9 octobre 2014 - Conseil de sécurité - Maintien de la paix - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je remercie le Conseiller militaire pour les Opérations de maintien de la paix, le Général Ahmed Maqsood Ahmed, et les Commandants de Force de la MINUSMA, de la MONUSCO et de la FNUOD pour leurs interventions.

Madame la Présidente, je ferai valoir deux points :

Premièrement, nos échanges réguliers sur le maintien de la paix sont importants, car cette mission, au cœur de la Charte, représente aujourd’hui une part considérable et emblématique de l’activité des Nations unies, une mission qui touche aux questions de guerre et paix, de vie et de mort et qui engage donc notre responsabilité morale et politique.

Le nombre de casques bleus et le budget des OMP ont été multipliés par 10 en 10 ans. Le budget s’établit à 8 milliards de dollars, soit près de quatre fois le budget général. Il est important de conserver ces éléments à l’esprit.

Beaucoup ne connaissent des Nations unies que leurs casques bleus, qui sont devenus les symboles de notre organisation. La France rend hommage à leur courage et à leur dévouement, qui se paye souvent au prix du sang, comme hélas récemment au Mali par les soldats tchadiens, nigériens et sénégalais.

Au départ concept« ad hoc » au service des buts de la Charte, les opérations de maintien de la paix se sont progressivement imposées comme un outil irremplaçable et nos attentes à leur égard n’ont cessé de croitre. Elles ont une fonction vitale, centrée ou recentrée comme au Soudan du sud dernièrement, sur la protection des civils. Leurs mandats sont aussi plus complets et complexes, s’étendant au soutien aux transitions politiques et à la stabilisation, comme au Mali, en RDC et en RCA notamment.

Parallèlement, le déploiement intervient dans des conflits intra-étatiques ou des environnements non-stabilisés, où les processus politiques sont perturbés par des acteurs non-étatiques, ce qui accroît la difficulté de leur action.

En conséquence, c’est mon deuxième point, nous avons le devoir de veiller à ce que ces opérations disposent des moyens de leur succès et les utilisent avec le plus grand professionnalisme dans une optique d’efficience. Cela signifie notamment plusieurs exigences.

Premièrement, répondre aux besoins en termes de troupes et en matériels, à travers notamment les « multiplicateurs d’effets » : les moyens aériens mais aussi le soutien sanitaire et les unités de génie, qui font souvent défaut. Nous avons besoin de contingents immédiatement disponibles, réactifs, bien équipés, bien formés, capables d’initiatives. Nous encourageons les Etats-membres qui disposent de telles capacités à combler ces lacunes, comme s’apprête à le faire le Mexique qui a récemment décidé de se réengager dans les composantes en uniformes des opérations de maintien de la paix, ou l’Angola qui vient de faire des offres de service au DOMP ;

Deuxièmement, renforcer le soutien logistique et opérationnel dont les missions ont besoin. Les Forces françaises travaillent en ce sens au Mali et en RCA ; l’Union européenne joue son rôle au Mali, en RCA, et en apportant un appui financier déterminant à l’AMISOM en Somalie. Mais le déroulement de ces missions soulignent les progrès encore nécessaires, y compris en matière d’appui aux missions. Sans doute les commandants de force pourront-ils nous livrer des commentaires additionnels sur ce point.

Troisièmement, adapter les modes opératoires des OMP à leurs mandats, pour que celles-ci puissent mieux faire ce que nous leur demandons. Cela est d’autant plus crucial sur les théâtres les moins stabilisés où ce souci d’efficacité doit se conjuguer avec celui de la protection de la force. L’équilibre entre la protection de nos casques bleus et leur efficacité est également particulièrement important dans le cadre de la protection des civils. Nous sommes convaincus que l’immobilisme n’est pas une option. Il ne répond en effet à aucune de ces préoccupations car il laisse toute liberté d’action à ceux qui veulent faire dérailler les processus de paix et s’en prennent aux populations comme aux soldats du maintien de la paix. Une attitude dynamique et proactive constitue donc la meilleure façon de répondre à ce double objectif de protection des civils et de protection de la force. Les commandants de la MONUSCO et de la MINUSMA pourraient nous donner quelques exemples très utiles.
En complément de ce changement d’attitude et de modes d’actions, quatrième exigence, ouvrir les opérations de maintien de la paix à la technologie moderne constitue une piste importante. En accroissant les capacités d’observation, de traitement de l’information et de protection des casques bleus, la technologie permet de mieux comprendre l’environnement, d’anticiper et d’agir en amont des pics de violence pour s’auto-protéger et protéger les populations. Je citerai ici l’exemple des drones d’observation de la MONUSCO. Je serais reconnaissant au Commandant de la MONUSCO de nous faire part de ses retours d’expériences en ce domaine et éventuellement aux autres commandants de force de nous livrer leurs réflexions sur les apports technologiques dont leurs forces pourraient bénéficier.

Cinquième exigence, favoriser la coopération inter-missions et multiplier les synergies est une autre piste prometteuse, à l’image de la coopération entre ONUCI et MINUL en Afrique de l’Ouest. Cette coopération ne se limite pas aux questions matérielles mais doit s’étendre à l’échange d’informations, à la planification et aux partages des meilleures pratiques. Je serais reconnaissant aux briefers s’ils peuvent nous faire part de leurs observations sur ce point.

Enfin l’aspect humain ne doit pas être négligé. Les missions doivent s’adapter aux contextes locaux et être capable de tisser des liens étroits avec les populations que nous devons protéger. La francophonie doit être pleinement prise en compte, et je voudrais rappeler encore que nous avons besoin de plus de francophones dans les opérations déployées en zone francophone à tous les niveaux, de l’homme de troupe au RSSG, ainsi qu’à New York. Il s’agit d’un puissant facteur d’efficacité opérationnelle.

Madame la Présidente,

Je salue l’engagement déterminé de M. Hervé Ladsous à la tête du Département des opérations de maintien de la paix et de ses équipes pour répondre à tous ces défis. Sous leur impulsion, le maintien de la paix s’est encore professionnalisé et modernisé, notamment par l’adoption de standards opérationnels, par la création d’un poste de directeur des partenariats chargé d’une mission « d’inspection » des OMP ; et par la mise à disposition de technologies modernes.

La Revue du maintien de la paix que le Secrétaire général a décidé de lancer sera décisive pour tracer les contours d’un maintien de la paix plus réactif et plus dynamique, à même de répondre aux nouveaux défis. La France y contribuera activement et continuera à être mobilisée sur cette question, dans la continuité du rapport « Nouvel horizon » de 2009, qui a permis de poursuivre la réflexion politique et doctrinale sur cette question, et dont nous avons été à l’origine avec le Royaume-Uni.

Je tiens à redire l’attachement profond de la France au maintien de la paix, auquel notre pays contribue pleinement : sous casques bleus comme au sein de la FINUL au Liban ; à titre national ou sous la bannière européenne, en soutien des opérations de maintien de la paix comme c’est le cas en Côte d’Ivoire, au Mali et en RCA. Aujourd’hui 7 800 soldats français sont engagés en opérations, dont près de 1 000 au service direct des Nations unies et 6 000 sous mandat des Nations unies. Depuis janvier 2013, 13 de nos compatriotes ont payé cet engagement de leur vie et je salue ici leur mémoire, ainsi que celle de tous leurs camarades casques bleus tombés au Champ d’honneur pour faire vivre les idéaux que portent les Nations unies.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/02/2015

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