Partenariat entre les Nations Unies et l’Union africaine dans le maintien de la paix (16/12/2014)

Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies- Conseil de sécurité -16 décembre 2014

Monsieur le Président,
Monsieur le Haut Représentant de l’Union africaine,
Mesdames et Messieurs, chers collègues,

Permettez-moi de commencer en dénonçant avec la plus extrême fermeté, comme l’a fait ce matin le président de la République François Hollande, l’ignoble attaque contre une école de Peshawar. Nous exprimons notre solidarité et nos condoléances aux autorités pakistanaises et aux familles des victimes. Qu’y a-t-il de plus lâche que de s’en prendre ainsi à des enfants ?

Je remercie M. Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies, et M. Pierre Buyoya, Haut-Représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, pour leurs exposés, ainsi que le Ministre des Affaires étrangères du Tchad, M. Moussa Faki, pour son initiative et sa présidence de notre débat public de ce jour.

Je m’associe à la déclaration qui sera faite par le Représentant de l’Union européenne. Et je voudrais tout d’abord rendre hommage aux soldats de la paix de l’Union africaine, notamment aujourd’hui à ceux du Tchad, qui sont tombés dans le cadre de leurs missions ainsi qu’à leurs camarades des Nations unies.

Monsieur le Président,

Le rôle des organisations régionales et sous régionales dans le maintien de la paix est pleinement reconnu par la Charte et apporte une contribution décisive à la sécurité collective.

En raison de leur proximité géographique, de leur connaissance des situations locales, de leurs partenariats avec les pays concernés par des crises, les pays de la région, structurés en organisation régionales et sous-régionales, sont à même d’apporter une plus-value utile à la compréhension, à la prévention, au traitement et à la consolidation des situations. Ce partenariat s’inscrit dans le cadre prévu par la Charte, c’est-à-dire de son chapitre VIII, et sans préjudice de la responsabilité principale en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales qui est reconnue au Conseil de sécurité.

Depuis le début de la décennie 2000, l’Union Africaine, les organisations sous-régionales et leurs Etats-membres se sont mobilisés pour développer des capacités propres et structurées en matière de maintien de la paix. La France reconnaît pleinement cet effort et l’encourage. Cette montée en puissance de l’Architecture africaine de paix et de sécurité s’est inscrite dans le contexte d’une expansion des opérations de maintien de la paix, en particulier sur le continent africain. Elle a par conséquent rapidement débouché sur la création d’un partenariat entre les Nations unies et l’Union africaine, notamment en termes de coordination opérationnelle : consultations annuelles du Conseil de sécurité des Nations unies et du Conseil de paix et de sécurité ; établissement de bureaux de liaison à New York et Addis Abeba ; création d’une Task Force conjointe sur les questions de paix et de sécurité. La liste est plus longue ; j’en retiendrai que le partenariat désormais fonctionne ; à plusieurs niveaux (de l’échange d’informations à la coopération opérationnelle) ; et dans les diverses dimensions des situations (de la prévention à la consolidation de la paix en passant par la phase lourde du maintien de la paix.

Les événements les plus récents fournissent des illustrations de l’effectivité et de l’efficacité de ce partenariat. Je pense naturellement aux cas du Mali et de la République centrafricaine, où l’intervention des Nations unies a été précédée par celle d’une Force de l’Union africaine. Nous en saurons plus avec les conclusions de l’exercice sur les « leçons apprises » demandé au Secrétaire général dans la résolution 2167, mais il est d’ores et déjà possible de saluer ces expériences et de reconnaître de plus qu’entre le Mali et la RCA, d’indégnables progrès ont déjà été enregistrés.

J’ajoute que la France, au titre de ses responsabilités de « plume » au Conseil de sécurité sur plusieurs crises africaines, veille particulièrement à se coordonner avec les membres africains du Conseil et la Représentation de l’Union africaine à New York.

