Syrie : nous n’avons pas le droit de baisser les bras

Résolution sur la situation en Syrie - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Session plénière de l’Assemblée générale – 9 décembre 2016

Je souhaite remercier le Président de l’Assemblée générale et le Représentant permanent du Canada pour leurs présentations. Je souhaite également adresser mes remerciements chaleureux à la délégation du Canada pour les efforts considérables qu’elle a engagés au cours des derniers mois, efforts qui offrent aujourd’hui l’occasion à l’Assemblée générale d’adresser un message fort à un moment crucial du conflit syrien.

En ces heures terribles que vivent les populations d’Alep, nous n’avons en effet pas le droit de baisser les bras. Il n’est jamais trop tard pour sauver des vies, il n’est jamais trop tard pour porter assistance à des populations tellement éprouvées, il n’est jamais trop tard pour jeter les bases d’une solution politique qui seule, nous le savons tous, pourra mettre un terme à la tragédie syrienne.

C’est dire combien la situation devant laquelle nous nous trouvons aujourd’hui nécessite de faire entendre la voix unie de l’ensemble de la communauté internationale. Chacun de nous en est conscient : Alep-est se trouve aujourd’hui au bord du gouffre. Dans la logique de destruction obsessionnelle de tout ce qui s’oppose à lui depuis cinq ans, le régime syrien, appuyé par ses soutiens, n’a jamais fait aucun cas de la vie des populations civiles. Il n’a pas hésité à frapper les populations civiles de manière indiscriminée, faisant usage de barils d’explosifs, de bombes incendiaires, d’armes chimiques. Il a bafoué, des années durant, et continue de bafouer chaque jour le droit international humanitaire et les règles élémentaires de l’humanité et de la morale.

Aujourd’hui, Monsieur le Président, des dizaines de milliers de personnes se trouvent encore à Alep-Est. Le message solennel que l’Assemblée générale doit passer aujourd’hui est donc un message d’urgence humanitaire. La population civile d’Alep vit en état de siège depuis le mois de juillet, sans recevoir d’assistance, sans pouvoir évacuer ses cas médicaux, sans pouvoir quitter la ville en sécurité vers le lieu de son choix. Nous devons dire collectivement à toutes les parties en présence qu’au-delà de nos divergences, la communauté internationale est unie pour exiger la protection des civils, et pour empêcher qu’une ultime bataille ne soit l’occasion d’un massacre de civils d’une ampleur inégalée depuis le début du conflit syrien – un massacre dont ceux qui soutiennent le régime d’Assad devraient alors porter toute la responsabilité aux yeux du monde.

La France prend note de l’ouverture de couloirs humanitaires à Alep, annoncée par la Russie, mais il nous faut maintenant juger sur les actes. Il est primordial que ceux qui veulent partir d’Alep puissent partir de manière sûre, mais aussi choisir la destination vers laquelle ils souhaitent aller.

Au-delà de ce message d’urgence, l’Assemblée générale doit rappeler la conviction qui est à l’origine même de la création des Nations unies : cette conviction est que la solution négociée doit primer sur la logique militaire. Après des mois de combats acharnés, nous devons collectivement en appeler à la relance d’un processus politique crédible, fondé sur l’acquis du communiqué de Genève et la résolution 2254, permettant d’offrir un avenir de paix et de stabilité au peuple syrien. Il faut le marteler : il n’y a pas de solution militaire au conflit syrien. Reprendre Alep est l’obsession du régime d’Assad, mais reprendre Alep ne résoudra pas le conflit syrien.

La solution militaire n’ouvrira jamais d’espace à la réconciliation du peuple syrien, et à la reconstruction de ce pays martyrisé. Tant qu’il n’y aura pas de solution politique, la Syrie restera ce qu’elle est aujourd’hui : un paysage de désolation et de guerre, où la radicalisation et le terrorisme continueront de prospérer. Il est donc du devoir de l’Assemblée générale, réunie aujourd’hui en session plénière et en cette heure de vérité, d’ouvrir, enfin, un autre horizon pour le peuple syrien. C’est pourquoi la France votera en faveur de la résolution du Canada, et espère que l’Assemblée générale sera en mesure d’adresser, aujourd’hui, un message fort et unanime. Je vous remercie.

Dernière modification : 09/12/2016

Haut de page