Bilan mensuel des travaux du Conseil (22/12/2014)

Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations - Conseil de sécurité - 22 décembre 2014

Monsieur le Président, chers collègues,

Je tiens tout d’abord à remercier l’Ambassadeur Chérif et l’équipe du Tchad pour le superbe travail accompli en décembre. C’est encore un peu tôt pour déboucher le champagne car notre programme s’est rempli au-delà de la date symbolique fixée par ce débat de synthèse. Mais nous savons que nous sommes entre de bonnes mains pour faire face aux urgences de la fin de l’année.

Ce débat mensuel est évidemment un peu particulier, pour ne pas dire émouvant. Un peu particulier car nous allons voir partir, dans quelques jours, cinq formidables collègues, avec leurs équipes. Je veux vous dire, à tous, à chacun, Marita, Sylvie, Joon, Gary, Eugène Richard et Oliver, que j’ai énormément apprécié travailler avec vous, et qu’il en va de même pour mon équipe. Deux ans de vie commune au Conseil forgent des liens très forts qui survivront à cette séparation. Pour nous, ce fut un honneur de travailler avec vous au sein de ce Conseil si important pour notre Organisation. Nous n’avons pas toujours été d’accord sur tout. La France, plume très active, très activiste voire hyperactive, vous a beaucoup sollicités sur les textes qu’elle a présentés, avec des délais parfois très … ambitieux. Vous avez toujours réagi avec beaucoup d’enthousiasme, de maîtrise, fidèles à vos intérêts, à vos valeurs, et au souci de nous tirer collectivement vers le haut. Vous avez pris des initiatives importantes, apporté vos idées. Soyez-en chaleureusement remerciés. Le temps qui m’est imparti ne me permet pas ici de dire un mot individuel à chacun, mais nous aurons bien des occasions de le faire dans les prochains jours.

Monsieur le Président, chers collègues,

C’est aussi un débat un peu particulier par sa date. Intervenant en décembre, il est l’occasion de faire un point de situation sur l’année écoulée et de tracer quelques perspectives pour l’année 2015.

Je commencerai par deux sujets sur lesquels nous n’avons pas avancé faute d’avoir réglé nos différences. C’est le cas de la Syrie, à l’évidence. Certes, le travail d’élimination des capacités chimiques militaires de la Syrie a progressé en 2014 même s’il demeure des zones d’ombre sur les déclarations initiales du régime et sur l’emploi répété de gaz de chlore. Certes, le Conseil a ouvert de nouvelles voies d’accès à l’assistance humanitaire en adoptant d’importantes résolutions à l’initiative du Luxembourg, de l’Australie et de la Jordanie, auxquels je rends hommage. Toutefois, force est de constater que le Conseil reste divisé sur le volet politique de la crise. C’est pourquoi nous devons soutenir les efforts en cours de Staffan de Mistura. Nous espérons qu’ils produiront de premiers effets en 2015 et rouvriront un espace pour un règlement politique.

Il en va de même sur l’Ukraine où le refus de la Russie d’écouter les messages très clairs des autres membres de ce Conseil et de l’Assemblée générale a contribué aux tensions et à l’impasse. Nous sommes également préoccupés par les initiatives de rapprochement voire d’intégration de la Russie en direction de l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud, qui sont autant de remises en cause supplémentaires des règles internationales. Nous espérons qu’en 2015 la Russie s’engagera dans une réelle désescalade, dans le discours et dans les faits, que nous encourageons activement. Le Président Hollande s’est rendu à Moscou pour promouvoir un changement d’approche de la part de la Russie et la France continuera de rechercher les moyens, sans rien céder sur les principes, d’apaiser les relations entre la Russie et son voisinage.

Monsieur le Président, chers collègues,

Aussi significatives soient-elles, ces divisons n’ont pas empêché le Conseil, jusqu’à présent et je l’espère en 2015 encore, d’être actif sur bien d’autres crises dont certaines ont surgi en 2014. C’est le cas sur le terrorisme, avec notre mobilisation contre les terroristes de Daech, sur l’épidémie d’Ebola, qui a été qualifiée de menace à la paix et la sécurité internationales, ou sur les crises africaines. Je prendrai deux exemples, la République centrafricaine et la République démocratique du Congo.

En RCA, l’action conjointe des forces africaines, françaises, européennes et des Nations unies, a permis d’écarter le spectre d’un génocide, vingt ans après celui au Rwanda. Cette mobilisation, à l’initiative de la France mais avec le soutien de tous, est à l’honneur des Nations unies. Nous devons poursuivre l’effort en 2015, et aider ce pays à se sortir de l’ornière.

En RDC, l’action énergique du RSSG et du commandant de force a permis de redorer l’image de la MONUSCO. Des échéances cruciales nous attendent en début d’année 2015, que ce soit l’engagement d’actions militaires contre les groupes armés à commencer par les FDLR s’ils ne désarment pas, la reconfiguration de la présence des Nations unies en tentant compte de la revue stratégique en cours, ou encore le rôle des Nations unies dans la perspective des élections présidentielles.

Les crimes de Boko Haram ne pourront rester impunis plus longtemps. La France soutient les pays de la région, elle encourage les initiatives régionales pour faire barrage à cette organisation terroriste.

Monsieur le Président, chers collègues,

La crise à Gaza cet été a été un nouveau rappel, tragique, que le statu quo n’est pas une option. La France considère que le Conseil de sécurité doit jouer son rôle pour relancer le processus de paix et guider les parties vers un règlement négocié. La France continuera de travailler, avec tous, à la recherche d’un texte consensuel dans cet esprit.

L’année 2015 sera marquée par deux importants rendez-vous que nous ne devons pas manquer, la revue des opérations de paix et le 70ème anniversaire des Nations unies.

Ma délégation a évoqué le mois dernier, dans ce même débat de synthèse, la revue des opérations de paix. Je n’y reviens pas sinon pour souligner à quel point celle-ci intervient à point nommé et constitue une occasion unique d’améliorer un instrument qui, non prévu par la Charte, est devenu le visage le plus familier des Nations unies, après celui de notre Secrétaire général bien sûr. La France y contribuera pleinement.

2015 marquera également le 70ème anniversaire de notre Organisation. La France compte promouvoir dans cette perspective son initiative sur l’encadrement du veto en cas d’atrocités de masse. Elle plaide également pour que l’élargissement du Conseil de sécurité franchisse une étape décisive.

J’évoquerai enfin un sujet qui tient à cœur à ma délégation, celui de l’attention portée aux droits de l’Homme dans le travail quotidien du Conseil et notamment pour ce qui relève de la situation en Corée du Nord. Les violations commises par le régime nord-coréen, rapportées par la Commission d’enquête des Nations unies, constituent par leur gravité et leur ampleur une menace à la paix et à la sécurité internationales. Une telle situation justifie la pleine mobilisation du Conseil de sécurité.

Je conclus en remerciant de nouveau notre excellente Présidence tchadienne, en exprimant ma gratitude aux cinq Etats sortants, et en me réjouissant d’accueillir très prochainement autour de la table les cinq nouveaux élus, auxquels je souhaite bonne chance et promets la pleine coopération de mon pays.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/01/2016

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