19 septembre 2014 - Réunion ministérielle du Conseil de sécurité sur l’Irak - Discours de M. Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international

Monsieur le Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Président en exercice du Conseil de sécurité,

Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies,

Messieurs les Président et Ministre des affaires étrangères d’Irak,

Mesdames et Messieurs, chers collègues et chers amis

Le groupe terroriste Daech a pris le contrôle d’une partie de l’Irak et de la Syrie. Il voudrait se faire appeler « État islamique ». En réalité, ce sont des égorgeurs.

Daech n’a ni la légitimité d’un Etat et ne représente l’islam. L’imam de la grande mosquée d’al-Azhar au Caire sur ce sujet n’a pas mâché ses mots et il a eu raison lorsqu’il a dit récemment : « ce sont des criminels qui souillent l’image de l’Islam et des Musulmans ». Ils violent, crucifient, égorgent, décapitent, utilisant un mélange de cruauté la plus archaïque et des technologies de communication les plus modernes comme un instrument pervers de propagande. Ils veulent massacrer et massacrent non seulement les minorités – chrétiens, yazidis, turcmènes et beaucoup d’autres - , mais toutes celles et tous ceux qui ne se soumettent pas à eux. Leurs actions, leur projet, bafouent évidemment l’Etat de droit et la société civile. Il constitue une négation évidente de l’ordre international et des principes fondamentaux sur lesquels repose notamment l’ONU. S’ils se sont jusqu’ici attaqués à l’Irak après avoir prospéré en Syrie avec le soutien du régime, ils visent en réalité toute la région et au-delà. Soyons clair : s’ils le pouvaient, ils voudraient nous tenir tous ou presque tous au bout de leurs couteaux, de leurs canons et de leurs attentats.

Face à une telle menace, l’inaction n’est pas une option.

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La France, conformément à ses principes et à sa tradition, a décidé de prendre ses responsabilités. Nous l’avons fait récemment contre le terrorisme au Mali et, dans un autre contexte, en Centrafrique. Nous l’avons fait en Syrie lorsque, parmi les premiers, nous avons choisi de soutenir l’opposition modérée, à la fois contre Bachar el-Assad et contre les terroristes. En Irak, nous avons décidé de prendre à nouveau nos responsabilités en apportant de l’aide humanitaire, en fournissant des équipements militaires et aujourd’hui même, ce matin, en répondant à l’appel du gouvernement irakien pour assurer une protection aérienne, dans le respect du droit international.

Ce matin en effet, sur instruction du Président de la République, des avions français Rafale sont intervenus contre un dépôt logistique tenus par les terroristes de Daech, près de Mossoul, au Nord-Est de l’Irak. L’objectif a été totalement détruit.

Dans les jours qui viennent et sans engager les troupes au sol, nous allons continuer, en coordination avec tous ceux qui accepteront de s’engager et aux côtés notamment des forces armées irakiennes et des Peshmergas.

En 2003, agir contre l’Irak avait divisé ce Conseil. En 2014, dans un contexte très différent, agir pour l’Irak et contre les terroristes de Daech est un devoir pour nous tous.

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Chers collègues,

Ce combat, qui a déjà fait dans des circonstances souvent atroces de nombreuses victimes innocentes auxquelles va notre cœur, ce combat sera gagné d’abord par les Irakiens eux-mêmes. L’appui militaire est indispensable mais, nous l’avons tous dit, il ne suffit pas.

L’Irak a besoin de solidarité politique internationale et d’unité interne. Les terroristes ont exploité les divisions entre Irakiens et les frustrations graves d’une partie de la population. L’élection du nouveau Président Fouad Massoum, la formation du nouveau gouvernement par le Premier ministre Haidar al-Abadi, ouvrent la voie au rassemblement, qu’il faut poursuivre. Nous soutenons cette démarche indispensable d’unité. Car la condition du succès, chacun en est persuadé, c’est la reconstruction d’un Etat irakien inclusif, stable et pacifié.

Solidarité internationale : nous devons rassembler autour de cette cause qui est juste le maximum de pays, de toutes orientations, de toutes religions et de toute taille.

Sur le plan sécuritaire, les priorités sont connues : l’appui militaire à l’Irak, le blocage des filières des combattants étrangers et l’assèchement des ressources financières des terroristes, singulièrement venant du pétrole, assèchement qui doit être sans ambigüité de la part de tel ou tel.

On ne gagnera pas seulement avec des actions de force : le soutien politique aux autorités irakiennes est, je l’ai dit, une priorité afin de reconstruire l’Etat et de rétablir la confiance entre toutes les communautés irakiennes. Quant à l’assistance humanitaire internationale, avec près de 2 millions de déplacés, elle aussi doit être fortement prolongée, ainsi que les efforts de reconstruction. C’est un véritable pont international de solidarité vers l’Irak qui est nécessaire. Cependant que, à l’évidence, les bases-arrières de Daech en Syrie doivent être affaiblies, notamment à travers un soutien puissant à l’opposition syrienne modérée.

Il donc faut agir sur tous ces points et vite, car nous savons par expérience que les coûts de l’action augmentent dramatiquement à mesure qu’on tarde pour décider cette action.

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Chers collègues,

Lundi dernier, la Conférence réunie à Paris sur la paix et la sécurité en Irak a constitué une étape importante, comme celle de Djeddah quelques jours avant. La réunion d’aujourd’hui à l’ONU, dont le Secrétaire d’Etat John Kerry a pris opportunément l’initiative, est une autre étape importante.

Dans ce débat, le message de mon pays est clair : pour la paix et contre le terrorisme, nous devons prendre nos responsabilités ; les égorgeurs de Daech doivent être combattus et battus, et l’Irak ainsi que toute la région retrouver alors la sécurité et la paix.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2015

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