22 septembre 2014 - Sécurité alimentaire - allocution de Mme Annick Girardin, secrétaire d’Etat chargée du développement et de la francophonie

Réunion de la "nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition".

Je suis très heureuse d’être parmi vous aujourd’hui, car il est essentiel de faire un point d’étape sur la "nouvelle alliance". Nous avons de bonnes nouvelles sur le front de la lutte contre la malnutrition, puisque le nombre de personnes souffrant de la faim diminue. Mais les inégalités persistent, et cette réunion est une bonne occasion de faire un bilan d’étape pour cette Alliance.

L’approche que nous avons est la promotion de l’investissement privé dans l’agriculture en Afrique sub-saharienne. Elle nous convient, dans la mesure où elle soutient en priorité l’agriculture familiale et le secteur privé local qui sont la clé de voute d’un traitement durable et efficace des enjeux de sécurité alimentaire, et plus généralement d’un développement local équilibré (inclusif, créateur d’emplois, durable), j’y reviendrai.

Notre défi est d’identifier et de soutenir les investissements privés responsables qui profitent aux petits exploitants locaux et de promouvoir la sécurité alimentaire. Mais nous avons aussi un devoir de vigilance : nous devons veiller à ce que les investissements des entreprises non seulement ne nuisent pas aux communautés locales où les investissements sont effectués, mais que leur impact bénéficient activement et positivement aux moyens de subsistance des petits exploitants ainsi qu’à l’environnement. Il serait paradoxal qu’en encourageant certaines pratiques, des projets créent plus de problèmes, notamment autour des enjeux fonciers, qu’ils n’en résolvent.

En Afrique sub-saharienne, 330 millions de jeunes vont entrer sur le marché du travail au cours des quinze prochaines années. C’est un des défis majeur pour l’agriculture, qui aujourd’hui est un des principaux débouchés d’emploi aujourd’hui encore. Au-delà de son rôle de production, l’agriculture a donc un rôle évident de cohésion sociale. Elle devra générer plus d’activités et de revenus.

La création d’emplois doit être un critère clé dans les choix de développement agricole. Cela signifie favoriser l’agriculture familiale, qui représente la grande majorité des emplois agricoles, et renforcer l’appui aux entreprises, sous réserve du respect des critères fixés en termes d’emplois.

Notre première priorité doit donc être de renforcer les exploitations agricoles familiales plutôt que l’agriculture industrielle à grande échelle, puisque ces fermes emploient la grande majorité des travailleurs agricoles, représentent le plus grand potentiel pour la production et l’emploi, et génèrent la majeure partie des revenus ruraux.

La deuxième priorité concerne les cultures vivrières : elles disposent de grands marchés en croissance rapide (au niveau régional et international), elles sont faciles à transformer au niveau local et favorisent la diversification des activités. Elles stimulent la création d’emplois et sont cultivées par les agriculteurs, qui produisent eux-mêmes - au moins partiellement - pour leur propre consommation. A cet égard, l’appui devrait se concentrer sur l’amélioration du fonctionnement des marchés locaux.

La troisième priorité est de mettre en œuvre cette approche dans le cadre des politiques régionales visant à renforcer le lien urbain-rural par la promotion et le développement de services dans les petites villes et les zones rurales qui sont souvent négligées.

La nouvelle alliance est critiquée par de nombreuses parties prenantes (ONG, organisations de producteurs agricoles, ...). Nous devons démontrer qu’elle bénéficie aux petits exploitants africains et pas seulement au secteur privé international. Jusqu’à présent, la participation des organisations de producteurs et de la société civile semble avoir été insuffisante. Nous devons renforcer leur rôle et les reconnaitre comme des partenaires à part entière.

Nous devons également être plus transparents sur cette initiative afin d’éviter certaines des critiques. Je salue dans ce cadre la mise en place du site internet qui va permettre de mieux informer sur cette initiative. Toutefois, il est important de mieux détailler les informations concernant les investissements privés et en particulier les types de contrats privés, tout en respectant les clauses commerciales confidentielles de ce contrat.

À cet égard, les « directives volontaires pour une gouvernance responsable des régimes fonciers », adoptées le 11 mai 2012 par le comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA), seront essentielles. La France a choisi d’en faire la règle pour ses soutiens agricoles en Afrique. Nous devons tous développer des initiatives très concrètes pour mettre en œuvre ces directives. Elles doivent être pleinement respectées, notamment par les investissements privés.

En termes d’investissement privé, il sera également important de prendre en compte les principes pour un investissement agricole responsable (RAI) dans le contexte de la sécurité alimentaire et de la nutrition qui seront adoptés par le comité de la sécurité alimentaire mondiale en Octobre 2014.

Après leur adoption, les principes RAI devront constituer, comme les principes directeurs sur le fonciers, la norme internationale dans le domaine des investissements agricoles en agriculture, y compris pour la Nouvelle Alliance. Si ces éléments ne sont pas juridiquement contraignants, ils doivent néanmoins servir à encadrer les outils plus opérationnels que nous allons utiliser, comme le guide opérationnel pour les investissements agricoles à grande échelle proposé par l’USAID.

La France estime donc que nous devons nous fixer comme priorité le renforcement l’approfondissement, et l’amélioration de la gouvernance de la nouvelle alliance plutôt que l’extension à de nouveaux pays.

Dernière modification : 26/02/2015

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