A Alep, c’est la survie de 275 000 civils qui est en jeu

Réunion informelle de l’Assemblée générale - Intervention de M. François Delattre, Représentant permanent de la France auprès des Nations unies - 20 octobre 2016

1. Je souhaite remercier le Canada, à travers son Ministre des Affaires étrangères, pour son initiative et le Président de l’Assemblée générale pour avoir organisé cette session importante. Permettez-moi également de remercier l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie, M. Staffan de Mistura, et le représentant du Bureau de la coordination des affaires humanitaires pour leurs présentations très éclairantes. Leur message est unanime : à Alep, au cœur de cette ville plusieurs fois millénaire, c’est la survie de 275 000 civils, assiégés et bombardés dans les conditions que l’on sait, qui est aujourd’hui en jeu.

Mesdames et Messieurs, appelons un chat un chat : si nous sommes réunis ici aujourd’hui c’est pour maximiser la pression politique de la communauté des nations sur le régime de Damas et ses soutiens afin que cesse le scandale d’Alep, avec son cortège de crimes de guerre. Mesurons bien ensemble l’extrême gravité des enjeux. Alep est à la Syrie ce que Sarajevo était à la Bosnie ou encore ce que Guernica était à la guerre d’Espagne : une tragédie humaine, un trou noir dans lequel sont broyées toutes les valeurs de l’ONU, mais aussi le signe annonciateur de terribles drames futurs si nous ne réagissons pas fortement.

2. Le 8 octobre dernier, la France et l’Espagne ont proposé au Conseil de sécurité un projet de résolution visant à faire cesser immédiatement et durablement les bombardements à Alep. Il a été soutenu par une très large majorité de ses membres qui ont su transcender leurs différences politiques pour crier ensemble : « ça suffit ». En bloquant seule l’adoption de ce texte, la Russie a assumé aux yeux du monde la responsabilité de ce qui se passe à Alep. Le Secrétaire général l’a dit sans équivoque dans son dernier rapport sur la Syrie : la Russie et la Syrie doivent mettre un terme aux bombardements. C’est la clé, c’est la base de tout. La lutte contre le terrorisme devrait nous rassembler. Mais soyons clairs : loin d’aider à combattre les terroristes, le siège d’Alep nourrit la radicalisation et le terrorisme. Oui, le siège d’Alep est, en plus de tout le reste, un cadeau fait aux terroristes.

3. Pour espérer faire une différence sur le terrain, toute initiative internationale doit prendre en compte les cinq priorités suivantes, qui étaient au cœur du projet de résolution franco-espagnol :

-  Un, la cessation immédiate des hostilités, et en priorité, l’arrêt immédiat et permanent de tous les bombardements à Alep ;
-  Deux, l’accès immédiat complet, sûr, continu et sans entrave de l’aide humanitaire ; ce n’est pas une concession que l’on demande au régime syrien, c’est une obligation qui lui incombe au titre du droit international humanitaire et des résolutions du Conseil de sécurité ;
-  Trois, une différenciation claire des responsabilités des parties : il n’y a pas d’équivalence entre les agresseurs et les agressés ;
-  Quatre, une surveillance plus efficace et plus transparente de la trêve ;
-  Cinq, enfin, un appel à la mise en œuvre d’une transition politique conforme aux dispositions du Communiqué de Genève et de la résolution 2254.

4. Pour finir, je voudrais simplement interroger les représentants du Secrétariat sur les délais minimaux qu’ils estiment nécessaires pour faire parvenir l’aide humanitaire à Alep Est en quantité suffisante à toutes les personnes dans le besoin, pour procéder aux évacuations médicales d’urgences et pour rétablir des services médicaux de base afin de subvenir aux besoins immédiats de la population d’Alep Est. Je vous remercie.

Dernière modification : 20/10/2016

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