Monsieur le Président,

Dans sa volonté de développer des capacités propres de maintien de la paix, l’Union africaine reçoit un soutien important de plusieurs partenaires, au premier chef de l’Union européenne

L’Union européenne en a très tôt fait un axe majeur de son partenariat avec l’Union africaine. Le Représentant de l’Union européenne développera ce point, mais je voudrais rappeler que cette intention se traduit concrètement par des programmes de formation et d’entraînement, appuyés sur un engagement financier de 750 millions d’euros pour la période 2014-2016, et des soutiens financiers très conséquents aux opérations de soutien à la paix de l’Union africaine.

La France soutient entièrement cette politique de l’UE et apporte, à titre national, un soutien à la construction et au renforcement des capacités africaines de paix. Cet objectif prioritaire a été souligné par le Président de la République François Hollande lors du Sommet de l’Elysée en décembre 2013. La France contribue ainsi à la formation de 25 000 soldats africains. La France salue également les efforts consentis par d’autres partenaires de l’Union africaine, parmi lesquels figurent notamment les Etats-Unis et la Chine, qui ont mis en œuvre ou récemment annoncé leur intention de mettre en œuvre des programmes de renforcement des capacités africaines de paix.

Il faut toutefois insister pour que ces contributions soient coordonnées et soient mises au service d’une vision partagée du maintien de la paix. L’Union européenne s’inscrit, à cette fin, dans le cadre d’une coopération tripartite avec les Nations unies et l’Union africaine, qui est sans doute un facteur de la bonne coopération entre Missions observée par exemple au Mali et en République centrafricaine, où coopèrent l’UA, l’UE et l’ONU.

Monsieur le Président,

Cet effort doit être poursuivi dans plusieurs domaines que la déclaration présidentielle adoptée ce jour identifie clairement.

Tout d’abord, en termes de financements. La soutenabilité financière du système est devenue un enjeu majeur. L’Union africaine bénéficie de nombreux soutiens de partenaires extérieurs qui viennent appuyer le renforcement des capacités africaines de paix. Comme le reconnaît la déclaration présidentielle que nous avons adoptée ce jour, l’enjeu est aussi de sécuriser des ressources financières qui proviennent du continent africain, qui viennent appuyer la volonté politique affichée par ses dirigeants.

La capacité de déploiement rapide ensuite, qui est une condition essentielle de réussite des interventions internationales, dans des situations où le temps est compté. Nous l’avons vu au Mali et en République centrafricaine, le déploiement de la MISMA et de la MISCA ont été essentiels pour assurer une stabilisation initiale, ouvrant la voie à une opération de maintien de la paix des Nations unies.

La transition entre missions précisément, qui est une question à l’importance croissante alors que les modalités d’intervention se diversifient et se succèdent et/ou se superposent. A cet égard, l’exercice sur les leçons apprises sera riche d’enseignements. Une dimension complémentaire à la transition, lorsque les interventions se complètent sur un même théâtre, est celle de la coordination dans les interventions afin que chacun apporte le meilleur de ses compétences au profit du règlement de la crise : comment les Missions coopèrent-elles ? Quelles sont les synergies à développer ? Cela est également un champ à creuser à la lumière, encore une fois, des expériences récentes.

Monsieur le Président,

Les questions que nous abordons aujourd’hui sont cruciales et contribuent à la réflexion plus globale sur l’évolution du maintien de la paix. Nous recevrons prochainement plusieurs rapport formalisant les problématiques et, sans doute, formulant des recommandations, notamment les deux rapports demandés par la résolution 2167 (OP13 et 28) et le rapport du panel d’experts dirigé par M. Ramos-Horta sur les opérations de paix. Pour autant, aucun ne se consacrera spécifiquement à la question des capacités de l’Union africaine et du partenariat avec les Nations unies. La demande est désormais formulée dans le texte que nous venons d’adopter, et qui donnera lieu à un rapport annuel. Nous nous en félicitions, et la France est reconnaissante au Tchad de porter ce partenariat en haut de l’agenda des Nations unies et du Conseil de sécurité.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/01/2016

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