18 septembre 2014 - Conseil de sécurité - Ebola - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Secrétaire-général,
Messieurs les Ministres,
Madame la Présidente,

La résolution que nous venons d’adopter qualifie l’épidémie d’Ebola de menace à la paix et à la sécurité internationales. C’est la première fois dans l’histoire que le Conseil de sécurité désigne ainsi une crise sanitaire. Cette épidémie est :

Une menace internationale, d’une part, par son ampleur sans précédent : déjà plusieurs milliers de morts et sans doute des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers à venir. L’Afrique de l’Ouest est violemment touchée mais l’épidémie peut se propager bien au-delà, nous le savons.

Une menace à la paix et à la sécurité, d’autre part : la crise sanitaire s’est transformée en une crise sociale et économique. Elle peut aussi provoquer une crise politique. Le Libéria, la Sierra Leone et la Guinée sont sur le chemin de la paix après des années sanglantes de conflit. Le virus Ebola menace d’annuler les dividendes de la paix et de faire replonger ces pays dans le chaos.

Nous avons le devoir d’arrêter la progression de ce fléau avant qu’il ne devienne hors de contrôle. Notre responsabilité collective s’articule autour de trois priorités :

Agir,
Coordonner,
Prévenir,

Agir

Madame la Présidente,

Le Président de la République a fait de la lutte contre Ebola une priorité. La France se tient aux côtés des pays africains dans ce combat. En adoptant cette résolution inédite, le Conseil de sécurité appelle tous les acteurs concernés, en particulier les Etats, à fournir des moyens précis pour lutter contre l’épidémie d’Ebola.

Depuis le début de l’épidémie d’Ebola, la France a pris l’initiative de soutenir l’action de l’OMS et des ONG dans les pays africains touchés. Les experts des laboratoires français de l’Institut national de la Santé et de la Recherche médicale (INSERM) et de l’Institut Pasteur ont identifié la présence du virus en avril dernier et ont été les premiers présents sur le terrain en Guinée. Ces experts contribuent aujourd’hui au diagnostic et à la surveillance de la maladie, ainsi qu’à la formation des médecins.

L’aide de la France pour lutter contre Ebola représente aujourd’hui plus de 60 millions d’euros, soit plus de 90 millions de dollars, à travers les différents canaux pertinents. A titre bilatéral, la France consacrera 35 millions d’euros au total, soit 45 millions de dollars, aux pays affectés et à leurs voisins. L’essentiel de cette aide, soit plus de 20 millions d’euros, 26 millions de dollars, sera destiné à la Guinée, sous plusieurs formes :

Nous avons commencé à déployer 25 experts médicaux sur le terrain pour aider à renforcer les structures de soin, notamment l’hôpital Donka de Conakry ;

A Conakry, nous finançons la mise en place d’un centre d’expertise de l’Institut Pasteur ;

En Guinée forestière, nous finançons la création d’un centre de traitement et renforçons l’ensemble du système de santé ;

En outre, le Président de la République vient d’annoncer l’installation dans les jours qui viennent d’un hôpital militaire en Guinée forestière, le foyer de l’épidémie. Cet hôpital sera doté de médecins militaires et de la protection civile ainsi que de moyens aériens.


Coordonner

Madame la Présidente,

Nous ne pourrons pas contenir l’épidémie sans coordonner étroitement les moyens fournis par l’ensemble des acteurs :

Au niveau européen : à l’initiative de la France, l’Union européenne disposera rapidement d’un dispositif de coordination des évacuations sanitaires pour les ressortissants européens et les équipes internationales qui se trouvent sur le terrain. L’Union européenne consacrera par ailleurs plus de 150 millions d’euros, soit plus de 200 millions de dollars, aux pays touchés, pour soutenir leurs services de santé, créer des laboratoires mobiles et former les personnels de santé. La France fournira une part importante de cette aide.

Au niveau des Nations Unies également, nous travaillons en étroite coordination avec l’OMS et le Coordonnateur des Nations Unies pour la réponse à Ebola, le Dr David Navarro, en concentrant nos efforts sur la Guinée, comme il en a exprimé la demande. Nous apporterons tout notre soutien, y compris humain, au Centre de crise opérationnel basé à New York.

Prévenir

Madame la Présidente,

Le Conseil de sécurité, dans la résolution qu’il vient d’adopter, adresse un message fort et clair : Ebola n’est pas un fléau divin face auquel l’humanité serait impuissante. Nous pouvons contenir Ebola si des règles de sécurité sanitaires simples et strictes sont appliquées.
Au-delà, ce n’est qu’en aidant les pays touchés à renforcer leurs systèmes de santé que nous trouverons une solution durable. Ce sont les pays déjà les plus vulnérables, nous le savons, qui sont frappés.

Madame la Présidente,

Le courage des personnels de santé des pays touchés et internationaux, qui luttent sur le terrain contre l’épidémie, force notre admiration. Je veux saluer ici en particulier le dévouement des équipes de Médecins sans Frontières, auxquels le Conseil de sécurité rend hommage dans cette résolution. Depuis des mois, les équipes de MSF agissent au cœur de l’incendie. Nous devons être à la hauteur du courage de ces hommes et de ces femmes.

Madame la Présidente,

Le Docteur Albert Schweitzer, prix Nobel de la Paix et qui a consacré sa vie à sauver celle des autres, a formulé ainsi le devoir moral qui est le nôtre :

« Que chacun s’efforce dans le milieu où il se trouve de témoigner à d’autres une véritable humanité. C’est de cela que dépend l’avenir du monde. »

Nous en appelons à l’humanité de chacun. Derrière le mot Ebola, des hommes, des femmes et des enfants souffrent et meurent. Pour eux, agissons, et agissons maintenant.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2015

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