21 octobre 2014 - Conseil de sécurité - Moyen Orient - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,
Je remercie le Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki-moon, pour son intervention et je m’associe à la déclaration qui sera faite par le Représentant de l’Union européenne. J’évoquerai le processus de paix israélo-palestinien, la situation en Irak, en Syrie et au Liban ainsi que la crise en Libye.

La solution des deux Etats doit être sauvée

Cet été, la guerre a de nouveau dévasté Gaza. Cette crise est la troisième en 6 ans. Plus violente encore qu’en 2008/2009 et qu’en 2012, elle a eu les conséquences tragiques que nous savons : plus de 2 100 morts, dont des centaines d’enfants ; 11 000 blessés ; des destructions sans précédent. La conférence du Caire a permis d’exprimer la solidarité de la communauté internationale envers la Palestine et son appui à la reconstruction de Gaza, avec l’annonce d’une mobilisation de 5.4 Mds$. Nous souhaitons que ces annonces soient rapidement suivies d’effets.

Toutefois, nous ne pouvons continuer d’accepter de participer sans fin à ce cycle de reconstruction et de destruction, alors même que les auteurs des destructions ne sont pas sollicités pour contribuer financièrement à la reconstruction. Il est de notre responsabilité de mettre un terme à cette spirale de violence. Cela suppose d’aller bien au-delà du cessez-le-feu conclu le 26 août, qui n’apporte pas de solution durable pour Gaza. A ce jour, comme en 2009, et comme en 2012, rien n’est vraiment réglé. Les parties ont prévu de reprendre prochainement leurs discussions au Caire. Nous les encourageons à le faire sans délais. Il faut conclure un accord durable afin d’obtenir à la fois une levée complète du blocus et une réponse aux préoccupations sécuritaires légitimes d’Israël.

Gaza n’est toutefois que le symptôme d’un mal plus profond : l’impasse du processus de paix. Nous devons être lucides : l’absence d’horizon politique pour les Palestiniens et la menace qui pèse fortement sur la solution à deux Etats ont conduit à l’initiative du président Abbas annoncée devant l’Assemblée générale. L’accélération de la colonisation, dans des zones particulièrement sensibles dont Givat Hamatos, qui crée une nouvelle colonie à Jérusalem-Est pour la première fois depuis plus de quinze ans, rend l’émergence d’un Etat palestinien chaque jour plus difficile sur le terrain. Nous devons en tirer les conséquences. L’augmentation récente des tensions sur l’Esplanade des mosquées est également très préoccupante. La France rappelle son attachement à la liberté d’accès aux Lieux Saints pour toutes les religions et souligne que toute remise en cause du statu quo sur ce site serait porteuse de risques de déstabilisation importants.

Les paramètres d’une solution au conflit sont pourtant connus : un État de Palestine indépendant, démocratique, contigu et souverain, vivant dans la paix et la sécurité aux côtés d’Israël, sur la base des lignes de 1967, avec Jérusalem comme capitale des deux États.

La France croit en la possibilité d’un règlement définitif, mais le temps pour trouver une solution pérenne n’est pas extensible à l’infini. Le moment est venu de mettre en œuvre la solution des deux Etats, avant qu’il ne soit trop tard. Nous devons pour cela nous donner collectivement les moyens d’y parvenir. Une réflexion sur une évolution de méthode doit être engagée, en vue de conclure et plus seulement de négocier. De nouvelles négociations ne mèneront à rien si elles ne partent pas de paramètres clairs et d’un calendrier de travail. L’échec successif des négociations depuis vingt ans nous le rappelle. Une action du Conseil de sécurité permettant de fixer un cadre à la négociation serait opportune. Les partenaires internationaux doivent s’engager davantage pour accompagner les parties dans la négociation d’un accord global et définitif.
Le rôle des Etats-Unis est décisif et il restera central. Celui de l’Europe et de la Ligue arabe ne l’est pas moins : toutes deux ont fait des propositions pour favoriser la conclusion d’un accord définitif et ouvrir la perspective d’une paix régionale. L’Europe ainsi que ses partenaires internationaux devront être prêts à activer les leviers dont ils disposent auprès des uns et des autres pour faire aboutir les négociations.

Au fond, nous ne pouvons plus nous contenter d’essayer. Nous devons aboutir. La France est prête à apporter dès à présent sa contribution à cet effort collectif. Sans avancées rapide et, sans aboutissement, il nous faudra bien, à un moment, reconnaître l’État palestinien.

Madame la Présidente,

La région fait face à l’émergence du fléau terroriste régional qui s’étend de l’Irak au Liban en passant par la Syrie.

