8 septembre 2014 - Conseil de sécurité - Enfants dans les conflits armés - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Madame la Présidente,

Je vous remercie d’avoir organisé ce débat, et de vos paroles aimables à mon égard. C’est un immense honneur de représenter la France dans cette enceinte et de commencer par un débat sur ce sujet crucial. Je voudrais également remercier les intervenants pour leurs analyses et leurs témoignages particulièrement puissants et émouvants.

Je saisis cette occasion pour féliciter de nouveau le Luxembourg pour son travail remarquable sur les enfants dans les conflits armés. Votre présence aujourd’hui, M. le Ministre, démontre à nouveau l’engagement de votre pays pour cette cause.

Madame la Présidente,

Notre mobilisation pour le sort des enfants dans les conflits armés n’a pas fléchie. Le dispositif mis en place par les Nations Unies produit des résultats concrets. Depuis sa mise en place, il a permis de démobiliser des dizaines de milliers d’enfants soldats. La campagne « enfants, pas soldats » nous fait entrevoir, d’ici quelques années, la possibilité d’un monde où aucune armée nationale ne recruterait d’enfants.

Au cœur de ce dispositif se trouvent les plans d’action. Cette année, grâce à la mise en œuvre d’un tel plan, l’armée nationale tchadienne a été retirée de la liste. Au total, la vingtaine de plans d’action signés avec des gouvernements ou des groupes armés représentent autant de progrès pour la protection de l’enfance dans les conflits. Ces plans d’actions doivent être mis en œuvre dans les meilleurs délais. C’est la garantie de la crédibilité de notre action. Pour cela, les Nations unies doivent déployer toutes les ressources matérielles et humaines à leur disposition.

La crédibilité de notre action pour libérer les enfants soldats repose également sur notre exemplarité collective. C’est pourquoi la France est favorable à une clarification des règles de participation à des opérations de maintien de la paix d’armées nationales listées pour recrutement d’enfants. De même, les politiques du Secrétaire général de Filtrage en matière de droits de l’Homme et de Tolérance zéro pour l’exploitation et la violence sexuelle doivent être pleinement mises en œuvre. Et naturellement la politique de limitation des contacts avec les personnes sous mandat d’arrêt de la CPI doit être rigoureusement appliquée à tous les niveaux.

Madame la Présidente,

Dans de trop nombreux conflits, les enfants restent, nous le savons, les premières victimes.

En Irak et en Syrie, l’État Islamique s’est rendu coupable des pires exactions à l’encontre des enfants. L’organisation terroriste recrute des enfants par centaines et les forme dans des camps d’entrainement. L’action de la communauté internationale pour mettre fin aux actions de ce groupe doit se poursuivre, doit se renforcer. C’est pourquoi la France organisera prochainement une conférence internationale pour la sécurité en Irak.

En Syrie, depuis plus de trois ans, le régime et ses milices n’ont jamais épargné, nous le savons, les enfants. Plus de 10 000 enfants ont ainsi trouvé la mort et ce chiffre est probablement encore en dessous de la réalité. Leurs écoles sont bombardées sans relâche. 3000 d’entre elles ont été détruites, privant ainsi toute une génération de son droit à l’éducation.

Nous saluons par ailleurs l’engagement de la Coalition et du Conseil militaire suprême de l’Armée syrienne libre de mettre fin et de prévenir le recrutement d’enfants. Nous encourageons Mme Zerrougui à poursuivre le dialogue en vue de la signature d’un plan d’action.

En République centrafricaine, les enfants sont aussi victimes des groupes armés. Ex-Séléka comme anti-Balaka comptent toujours dans leurs rangs plus de 6 000 enfants. Le déploiement de la MINUSCA, à partir du 15 septembre, devra permettre de lutter plus efficacement contre les actions de ces groupes à l’encontre des civils. L’opération comprend un mandat fort de protection de l’enfance. Il devra être mis en œuvre rapidement.

Madame la Présidente,

Dans ce combat pour la protection de l’enfance, la Cour pénale internationale joue également un rôle essentiel, cela a été dit. La condamnation, en 2012, de Thomas Lubanga et le transfert à la CPI, l’an dernier, de M. Bosco Ntaganda ont envoyé un signal fort concernant les conséquences pénales du recrutement d’enfants, considéré comme un crime de guerre. Nous sommes favorables à un renforcement du dialogue avec la Cour. La Procureure, Mme Fatou Bensouda, s’est exprimée devant le Groupe de travail. Nous pourrions à présent l’inviter à venir faire une présentation au Conseil sur cette question.

Madame la Présidente,

Je conclurais en renouvelant notre appel à tous les États à endosser les Principes et Engagements de Paris, qui sont complémentaires de l’action du Conseil de sécurité. Ils fournissent un cadre robuste à l’action de la communauté internationale pour la protection de l’enfance dans les conflits armés. La France restera résolument engagée dans ce combat, qui correspond à notre responsabilité morale et politique, et qui au cœur de la conscience universelle qu’incarnent les Nations unies.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2015

Haut de page