26 novembre 2014 - Conseil de sécurité - Bilan mensuel des travaux du Conseil -Intervention de M. Philippe Bertoux, Premier Conseiller à la Mission permanente de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président, chers collègues,

Je tiens tout d’abord à remercier l’Ambassadeur Quinlan et toute son équipe pour tout le travail accompli en novembre. Le programme a été extrêmement dense, il nous a donné l’impression parfois de courir le marathon de New York ici au Conseil, mais sur un rythme proche de celui du sprint. Vous avez conduit nos débats avec autant de rigueur que de volontarisme. A cet égard cette seconde Présidence aura témoigné de l’excellence de votre bilan de deux années au Conseil. Soyez-en remercié.

Si l’attention médiatique s’est portée sur la Syrie, la situation à Gaza et Jérusalem ou le contre-terrorisme sur lequel l’Australie s’est pleinement mobilisée pendant son biennium, n’oublions pas que les crises en Afrique restent et resteront un sujet majeur pour le Conseil de sécurité, où il est fortement investi, politiquement et à travers les opérations de maintien de la paix, et où son action peut faire la différence. Je leur consacrerai donc une bonne part de mon intervention.

La réunion de remue-méninge sur la MINUSMA au Mali que le Conseil de sécurité a tenue le 10 novembre, à la suite de la proposition faite par le DOMP, a été un exercice innovant et riche d’enseignements. Je tiens à remercier tout particulièrement la Présidence et le Secrétariat pour l’organisation réussie de ce débat informel interactif. Cette réunion a permis aux membres du Conseil d’aborder de manière très directe tous les aspects, politiques et sécuritaires, de la situation tendue au Nord du Mali. Les membres du Conseil ont exprimé un fort consensus à cette occasion pour, d’une part, continuer à faire pression sur les parties maliennes pour qu’elles mènent les pourparlers de paix d’Alger à leur terme dans un esprit de compromis ; d’autre part, prendre toutes les mesures nécessaires pour renforcer la sécurité des Casques bleus de la MINUSMA, avec le soutien de l’opération Barkhane, et leur permettre de remplir pleinement leur mandat très robuste pour stabiliser le Nord du Mali.

Les propositions faites par le Secrétariat au Conseil pour cette réunion et le relevé de conclusions établi par la Présidence fournissent une base précieuse pour progresser dans cette direction. Nous attendons que le prochain rapport du Secrétaire général sur le Mali fin décembre fasse état de la mise en œuvre des mesures envisagées. Après la MONUSCO, on peut dire que la MINUSMA est aujourd’hui le deuxième laboratoire du maintien de la paix, dans un environnement complexe. Comme nous l’avons fait ce mois-ci concernant le Mali, nous devons pouvoir réfléchir collectivement de manière innovante - plus interactive et plus concrète – pour permettre aux OMP de faire face à des situations nouvelles sur le terrain. Cette formule testée sur le Mali mérite donc selon nous d’être reprise à l’avenir.

S’agissant de la RDC, un an après la défaite du M23 qui aura marqué une étape majeure pour ce pays, et pour la réputation des Nations unies sur place, les défis restent nombreux. Sur le plan sécuritaire, alors que la protection des civils et la neutralisation des groupes armés sont la priorité de ce Conseil, les obstacles perdurent : le processus de désarmement volontaire des FDLR est dans l’impasse, la recrudescence des attaques violentes dans la région de Beni montre que la neutralisation durable des ADF n’est toujours pas une réalité, et le processus de démobilisation et de réinsertion des anciens combattants du M23 prend du retard. Par ailleurs, la situation politique en RDC est tendue dans un contexte pré-électoral délicat et les membres du Conseil de sécurité sont préoccupés de la lenteur de la mise en œuvre des réformes auxquelles le gouvernement a souscrit dans l’accord-cadre d’Addis Abeba qui reste la référence pour un règlement durable de la crise dans la région des Grands Lacs. Dans ce contexte fragile, l’expulsion par les autorités de RDC du chef du bureau conjoint des droits de l’Homme suscite des inquiétudes.

