20 novembre 2014 - Conseil de sécurité - Le rôle de la police dans le maintien de la paix - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies

Merci Madame la Présidente,

Je veux commencer par remercier Monsieur Hervé LADSOUS, secrétaire général adjoint du département des opérations de Maintien de la paix, et chacun des chefs de composante police des opérations que nous avons entendus ce matin et les remercier pour leurs messages concrets et très utiles. Ces messages nous font prendre la mesure de l’importance du rôle joué par les composantes de police dans les opérations de maintien de la paix et des messages aussi qui nous font bien comprendre les défis auxquels ils sont confrontés.

Je voudrais à travers vous rendre hommage aux femmes et aux hommes qui constituent ces composantes de police, leur rendre hommage pour leur engagement et leur dévouement au service des causes que nous défendons ici aux Nations unies.

Je voudrais vous également remercier, Madame la Présidente, pour avoir organisé le débat d’aujourd’hui et pour cette première résolution du Conseil de sécurité sur la Police. Cette résolution vient reconnaitre l’évolution majeure des opérations de paix qui s’explique par la transformation de l’environnement stratégique international et l’évolution des conflits qui ont conduit à systématiser la présence des composantes de police dans les opérations de maintien de la paix. Ces composantes policières apportent aujourd’hui une contribution indispensable et parfaitement reconnue maintenant à la stabilisation des situations.

Je voudrais insister sur trois aspects majeurs de ce rôle accru de la police dans les opérations de maintien de la paix :

- Tout d’abord, en termes qualitatifs, la contribution efficace de la composante police à la protection des civils, en lien avec les autres composantes des Opérations de maintien de la paix, nécessite des policiers ou gendarmes bien équipés non seulement pour leur propre protection mais également en moyens de communications pour disposer d’une chaine de commandement solide et d’unités mobiles et réactives. Ils doivent être formés à cette mission spécifique notamment à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants – nous avons été nombreux à le dire. Le déploiement de femmes policières est dans ce cadre un aspect indispensable à prendre en compte pour rassurer les populations vulnérables victimes de violations contre les droits de l’Homme. La réalisation de cette mission est essentielle car cette police de proximité permettra de rebâtir progressivement la confiance entre la population et les forces de police locales.
Deuxièmement, cette évolution nécessite davantage d’effectifs et d’expertises. C’est un message que vous-mêmes messieurs les chefs des composantes de police avez passé. Outre la traditionnelle mission de sécurité publique, la composante police de nos missions est également sollicitée pour la reconstruction et le développement des capacités de la police de l’Etat-hôte. En liaison avec le pays hôte, la composante police des OMP doit maintenant davantage s’appuyer sur le déploiement d’équipes de police spécialisée : spécialisée sur la base d’une expertise spécifique reconnue et aussi de la capacité des policiers à parler la langue du pays hôte. Le vif succès rencontré par l’équipe de la MINUSTAH qui s’est chargée de la formation des policiers haïtiens à la lutte contre les violences sexuelles et du genre en est, je crois, un bon exemple. Une forte mobilisation des Etats-membres doit permettre de déployer davantage d’équipes de ce genre au profit des Etats hôtes de missions de paix.

Sur ce point il faut également insister sur la nécessité de transmettre au pays-hôte des normes standardisées et non une série d’expertises policières nationales, ceci en vue de faciliter l’appropriation nationale. Je voudrais saluer à cet égard le travail déjà accompli et en cours par la Division Police du DOMP depuis quelques années sur le développement et la mise en place de guides et de standards opérationnels notamment du document cadre stratégique.

Troisièmement et dernièrement, la lutte contre la criminalité organisée en soutien au pays hôte et pour la reconstruction de ses capacités devrait faire partie intégrante des activités policières dans les Opérations. La criminalité organisée transnationale possède parfois des ramifications avec le terrorisme et une réponse globale doit être apportée. Il me semble qu’une coopération encore plus poussée entre le Secrétariat, l’Etat hôte, les organisations régionales et sous régionales, Interpol et les organisations régionales de police pourrait être réalisée à travers la formation, le partage d’informations opérationnelles et d’expertise. Cette réflexion doit naturellement s’accompagner d’une coopération toujours plus étroite entre la Police et la Justice qui concourent aux mêmes objectifs finaux : rebâtir la confiance entre la population et les institutions de l’Etat et mettre hors d’état de nuire les criminels permettant ainsi de rebâtir un Etat de droit. A cet égard et dans le prolongement des questions posées auparavant par d’autres délégations, je voudrais interroger le Commissaire Carrilho et lui demander s’il peut nous en dire un peu plus sur la Task force conjointe pour Bangui, en particulier son rôle en matière de protection des civils. Il nous semble que cette expérience constitue un développement très intéressant et qui peut-être pourrait constituer un modèle pour d’autres activités de police onusienne.

Pour terminer, Madame la Présidente, je voudrais souligner que les défis de l’activité policière des Nations unies restent nombreux : - nous avons été nombreux à la dire – la bonne coordination entre la composante police avec les composantes civile et militaire, la nécessaire appropriation par l’Etat hôte des efforts menés par les opérations de maintien de la paix, l’utilisation des technologies modernes pour la protection des personnels dans l’accomplissement de leur mission, le besoin – je l’ai déjà dit - de maîtriser la langue du pays hôte pour reconstruire la confiance entre les populations locales et les institutions de l’Etat.

Tout ceci doit nous permettre de disposer d’une police des Nations unies encore plus professionnelle et efficace. Les recommandations du panel d’experts sur la revue stratégique du maintien de la paix devront apporter les propositions utiles à cet égard. La France les attend avec le plus grand intérêt et réitère sa disposition à nourrir la réflexion dans ce domaine.
Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2015

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