisante. Les cas où des pays émergents de conflit replongent dans des situations de crise aigües sont des échecs qui nous appellent à faire mieux.

A cet égard, la France appuie la revue de l’architecture de consolidation de la paix qui sera menée au cours de l’année 2015. Cette revue sera conduite conjointement avec la revue stratégique des Opérations de paix. Cette simultanéité est particulièrement opportune. C’est en somme, avec ces deux revues, toutes les modalités d’intervention des Nations Unies dans les pays en crise ou en sortie de crise qui vont faire l’objet d’un examen critique, sur tout le cycle des conflits - la vie des conflits dont parlait tout à l’heure le Vice-Secrétaire général - de la prévention des conflits jusqu’à la stabilisation post-conflit en passant par la phase de maintien de la paix et la gestion des phases transitionnelles. Ces exercices salutaires sont bienvenus.

Monsieur le Président,

Dans ce contexte je voudrais attirer plus particulièrement l’attention sur trois idées qui nous semblent centrales :

Premièrement, la nécessité d’être fermement ancré dans le terrain et les situations locales, pour fournir une réponse adaptée. Il est très positif que la méthode retenue pour la revue de la consolidation de la paix soit celle d’études de cas de pays spécifiques. De la même manière, la France estime que c’est dans les configurations pays de la Commission de consolidation de la paix que le véritable travail peut être accompli, avec un engagement résolu des Ambassadeurs dans les configurations qu’ils président, et des réunions opérationnelles portant sur des questions précises et concrètes, permettant d’assurer le suivi de projets. C’est ce travail sur pays de l’agenda et sur la substance qu’il faut privilégier aux réflexions organisationnelles, certes importantes mais qui ne doivent pas nous distraire du fond du sujet.

Deuxièmement, la question de l’articulation entre les différentes missions et de leurs séquençages. Cette question est au cœur et à l’intersection des deux revues en cours. Elle est capitale. La France est reconnaissante au Japon pour son rapport sur les « leçons apprises dans les transitions entre missions ». Notre réflexion et nos efforts dans ce domaine doivent être poursuivis. Cette réflexion sur le séquençage et la priorisation de l’action internationale s’applique non seulement à la succession entre les différentes missions, mais aussi au sein des missions, dans la mise en œuvre des mandats. C’est ce que la France a fait avec ses partenaires dans le cadre de l’approche phasée qui est celle du mandat de la MINUSCA en République centrafricaine.

Troisièmement et dernièrement, la question de la cohérence de l’action internationale et la nécessité d’assurer un engagement de long terme en appui aux processus nationaux. La reconstruction institutionnelle, le rétablissement de structures étatiques fonctionnelles sur l’ensemble d’un territoire, la réconciliation nationale, la justice transitionnelle, la relance économique, le développement sont des défis qui prennent plusieurs années, voire des décennies. Gérer l’urgence est une chose mais répondre à ces défis de long terme en est une autre, et nos marges de progrès dans ces domaines sont immenses. L’implication des organisations régionales et sous-régionales dans la consolidation de la paix constituent à cet égard un enjeu majeur.

Pour terminer, la France appuie pleinement les propos de l’Ambassadeur Patriota plaidant pour un rôle des femmes comme facteur de stabilisation et de cohésion des sociétés, et cela doit constituer un axe important des réflexions en cours.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/01/2016

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