19 septembre 2014 - Conseil de sécurité - Ukraine - Intervention de M. Alexis Lamek, Représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies

Merci Madame la Présidente,

Je remercie moi aussi M. Feltman pour sa présentation, et je remercie aussi le MAE des Pays-Bas M. Timmermans pour son exposé et pour sa participation à nos travaux.

Madame la Présidente,

Deux mois ont passé depuis la tragédie du MH17. Le souvenir des victimes, des destins brisés ne s’efface pas.
Je réitère aujourd’hui la solidarité de la France avec les proches des victimes dans l’épreuve qu’ils traversent. Nous nous associons à leur deuil et nous leur exprimons notre plein soutien.

Madame la Présidente,

Face à cette tragédie, la communauté internationale avait demandé que tout soit mis en œuvre pour faire la lumière sur les circonstances du drame. A travers sa résolution 2166, le Conseil de sécurité soulignait l’importance de conduire rapidement l’enquête sur les circonstances de cet acte abominable.

C’était un premier pas vers l’élucidation du drame, vers l’établissement des responsabilités et l’exigence de justice.

Conformément à la Convention de Chicago sur le trafic aérien, il appartenait à l’Ukraine, avec le concours de tous ceux qui sont concernés par la catastrophe et notamment des experts de l’OACI, de conduire les travaux de l’enquête internationale. Cette responsabilité, le gouvernement ukrainien s’en est acquitté avec diligence. L’Ukraine, a, dès le 24 juillet, établi un protocole d’accord avec le gouvernement des Pays-Bas confiant au Bureau d’enquête néerlandais pour la sécurité la charge de conduire l’enquête. L’Ukraine a ensuite accueilli à Kiev l’ensemble des experts internationaux qui proposaient leur concours.

Nous félicitons le bureau d’enquête néerlandais pour la qualité du travail d’expertise conduit. Son professionnalisme dans la collecte des informations et son impartialité sont exemplaires.

Maintenant nous attendons avec impatience la publication du rapport final. Confiants dans ce processus et les résultats qu’il produira, nous soutenons pleinement l’enquête et nous exhortons toutes les parties à coopérer sans réserve avec les enquêteurs.

Madame la Présidente,

Les conclusions de ce rapport préliminaire sont graves.
La commission d’enquête exclut l’hypothèse d’une erreur technique, estimant que la dislocation de l’appareil est la conséquence d’un contact avec "un grand nombre de projectiles". Elle pointe ainsi clairement vers l’hypothèse d’une destruction du vol MH17 par un missile sol-air, confirmant les pires craintes qui avaient déjà été exprimées devant ce Conseil.

Un missile sol-air pointé vers un avion civil ? Nous aurions à en tirer toutes les conséquences vis-à-vis de ceux qui ont manipulé ce système d’arme, ceux qui ont donné l’ordre de tir, mais aussi ceux qui ont permis qu’un tel armement soit utilisé par des mains criminelles.
La résolution 2166 exigeait également que tout soit fait pour permettre le travail des enquêteurs. Toutes les parties et tous les États de la région devaient garantir un accès immédiat et sans entrave au site de la catastrophe, aux dépouilles des victimes et aux éléments matériels utiles à l’enquête.
Nous sommes hélas loin du compte.

Les séparatistes n’ont pas coopéré avec les autorités ukrainiennes dans les recherches. L’accès sûr, immédiat et plein aux enquêteurs n’a pas été octroyé. C’est non seulement une violation de la résolution 2166, mais aussi de ce qui avait été décidé entre le groupe de contact (Ukraine, Russie, et OSCE) et les représentants séparatistes eux-mêmes. A preuve, les détachements de sécurité des Pays-Bas, d’Australie et de Malaisie, qui devaient se déployer sur le site du crash pour le sécuriser, et qui n’ont pu le faire en raison des entraves posées par les séparatistes. Ce défaut de coopération parle davantage et mieux que tous les discours de propagande des séparatistes et de leurs soutiens.

Madame la Présidente,

Cette tragédie, nous l’avions dit, s’est produite sur fond de chaos.
Mais ce chaos n’était pas apparu tout seul. Au moment où l’avion a été abattu, les combats dans l’est de l’Ukraine avaient redoublé de violence. Les séparatistes, dont le bras a été armé de manière inconséquente, faisaient régner la terreur et la désolation.

Or, tous les responsables d’exactions devront rendre des comptes.
Et qu’on ne s’y trompe pas : remettre en cause la qualité du travail accompli par les enquêteurs et les conclusions du rapport préliminaire, ce serait en revenir aux méthodes d’un temps que nous espérions révolu. Nier l’évidence, tordre les faits : autant de vieilles ficelles qui ne trompent plus personne. Autant de manipulations qui nous éloignent du débat digne que nous voulons avoir aujourd’hui.

Pour terminer, je voudrais dire que ce cessez-le-feu appliqué depuis le vendredi 5 septembre doit être respecté. Nous restons vigilants.
Mais le silence des armes n’est que le préalable à la mise en œuvre du plan de règlement de la crise ukrainienne. Pour parvenir à une solution de long terme, les discussions au sein du groupe de contact doivent se poursuivre. Le règlement du conflit ne peut passer que par l’arrêt des livraisons d’armes aux séparatistes par la Russie, l’établissement d’un cessez-le-feu durable et vérifié, le contrôle de la frontière et la poursuite du dialogue politique.

La Russie a une responsabilité à ce sujet dont elle ne saurait s’exonérer. Il est essentiel d’avancer rapidement sur ces différents points.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2015

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