En Irak, la lutte contre Daech appelle une mobilisation sans précédent de la communauté internationale, aux côtés du gouvernement irakien. Cette réponse repose sur trois piliers :

— Une stratégie politique durable pour soutenir les autorités irakiennes dans le sens de la réconciliation et de l’unité nationale. Daech a prospéré sur les fragilités de l’Irak, pays soumis aux divisions et aux conflits inter-religieux. La résolution de la crise doit avant tout être politique, dans la voie du redressement et de la réconciliation. La récente nomination des Ministres de l’Intérieur et de la Défense ainsi que la prestation de serment des Ministres kurdes viennent parachever la formation d’un gouvernement inclusif. Nous devons encourager cette approche.

— L’amplification de l’assistance humanitaire et des efforts de reconstruction.

— La coordination de la lutte contre Daech en matière d’appui militaire, d’assèchement des ressources financières et d’extinction des filières terroristes. En matière d’appui militaire, la France est engagée dans des opérations d’appui aérien aux forces armées irakiennes et aux peshmergas. Nous encourageons tous nos partenaires à se joindre à nos efforts.

En Syrie, c’est le régime de Bachar al-Assad qui a favorisé à dessein le développement de Daech pour faire barrage aux modérés, qui combattent dès lors deux barbaries : celle du régime, et celle de Daech. La Syrie n’a pas à choisir entre ces deux barbaries. Les crimes odieux de Daech ne doivent pas faire oublier que le régime syrien, qui continue chaque jour de bombarder les populations civiles, est le principal responsable de la tragédie actuelle qui a fait 200 000 morts. A ce titre, il alimente l’extrémisme et le rejet de son propre peuple, et ne peut en aucun cas représenter la Syrie de demain.

La crise syrienne appelle deux réponses :

— sur le moyen terme il convient d’élaborer une réponse politique à la crise. La France apportera tout son soutien aux initiatives que pourra prendre Staffan de Mistura pour relancer les négociations et apporter des réponses durables aux aspirations légitimes du peuple syrien. ;

— dans l’immédiat, les capacités de Daech, dont l’Est syrien est la base arrière, doivent être réduites. La France soutient les frappes de la coalition contre Daech. La France contribue activement à la lutte contre le terrorisme dans le cadre d’un partage des tâches. Nous poursuivons également notre soutien à l’opposition démocratique de la Coalition nationale syrienne présidée par Hadi al-Bahra. Ce soutien est, et sera politique, financier et matériel.

Au Liban, la situation s’est nettement dégradée. Les combats qui ont opposé plusieurs groupes terroristes, dont Daech et Jabat Al-Nosra, à l’armée libanaise au mois d’août, à Ersal, démontrent combien le Liban subit les contrecoups directs de la crise en Syrie. Nous devons tout mettre en œuvre pour que cessent les attaques contre l’armée et les tentatives de déstabilisation du pays. La politique de dissociation et les principes de la déclaration de Baabda de 2012 constituent le cadre dans lequel toutes les forces libanaises doivent s’inscrire. La mobilisation du Conseil de sécurité est nécessaire pour soutenir le Liban afin :

— de manière urgente, obtenir l’élection d’un Président. Les pays qui ont des leviers d’action sur les acteurs libanais et leurs alliés régionaux devraient plaider pour parvenir à l’élection d’un Président ;

— à court et moyen terme, renforcer et accélérer le soutien aux Forces armées libanaises. La France travaille étroitement avec l’Arabie Saoudite pour finaliser l’initiative de renforcement de l’armée libanaise ;

— enfin, amplifier notre soutien économique et financier afin de renforcer les institutions et les infrastructures au Liban. Avec le plus haut ratio réfugiés/population au monde, ce pays doit bénéficier d’un partage du fardeau.

Madame la Présidente,

Enfin, permettez-moi de mentionner la situation en Libye, qui nous préoccupe de manière croissante. Ce Conseil doit rester uni et mobilisé afin de répondre aux deux grands défis de la Libye :

— Celui de la transition politique. La légitimité des autorités issues des élections du 25 juin doit être reconnue par tous. En même temps, elle ne saurait dispenser les autorités d’une approche inclusive. La conclusion d’un cessez-le-feu en Libye et le lancement d’un dialogue politique ouvert et sincère, tourné vers la recherche d’un accord durable, sont le premier pas vers le retour de la paix. C’est tout l’enjeu de la médiation conduite par le Représentant spécial Bernardino Leon. Tous les acteurs internationaux doivent encourager les parties à prendre part à ce dialogue dans un esprit de compromis. Nous devons quant à nous nous tenir prêts à utiliser les sanctions individuelles prévues par la résolution 2174 contre ceux qui mettent en danger la paix, la stabilité ou la sécurité en Libye, ou qui entravent la réussite de sa transition politique ;

— Le second défi de la Libye est celui du terrorisme. La présence en Libye de groupes terroristes divers fait peser un risque important sur la région mais aussi sur l’Europe, et permet aux groupes terroristes sahéliens de reconstituer leurs forces, au Mali notamment. Avec les pays voisins, une stratégie visant à endiguer la menace terroriste ainsi que les trafics illicites d’armes, doit être encouragée.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2015

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