La revue stratégique attendue pour la fin du mois de décembre sera l’occasion de tirer un premier bilan des résolutions 2098 et 2147 pour continuer de renforcer l’efficacité de la MONUSCO. Nous n’insisterons jamais assez sur l’importance d’une protection des civils active et effective. La neutralisation des groupes armés est une nécessité, mais le retour à une stabilité durable en RDC ne pourra se faire sans la mise en œuvre des réformes indispensables par la RDC et sans une ferme résolution des signataires de l’Accord-cadre à respecter leurs engagements. La MONUSCO a également un rôle essentiel à jouer dans cette perspective.

L’examen de ces deux OMP majeures me conduit naturellement à aborder la revue des opérations de paix engagée par le Secrétaire général. Le Conseil de sécurité a pu échanger la semaine dernière avec les membres du panel de haut niveau présidé par M. Ramos Horta. Il est bon de prendre du recul et de réfléchir sur les moyens de renforcer et d’adapter un instrument, les OMP et missions politiques, parfois victime de son succès. Nous vous remercions à cet égard d’avoir pris l’initiative de la première résolution du Conseil sur le rôle de la police dans les opérations de paix. Cette initiative nourrira utilement la réflexion sur une dimension de plus en plus importante et complexe de nos opérations.

Nous attendons de la revue des opérations de paix qu’elle débouche sur des propositions concrètes visant à améliorer l’efficacité du maintien de la paix, par exemple pour mieux remplir la mission devenue centrale de protection des civils, pour accélérer le déploiement des missions, pour assurer la cohésion des diverses composantes militaire, policière et civile, pour réduire les tensions sur les ressources en capacités critiques (telles que les hélicoptères), en personnel, en financement. Nous espérons aussi que la revue permettra d’aller vers des OMP agiles, adaptées au contexte local, déployées de façon séquencée, réorientables au besoin, et disposant d’une stratégie de sortie clairement identifiée.

La France contribuera dans les mois à venir à cette réflexion, ici et à Paris où nos autorités sont saisies du sujet et désireuses d’appuyer ce processus de revue.

J’évoquerai enfin un sujet qui tient à cœur à ma délégation, qui est celui de l’attention portée aux droits de l’Homme dans le travail quotidien du Conseil de sécurité. A cet égard, nous saluons la présence du Haut-Commissaire aux droits de l’Homme, le Prince Zeid, lors de la dernière réunion sur l’Irak, ainsi que le discours très marquant qu’il a prononcé à cette occasion. Nous partageons son analyse sur la nécessité de combattre la rhétorique meurtrière de Daech et soutenons son appel aux autorités irakiennes à reconnaitre la compétence de la Cour pénale internationale. Cette première interaction du Conseil avec le nouveau Haut-Commissaire aux droits de l’Homme a été très fructueuse et nous espérons pouvoir très vite la renouveler.

Enfin, le Conseil va devoir prochainement évoquer la situation des droits de l’Homme en Corée du Nord car l’Assemblée générale a décidé de lui transmettre le rapport de la Commission d’enquête des Nations unies dirigée par le juge Kirby. Les crimes décris dans ce rapport sont, comme l’indique la Commission d’enquête, « sans égal dans le monde contemporain ». Ils pourraient constituer des crimes contre l’humanité. Ce Conseil ne doit pas fuir ses responsabilités et doit être prêt à examiner le contenu et les conclusions de ce rapport.

Je conclus en vous remerciant une nouvelle fois, cher Gary, pour votre Présidence, et me tourne vers le Tchad qui reprend en décembre le flambeau. Pour avoir assumé la Présidence à pareille époque l’an passé, et ayant vérifié que le Conseil pouvait travailler intensément entre Noël et le jour de l’An - ce qui n’est pas forcément un modèle à suivre -, mon pays vous souhaite ses meilleurs vœux de succès.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2015

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