"Alep ne doit pas être la nouvelle Homs"

Syrie - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies, chargé d’Affaires a.i. - Conseil de sécurité - 22 août 2016

Merci Monsieur le Président du Conseil,

Moi aussi je vais commencer par remercier Steven O’Brien pour son intervention de ce matin.

1/. Ce Conseil se réunit en séance publique pour que la situation humanitaire en Syrie reçoive l’attention qu’elle mérite. Le constat dressé est accablant :

À Alep, 250 000 personnes font face à ce que le Secrétaire général décrit comme une « catastrophe humanitaire sans précédent ». Les civils subissent des bombardements aériens incessants. En outre, des attaques à l’arme chimique ont été documentées à Alep le 10 août, après l’avoir également été à Saraqeb neuf jours auparavant. Il s’agirait d’une violation de la résolution 2118 et d’une nouvelle attaque contre des civils constitutive de crime de guerre. Il y a trois ans presque jour pour jour, le régime de Bachar al-Assad massacrait plus de 1000 civils en utilisant des armes chimiques dans la Ghouta. Je voudrais profiter de ce terrible anniversaire pour redire la détermination de la France à ce que ce crime ne soit ni oublié, ni impuni.

Alep rejoint la liste des villes assiégées par le régime et ses alliés avec les mêmes méthodes. En février dernier, un espoir avait surgi avec la cessation des hostilités. Le régime cherche à l’anéantir. Il n’a en réalité jamais renoncé à précipiter la ville dans un chaos humanitaire d’une ampleur inédite. De fait, il est aujourd’hui clair que son accord à la cessation des hostilités ne faisait que dissimuler une stratégie exclusivement militaire. Alep ne doit pas être la nouvelle Homs. C’est la responsabilité du Conseil de sécurité que d’enrayer la logique militaire aujourd’hui à l’œuvre.

Ailleurs en Syrie, la situation n’est pas plus soutenable. Alors que les bombardements sont incessants, les Syriens tentent de survivre sous les bombes. Mais l’accès humanitaire continue d’être entravé à Deraa, à Deraya, à Madaya, en mettant en danger la vie de centaines de milliers de civils. Comme Steven O’Brien l’a rappelé, le plan humanitaire de l’ONU pour le mois d’août est un échec grave. Le rapport est tout aussi décevant s’agissant du mois de juillet puisque moins de la moitié de la population assiégée a pu recevoir de l’aide alimentaire, alors que les fournitures médicales ont continué d’être retirées des convois par le régime syrien. Les civils syriens manquent de tout, et les responsabilités sont connues.

2/. Or, que s’est-il passé ? Le 22 décembre 2015, le Conseil de sécurité adoptait la résolution 2258 qui exigeait que « toutes les parties, en particulier les autorités syriennes, s’acquittent sans délai des obligations que leur impose le droit international, notamment, selon les cas, le droit international humanitaire et le droit international des droits de l’homme » Depuis, la brutalité, après une brève interruption, a à nouveau monté d’un cran.
Le 4 mai, après la reprise des hostilités par le régime et ses alliés, nous avions organisé avec la délégation britannique une réunion publique sur Alep pour appeler au respect des exigences du Conseil, sur le volet humanitaire, et notamment à ce que les attaques contre les civils cessent et que le calendrier agréé par ce Conseil, dans la résolution 2254, soit respecté.

Mais aucun de ces engagements ne s’est concrétisé. Nous sommes en marche arrière, comme l’a dit tout à l’heure Steven O’Brien. Les bombardements acharnés se sont poursuivis, l’accès humanitaire a été continuellement dénié aux villes assiégées, et la perspective de la mise en place d’une autorité de transition le 1er août a été rayée d’un trait de plume par les opérations du régime, appuyées par ses alliés.

Le drame d’Alep a été amplement décrit lors de la réunion publique en format Arria, le 8 août. Le récit poignant de la journaliste de CNN Clarissa Ward, les interventions des médecins d’Alep ont attiré l’attention sur la pratique scandaleuse de cibler les installations médicales ; comme l’a rappelé Steven O’Brien, Khaled Harrah, des Casques Blancs, est mort quelques jours après, et je voudrais, ici, moi-même, lui rendre hommage ainsi qu’à tous les travailleurs humanitaires.

3/. Les négociations à Genève sur les termes d’une trêve à Alep doivent désormais aboutir.
Le droit international humanitaire et les principes de l’action humanitaire ne sont pas négociables. L’instauration de pauses humanitaires hebdomadaires est un strict minimum requis, qui aurait d’ailleurs dû être mis en œuvre beaucoup plus tôt. Mais il faut surtout le respect de l’un des droits les plus fondamentaux en situation de conflit armé : un accès humanitaire sûr, complet, sans entrave, sans condition, à Alep comme dans toute la Syrie, pour toutes les personnes qui en ont besoin.

4/. De la même manière, la cessation durable des hostilités est essentielle et urgente à l’échelle du pays. Les privations de leurs droits et de toute protection nourrissent le terreau d’une radicalisation des populations. Nous devons casser cette spirale, qui a causé trop de souffrances.

5./ Seule une cessation des hostilités permettra des négociations politiques crédibles. Nous rappelons qu’il n’y aura pas de solution militaire à ce conflit, et que seule une solution politique permettra de ramener la stabilité et tarir durablement la source de la radicalisation. La France appelle à nouveau à la mise en place, comme le demande la résolution 2254, d’un « processus politique ouvert, conduit par les Syriens, répondant aux aspirations légitimes du peuple syrien et mené dans la perspective de l’application intégrale des dispositions du Communiqué de Genève du 30 juin 2012 ». La France insiste encore pour que les soutiens du régime œuvrent dans le sens des engagements collectivement pris dans cette enceinte.

Je vous remercie.

Réponse de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France, chargé d’Affaires a.i., au Représentant Permanent de la Syrie

Je ne vais pas revenir sur les élucubrations grotesques et dérisoires du représentant permanent de la Syrie. Bien sûr, ce n’est pas vraiment une surprise car je n’attendais pas de miracle de sa part, mais j’aurais bien aimé entendre le représentant permanent de la Syrie parler du sujet d’aujourd’hui : la situation humanitaire en Syrie, la nécessité de ces pauses humanitaires de 48 heures, la nécessité d’un retour à la cessation des hostilités. J’aurais bien aimé l’entendre parler de ces vraies questions, qui sont les questions qui touchent les Syriens aujourd’hui et sur lesquelles nous nous réunissons, et pas pour l’entendre sortir ces élucubrations absurdes sur lesquelles, je crois, nous n’avons pas besoin de perdre du temps.

Dernière modification : 22/08/2016

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