19 novembre 2014 - Conseil de sécurité - Terrorisme - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Monsieur le Ministre,

Chers collègues,

Permettez-moi tout d’abord de remercier l’Australie pour son engagement sur un sujet qui représente l’une des plus pressantes menaces à la paix et à la sécurité internationales aujourd’hui. C’est l’un des sujets qui ont été évoqués lors de la visite d’Etat que le Président Hollande vient de conclure dans votre pays en Australie. Les terribles assassinats du jeune humanitaire américain Peter Kassig et de 18 Syriens viennent nous rappeler une fois de plus la lâcheté des terroristes du groupe Daech, et la nécessité de les combattre.

Madame la Présidente,

De plus en plus de régions sont touchées, on le sait, par le terrorisme, où des groupes aux pratiques qui défient toute forme de droit et d’humanité sont désormais en passe de soumettre de nouvelles populations. Daech constitue une menace inédite, pour les pays de la région mais également pour le reste du monde. Ailleurs, la menace s’est développée à la faveur de la prolifération de groupes tels qu’Ansar al-Charia en Libye ou Boko Haram au Nigéria. En outre, la situation reste fragile dans le Sahel. Dans cette région, l’intervention de la France au Mali aux côtés des forces africaines, puis de la MINUSMA a permis de réduire considérablement la menace terroriste, mais elle n’a pas disparu.

Face à ce défi, il est nécessaire de redoubler nos efforts et les réponses sont multiples :

La lutte contre Daech appelle une réponse militaire, qui prend la forme aujourd’hui d’une coalition formée par un nombre croissant d’Etats. De même qu’elle agit au Sahel, la France y prend toute sa part en Irak, comme vient encore de le démontrer la destruction de positions offensives de Daech dans la région de Kirkouk par une patrouille aérienne française. Et la France est en train de renforcer son dispositif d’appui aérien. L’action de la coalition vient appuyer celle des forces irakiennes, qui viennent de briser le siège de Baiji, et notamment des peshmergas. Nous sommes encouragés par les évaluations selon lesquelles cette réponse militaire a permis de contrer la dynamique d’expansion territoriale de Daech.

Mais ce combat doit également être politique, car à elle seule l’action militaire ne permet pas de remédier durablement au terrorisme. En Irak, Daech a prospéré sur les fragilités d’un Etat soumis aux divisions, à la défiance entre communautés et à l’instabilité. Le Premier Ministre al-Abadi travaille désormais à réunir les conditions d’un Irak réconcilié et respectueux des droits de tous, et nous soutenons ses efforts. La formation d’un gouvernement inclusif, la prise en compte croissante des préoccupations des sunnites, le règlement progressif des différends avec le gouvernement régional du Kurdistan ainsi que la normalisation des relations avec les partenaires régionaux doivent être salués et encouragés. De même, en Syrie, seule une transition politique au niveau national permettra de vaincre définitivement le fléau de Daech, dont la montée en puissance, on le sait, a été favorisée et exploitée par le régime de Damas.

Les sanctions permettent également de lutter contre le fléau du terrorisme. En Libye, le comité contre Al-Qaïda a été saisi d’un projet de mise sous sanctions d’Ansar al-Charia Derna et Ansar al-Charia Benghazi. Ces sanctions doivent permettre de marquer la détermination de la communauté internationale envers les terroristes, qui ne sauraient être considérés comme des interlocuteurs. Il s’agit aussi d’encourager l’ensemble des forces modérées en Libye à s’unir et présenter un front commun, précisément, contre le terrorisme. D’une façon générale, nous appelons à une utilisation plus régulière du régime de sanctions contre Al Qaïda afin que sa liste reflète au mieux la réalité de la menace.

Cette réponse ferme envers le terrorisme ne peut se faire que dans le cadre du respect strict des droits de l’Homme et du droit international humanitaire, qui sont la condition indispensable à l’efficacité de notre stratégie à court comme à long terme.

Madame la Présidente,

Le terrorisme est en pleine évolution et menace directement nos sociétés par le phénomène des « combattants terroristes étrangers ». Les terroristes, notamment Daech, rallient des personnes, souvent jeunes, à leur cause. Plus de 15 000 individus, fanatisés, seraient ainsi partis combattre en Syrie et en Irak. On compte parmi eux, 376 Français ou personnes résidant en France. Et au total, plus d’un millier serait impliqué dans les filières djihadistes à titres divers. La lutte contre ce phénomène est une priorité pour la France aussi en matière de sécurité intérieure.

Au mois de septembre, ce Conseil, réuni en sommet, a adopté une résolution visant à combattre ce phénomène. Depuis, la France a étoffé son dispositif national. Le 4 novembre, mon pays a adopté de nouvelles mesures qui s’inscrivent dans le cadre des recommandations de la R.2178 visant à prévenir la sortie du territoire français d’individus dont il y a des raisons sérieuses de penser que leur déplacement a une finalité terroriste. La loi permet également de lutter contre la radicalisation sur Internet dans le strict respect, bien sûr, de la liberté d’expression. Nous travaillons également à identifier les filières qui facilitent les recrutements.

Mais nous devons ensemble aller plus loin. La déclaration présidentielle que nous adoptons aujourd’hui marque ainsi la nécessité d’effectuer un suivi rigoureux dans la lutte contre les « combattants terroristes étrangers ». Elle illustre l’importance pour la communauté internationale de renforcer sa coopération dans le respect des libertés publiques.

Le texte que nous adoptons aujourd’hui met l’accent sur l’importance également de lutter contre les trafics de pétrole et rappelle les obligations des Etats en matière de lutte contre le financement du terrorisme. Ce doit être un champ prioritaire d’action pour nous tous. Les autorités bahreïniennes ont par exemple organisé le 9 novembre une réunion sur ce thème, que nous saluons.

Au-delà de ces mesures répressives, il est nécessaire que la communauté internationale s’interroge sur les causes de la radicalisation et lutte contre l’extrémisme violent. Nous devons notamment contrer la propagande terroriste, il faut bien l’appeler par son nom : dans le cas de Daech par exemple, nous ne le dirons jamais assez, cette organisation n’est ni un Etat, ni islamique. C’est la raison pour laquelle nous avons décidé d’employer le terme plus neutre de « Daech ».

Nous nous félicitons que le texte que nous adoptons aujourd’hui invite les Nations unies à réfléchir aux moyens de mieux lutter contre ce phénomène de la radicalisation. C’est là une condition d’une stratégie de long terme contre le terrorisme. Une stratégie dans laquelle, Mesdames, Messieurs, la France restera résolument engagée.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2015

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