22 septembre 2014 - Economie sociale et solidaire - allocution de Mme Annick Girardin, secrétaire d’Etat chargée du développement et de la francophonie

Réunion organisée à New York par les Rencontres du Mont-Blanc.

Mesdames et messieurs les ministres,
Chers amis,

Je suis ravie d’être parmi vous aujourd’hui, pour cet évènement de lancement du groupe pilote sur l’économie sociale et solidaire, dans un contexte où nous devons, ensemble, écrire une nouvelle page de l’histoire du développement, où nous devons inventer de nouveaux modèles, innover sans limite, mobiliser de nouveaux acteurs.

Le groupe ouvert sur les objectifs de développement durable et le comité intergouvernemental d’experts sur le financement du développement durable, viennent de soumettre leurs recommandations à la communauté internationale.

Un consensus semble se dessiner autour des grands débats qui nous conduisent à la conférence d’Addis-Abeba sur le financement du développement, nous mènent vers l’adoption des ODD en septembre 2015, et au-delà.

Des progrès considérables ont été réalisés depuis quinze ans. Des millions de personnes sont sortis de la pauvreté, des économies ont émergé, d’autres décollent. La croissance est une réalité en Afrique. Pour autant, les défis restent nombreux et menacent la pérennité de notre modèle. Agissons, avançons. Un nouveau monde est possible. Inventons-le. Pour cela, il nous faut changer de cap, faire différemment. Il nous faut innover. Innover techniquement, mais aussi socialement, pour agir « autrement », mieux et plus efficacement.

Il nous faut surtout partager. Agir tous ensemble, collectivement. Chacun doit s’impliquer, chacun doit faire face à ses responsabilités, les assumer. La mise en œuvre du nouvel agenda devra reposer sur tous.

Nous devons développer, collectivement, de nouveaux outils et de nouveaux modes d’intervention au service d’un développement équitable et durable de la planète.
Je crois en premier lieu aux coalitions d’acteurs présents sur les territoires : ensemble, les entreprises, les ONG, la société civile, les gouvernements "co-créent" ; ils mobilisent leur savoir-faire, chacun dans son domaine. Ils mettent en commun leurs compétences pour inventer des solutions efficaces et pérennes.
Emmanuel Faber, directeur général d’une grande multinationale, et Jay Naidoo, ancien compagnon de route de Nelson Mandela, aujourd’hui président d’une grande ONG, m’en ont convaincue. C’est la force de la preuve par l’exemple : les coalitions d’acteurs innovent, créent, mettent en œuvre des réponses efficaces et pérennes aux enjeux de développement territorial durable.

C’est un mouvement d’ensemble que l’on retrouve aux quatre coins de la planète. Les débats dans les instances internationales promeuvent ces innovations sociales. Je citerai également le rapport récemment remis par le comité français sur l’investissement à impact sociétal, dans le cadre de la task force internationale sur ce même thème.

L’économie sociale et solidaire fait partie de la solution, parce qu’elle invite à agir autrement, parce qu’elle entreprend différemment, parce que le respect des hommes et des écosystèmes est sa raison d’être, parce que l’innovation est son moteur.
Elle est porteuse de dynamiques économiques pérennes. Pérennes et démocratiques. De par son mode de gouvernance et son ADN à la double coloration économique et sociale, elle créé du lien social, elle préserve les écosystèmes et donne leur place aux aspirations des citoyennes et des citoyens. L’économie sociale et solidaire est un vecteur incomparable de développement local durable. Les collectivités locales l’ont compris. Elles soutiennent l’ESS, l’accompagnent, la valorisent.

L’ESS grandit, elle crée des emplois : les sociétés coopératives participatives, les scop, comme les sociétés commerciales qui respectent les exigences et les valeurs de l’ESS sont de plus en plus fréquemment des débouchés pour les jeunes, au nord. Ils doivent le devenir au sud, où la création d’emplois est un enjeu prioritaire.

Je fais du soutien à la jeunesse une priorité de ma politique de développement. La création d’emplois y est un objectif décisif. Sans emploi, sans participation à la vie économique, les jeunes s’appauvrissent, perdent confiance et espoir dans l’avenir. L’économie sociale et solidaire, parce qu’elle créé des emplois, sera un outil privilégié d’insertion de la jeunesse.

Ce mouvement doit s’amplifier. Pour cela, une volonté politique est nécessaire.
En France, elle existe, sans nul doute : l’ESS est portée à haut niveau : le président de la République, François Hollande, a notamment lancé cette année l’initiative « la France s’engage », pour révéler et encourager des acteurs innovants d’utilité sociale. Une loi sur l’ESS vient d’être votée, pour mieux reconnaitre, structurer et développer l’ESS. Notre loi d’orientation et de programmation pour le développement et la solidarité internationale, adoptée en juillet dernier, lui fait une large place. Et ce groupe pilote sur l’ESS, porté par des acteurs investis de longue date dans cette économie (merci, en particulier, aux rencontres du Mont-Blanc), voit le jour, pour notre plus grande joie.

Permettez-moi de saluer l’Équateur, le Maroc, le Luxembourg, la Colombie et le Québec, qui ont déjà rejoint la France, ainsi que l’UNDESA et les organisations de la société civile, comme le fonds mondial pour le développement des villes, l’alliance internationale de la mutualité, l’association internationale des maires francophones.
Je souhaite beaucoup de succès à ce groupe, et ne peux qu’encourager ceux qui ne l’ont pas encore fait à le rejoindre. Aidons ce groupe pilote à porter la bonne parole, à la déployer sur les territoires du sud, pour que l’ESS soit connue, reconnue et mieux accompagnée.

Car, répétons-le, l’ESS est une opportunité pour réconcilier les finalités économiques, sociales et environnementales, dans la veine de l’agenda qui se dessine. Elle propose donc un nouvel horizon économique, social, solidaire, durable et démocratique qui prouve, à ceux qui en doutaient, que performance économique et utilité sociale peuvent être synonymes.

Dernière modification : 26/02/2015

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