Alep pourrait être le tombeau du processus de Vienne [en]

Situation humanitaire à Alep - Discours de Monsieur Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies, chargé d’affaires A.I. - Réunion en format Arria - 8 août 2016.

1/. Je remercie les panélistes pour leurs témoignages, qui nous renvoient à nos responsabilités. C’est difficile de prendre la parole après avoir entendu des témoignages aussi bouleversants, après avoir vu des images aussi insoutenables mais c’était nécessaire que nous nous retrouvions aujourd’hui pour parler du drame d’Alep et pour parler de la situation en Syrie et pour qu’Alep, la Syrie bénéficient de l’attention qu’ils méritent.

Depuis la fin du mois d’avril, le régime et ses soutiens ont mis fin aux espoirs suscités par la trêve de février, en engageant une offensive meurtrière sur Alep alors que la vie des habitants reprenait à peine son cours.

2/. Alep s’enfonce donc sous nos yeux, dans un drame humanitaire, et les propos bouleversants tenus par les intervenants de ce matin, les appels, les messages d’urgence et de responsabilité nous confirment l’ampleur de ce chaos.
Ces chiffres et ces images insoutenables qui défilent devant nous nous donnent une notion de l’atrocité qui est vécue au quotidien à Alep, cette violence inouïe qui ne fait que renforcer le désespoir et nourrir la radicalisation.

Alep risque aujourd’hui de devenir la nouvelle Homs : une ville exsangue, une ville affamée et détruite.

3/. Et le régime syrien a choisi la voie de la fuite en avant. C’est une voie sans issue, elle est même vouée à l’échec. Comme le montrent d’ailleurs les développements militaires de ce week-end. Mais cette fuite en avant militaire, dans laquelle le régime bénéficie de soutiens, nous devons la dénoncer avec la plus grande fermeté et nous devons dénoncer aussi la responsabilité première du régime et son cynisme : sous couvert de lutte anti-terroriste, le régime vise à éliminer l’opposition. Il détruit les maternités, les hôpitaux, les écoles, les camps de réfugiés, les quartiers tenus par les opposants. Il n’a cessé de violer le droit international humanitaire, les résolutions de notre Conseil de sécurité, et les principes d’humanité les plus élémentaires. Il n’a pas cessé les bombardements sur la population civile. Au contraire, la volonté d’encercler et d’affamer Alep s’est traduite par une intensification des frappes ciblant les infrastructures vitales, et en particulier les hôpitaux comme on l’a vu ce matin.
Et ailleurs en Syrie, la situation n’est guère meilleure : les bombes du régime pleuvent, en particulier sur la région d’Idlib, avec le possible usage d’armes chimiques et de barils d’explosifs.

4./ Alors pour éviter ces morts inacceptables, les derniers mois auraient dû être consacrés à la recherche d’une trêve durable, à un accès humanitaire plein et entier, à une transition politique au 1er août. Ce que je vous dis là, ce n’est pas la position de la France, ce sont les engagements de toute la communauté internationale, c’est ce que dit la résolution 2254 du Conseil de sécurité. Et pourtant ces engagements n’ont cessé d’être violés par le régime.

5/. Avec constance, la France appelle au respect strict du Droit international humanitaire et donc, à nouveau à la levée immédiate des sièges, à la mise en place d’un accès humanitaire rapide, sûr et sans entrave aux hommes, aux femmes, aux enfants d’Alep. Dans le cas d’Alep, les soi-disant « corridors » proposés par la Russie n’ont rien d’humanitaire. Ils auraient pu être qualifiés comme tels, s’ils respectaient scrupuleusement les obligations et les principes internationaux de l’accès humanitaire et de la cessation des hostilités, comme l’a signalé le Bureau de Coordination des Affaires humanitaires de l’ONU. A ce stade, ils ne visaient surtout qu’à renforcer l’évacuation de la ville pour mieux la réduire. Tout ceci en contradiction avec les résolutions du Conseil de sécurité. C’est l’aide humanitaire qui doit entrer, pas les civils qui doivent sortir.

Vingt ans après le siège de Sarajevo, le Conseil de sécurité ne peut accepter, sans réagir, que se reproduise une telle tactique barbare. Lors de nos dernières consultations, l’Envoyé spécial Staffan de Mistura nous avait collectivement alertés en soulignant qu’en l’absence de progrès sur la cessation des hostilités et sur la situation humanitaire, aucune reprise crédible des négociations ne serait envisageable. A l’heure où nous nous réunissons, c’est bien malheureusement ce scénario dramatique qui se profile. Or, il n’y aura pas de solution politique pérenne, il n’y aura pas de lutte anti-terroriste efficace, tant que les civils syriens se feront massacrer. Alep pourrait être le tombeau du processus de Vienne.
Toute proposition de demi-mesures, toute offre ne conduisant pas à permettre une trêve durable, un accès immédiat, complet et sans entraves à l’ensemble des Syriens, afin de favoriser une transition dans laquelle la communauté internationale s’est engagée pour mettre fin au conflit, n’est que dérisoire par rapport à la situation. Et nous en appelons solennellement aux soutiens du régime, membres du Conseil de sécurité et du Groupe international de soutien pour la Syrie qui ont une influence sur le régime à prendre leurs responsabilités en ce sens.
Je vous remercie.

Dernière modification : 08/08/2016

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