29 octobre 2014 - Conseil de sécurité - Moyen Orient : Israël/Palestine - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Je remercie le Secrétaire général adjoint des Nations Unies, M. Jeffrey Feltman, pour sa présentation.

Il y a une semaine, nous nous sommes réunis pour constater combien la solution à deux Etats était menacée. Menacée, par les conséquences de la guerre de juillet-août dernier, qui a entraîné notamment une situation humanitaire critique à Gaza, largement détruite, et une aggravation des tensions sur le terrain à Jérusalem et en Cisjordanie. Menacée aussi par l’absence d’horizon politique permettant de répondre aux aspirations des peuples israélien et palestinien.

Depuis plusieurs mois, la France répète que la situation actuelle est intenable. Depuis une semaine, nous avons à nouveau la démonstration qu’elle est dangereuse, notamment à Jérusalem :
— nous condamnons l’acte criminel du 22 octobre qui a tué deux personnes et blessé sept autres civils ;
— nous condamnons également les violences commises par des groupes de colons contre des Palestiniens ;
— nous condamnons enfin la planification de plus de 1 000 nouveaux logements à Jérusalem-Est, qui s’ajoute à la décision de construire plus de 2 600 logements à Givat Hamatos, zone particulièrement sensible – on le sait — où serait créée une nouvelle colonie pour la première fois depuis plus de quinze ans.

La poursuite implacable de la colonisation, illégale au regard du droit international, confirme que le statu quo n’existe pas : chaque jour, la situation se détériore et nous éloigne de la possibilité d’avoir deux Etats vivant en paix et en sécurité. Nous devons en tirer les conséquences. Ces gestes vont à l’encontre de la paix et ne font qu’alimenter les tensions, alors que c’est un climat de dialogue dont nous avons besoin.

Plus particulièrement, nous sommes très préoccupés par les accès récents de tensions, la multiplication des provocations de nationalistes religieux et les restrictions d’accès à l’Esplanade des Mosquées, qui ont un fort écho dans l’ensemble de la région. La France rappelle son attachement à la dimension multiculturelle de Jérusalem et à la liberté d’accès de ses Lieux Saints pour tous les croyants quelle que soit leur appartenance religieuse et souligne que toute remise en cause du statu quo serait porteuse de risques de déstabilisation importants.

Madame la Présidente,

Aujourd’hui, le risque d’une explosion incontrôlée de violences à Jérusalem et en Cisjordanie ne peut être écarté. Il n’est dans l’intérêt de personne qu’elles conduisent à une nouvelle Intifada : elle serait porteuse d’insécurité permanente pour Israël et ne ferait que détériorer encore plus les conditions de vie des Palestiniens.

Dans ce contexte, la France en appelle à l’esprit de responsabilité des dirigeants des deux bords. Il est de leur devoir de prendre toutes les mesures nécessaires afin d’apaiser – et non d’attiser – les tensions au sein des opinions publiques israélienne et palestinienne. Dans ce but :

a) Nous saluons les efforts du gouvernement d’entente nationale palestinien en faveur de la réconciliation. C’est une étape indispensable vers la paix.
b) Nous appelons les parties à s’abstenir de tout discours qui pourrait être perçu comme une incitation à la violence. Nous appelons en particulier les autorités israéliennes à renoncer à mettre en œuvre leur projet de construction de nouveaux logements à Jérusalem, dont il faut redire qu’elles sont illégales au regard du droit international et de nature à exacerber les tensions entre les parties.
c) Nous engageons les parties à faire les gestes nécessaires à une reprise rapide des négociations de paix, qui sont la seule voie pour trouver une issue politique au conflit.

Madame la Présidente,

La crise à Gaza cet été, les violences à Jérusalem et dans l’ensemble des Territoires palestiniens ne sont en effet que le symptôme d’un mal plus profond : l’impasse du processus de paix. L’absence d’horizon politique pour les Palestiniens et les multiples menaces dirigées contre la solution à deux Etats entretiennent, on le voit chaque jour, un terreau propice à des flambées de violence, dont les deux parties sont les victimes

Aussi une évolution de méthode doit être engagée, en vue de conclure la paix et non plus seulement d’en discuter. De nouvelles négociations ne mèneront à rien si elles ne partent pas de paramètres clairs et d’un calendrier de travail. L’échec successif des négociations depuis vingt ans nous le rappelle.

Quelle peut-être cette nouvelle méthode ?

Tout d’abord, nous ne pouvons plus accepter que le Conseil de sécurité reste spectateur du conflit israélo-palestinien. Si rien ne peut certes se substituer à la négociation entre les parties, une action du Conseil de sécurité permettant de fixer un cadre équilibré pour les négociations doit être sérieusement envisagée. La France est prête à s’engager dans cette voie.

Ensuite, la lucidité doit nous conduire à reconnaître que la défiance entre les parties n’a jamais été aussi forte. Cette défiance est telle que nous ne pouvons plus nous contenter d’en appeler d’une façon incantatoire à une reprise des négociations directes comme panacée. Plus que jamais, un accord sera impossible sans un effort international renouvelé et accru. Pour ce faire, l’engagement des Etats-Unis sera bien sûr décisif. Mais, l’Europe doit également prendre ses responsabilités et activer ses leviers, au même titre que les pays arabes, la Russie et l’ensemble des membres de ce Conseil. Pour que l’espoir de la paix ne meure pas, pour que la solution des deux Etats ne disparaisse pas irrémédiablement, la mobilisation de tous est nécessaire, elle est aussi urgente.
Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2015

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