21 novembre 2014 - Conseil de sécurité - Ebola - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je vous remercie d’avoir organisé cette réunion à une étape importante de l’épidémie d’Ebola. Je remercie également les intervenants, le Dr David Nabarro, M. Tony Banbury et M. Thomas Mauget, ainsi que les Ambassadeurs de Guinée, du Liberia, du Mali et de Sierra Leone. Par leur intermédiaire, la France tient à rendre hommage aux victimes et aux personnels locaux et internationaux engagés au plus près des malades pour leur porter secours.

Des progrès dans la lutte ont été constatés et nous nous en réjouissons. Mais ils restent insuffisants et trop de localités restent affectées. En outre, les cas survenus au Mali sont une source de préoccupation supplémentaire.

Nous remercions le Dr Nabarro, M. Banbury et tout le personnel concerné des Nations unies pour leur action tant au niveau stratégique qu’opérationnel. Nous encourageons également la poursuite des efforts de l’ONU pour un déploiement de personnels au plus près du terrain. Nous déplorons la mort brutale de M. Marcel Rudasingwa, qui dirigeait la mission des Nations unies en Guinée et nous présentons nos condoléances à sa famille, à ses proches et au Rwanda.

La lutte contre l’épidémie d’Ebola mobilise la France au plus haut niveau. La semaine dernière, notre Secrétaire d’Etat Mme Annick Girardin s’est rendue en Guinée, conjointement avec le Coordonnateur de l’Union européenne M. Christos Stylianides, à l’occasion de l’ouverture du centre de traitement de Macenta, en Guinée forestière, au cœur de la zone la plus éprouvée. Ce centre est opérationnel. Il a une capacité initiale de cinquante lits qui pourrait être augmentée significativement en tant que de besoin.
Mme Girardin s’est également rendue au Mali pour exprimer à ce pays la solidarité de la France et renforcer immédiatement notre assistance afin d’y empêcher la propagation de la maladie. Le Président François Hollande se rendra en Guinée la semaine prochaine pour marquer l’appui de la France à ce pays éprouvé.

Monsieur le Président,

Dans cette course de vitesse face au virus Ebola, comme cela a été éloquemment rappelé, nous tenons à saluer l’engagement, le courage, le dévouement des ONG, telles MSF ou la Croix-Rouge, qui sont en première ligne dans cette lutte, comme nous l’a rappelé le témoignage saisissant de M. Mauget. Leur préoccupation pour bénéficier d’une prise en charge sur place ou d’une évacuation médicale en cas d’infection est pleinement légitime.

C’est pourquoi la France met en place un centre de traitement pour tout le personnel, national et international, impliqué dans la réponse à Ebola, sans distinction de nationalité. Ce centre est en cours de construction, à Conakry, et devrait être opérationnel d’ici fin décembre.

En outre, la France a obtenu la mise en place d’un mécanisme européen de prise en charge des personnels internationaux, incluant leur évacuation médicale en Europe. Dans le cadre de ce mécanisme, qui est d’ores et déjà opérationnel, la France met à disposition des personnels internationaux ses propres capacités d’évacuation.

Nos actions de secours aux populations, de formation et de conseil s’inscrivent dans le cadre de la stratégie des Nations unies visant à déployer des centres de traitement de taille intermédiaire, au cœur des foyers de l’épidémie.

Notre réponse s’est amplifiée, en particulier en Guinée :

— 80 agents de la Sécurité civile française sont à pied d’œuvre pour mettre en place deux nouveaux centres de traitement, qui ouvriront à Beyla et à Kérouané mi-décembre ; ils participeront aussi à la consolidation du centre de Forécariah ;

— La sécurité civile française va également rénover l’école de Manéah, à Conakry, qui accueillera le centre de formation des personnels guinéens, soignants et non soignants, impliqués dans la lutte contre Ebola, en complément des formations assurées en France ;

— L’Institut Pasteur amplifie ses activités, qui seront à terme durables en Guinée, avec la création d’un centre d’expertise Pasteur à Conakry ;

— Enfin, en réponse à la demande des Nations unies, et en accord avec le Président guinéen, le Professeur Alpha Condé, nous renforçons de la coordination de l’aide internationale, avec le système des Nations unies et en appui à la coordination nationale guinéenne contre Ebola.

Au total, plus de 100 personnels médicaux français sont ainsi engagés sur le terrain.

Nous agissons également au Mali, où nous avons envoyé plusieurs experts médicaux français, pour assister le coordonnateur national malien, pour faciliter les contrôles sanitaires à l’aéroport de Bamako, et pour évaluer les capacités des structures sanitaires maliennes à prendre en charge les malades.

Monsieur le Président,

Toutes ces mesures doivent permettre de venir à bout de l’épidémie, en isolant le virus et non les pays concernés. L’isolement est en effet contreproductif à court terme et nuisible à leur développement économique à long terme.

Au-delà de la réponse urgente à l’épidémie, nous ne pouvons sous-estimer l’ampleur des conséquences économiques et sociales de cette crise. La reconstruction et le redressement de long terme exigeront des efforts coordonnés et un accompagnement des pays de la sous-région dans la préparation de leurs systèmes de santé pour faire face au virus. Les Nations unies devront adopter une stratégie intégrée, adaptée et différenciée, pour renforcer la résilience à de tels chocs sanitaires. C’est tout le sens de l’engagement de la France, qui est et restera résolument aux côtés des pays de la région.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2015

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