Bilan des activités du Conseil de sécurité pour le mois de février

Synthèse mensuelle des activités du Conseil de sécurité - Intervention prononcée par M. François Delattre, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies - 26 février 2016

Monsieur le Président, cher Rafael et chers collègues,

Je tiens tout d’abord à remercier et à féliciter l’Ambassadeur du Venezuela et toute son équipe pour l’important travail accompli ce mois-ci et pour une présidence très productive. Vous nous avez imposé, avec le sourire, un rythme intense, avec notamment un nombre record de points « divers », quatre encore hier, et nous vous en remercions.

Cher Rafael et chers collègues,

Dans un agenda très chargé, j’aborderai quelques sujets d’importance parmi beaucoup d’autres, sans mentionner ici d’autres thèmes comme celui de la Corée du Nord par exemple, que nous avons évoqué hier. J’espère simplement sur ce sujet que nous passerons au vote rapidement sur l’excellent projet de résolution qui nous a été proposé.

S’agissant de l’Afrique, je voudrais revenir en quelques mots sur le Burundi et la RCA.

Après la visite du Conseil fin janvier, la visite du Secrétaire général les 22 et 23 février à Bujumbura a permis de renforcer la mobilisation de la communauté internationale pour demander aux acteurs burundais de mettre fin aux violences et de lancer sans délai un véritable dialogue inter-burundais. Nous espérons que la visite de haut niveau des chefs d’Etat de l’UA hier et aujourd’hui permettra d’obtenir des engagements concrets, en particulier du Président Nkurunziza, en ce sens.

Il est essentiel pour nous que le Conseil fasse tout ce qui est en son pouvoir pour éviter que la crise burundaise ne se transforme en guerre civile, voire pire encore. L’envoi d’une composante de police des Nations unies est un élément déterminant en ce sens. Nous regrettons qu’un accord n’ait encore pas pu être trouvé sur notre projet de déclaration présidentielle sur ce sujet. Nous continuerons à pousser inlassablement, dans un esprit de responsabilité et de vigilance, en soutien des efforts de l’Union africaine. En fonction des résultats de la visite des chefs d’Etat africains, nous reprendrons l’initiative pour appuyer leur action.

S’agissant de la RCA, nous nous félicitions de l’adoption le 9 février de la résolution 2264 qui a renforcé les effectifs pénitentiaires de la MINUSCA, permettant ainsi de renforcer notre action de lutte contre l’impunité. Le déroulement de l’élection présidentielle a été un vrai succès collectif, pour les Centrafricains d’abord mais aussi pour la MINUSCA, pour Sangaris, et pour tous ceux qui ont appuyé le redressement du pays. Le processus électoral va se terminer et devrait permettre d’achever la transition le 31 mars prochain. Le Conseil de sécurité doit rester saisi pour accompagner, après la fin de la transition, la RCA sur la voie de la stabilité et de la réconciliation.

J’en viens à ce qui sera le point fort de cette journée, le dossier syrien.

La France promeut un processus qui aboutisse à des résultats tangibles pour le peuple syrien, et non un processus pour le processus. Au fond, nous ne faisons que porter une évidence, rappelée par le Secrétaire général dans sa lettre du 17 février : tant que les Syriens ne verront pas de résultat dans leur vie quotidienne, les négociations n’auront pas de crédibilité, elles resteront pour eux un théâtre abstrait voire absurde. C’est là le fil directeur de notre action, et c’est la raison pour laquelle nous n’avons cessé de condamner les attaques contre les populations civiles et d’appeler à la levée immédiate de tous les sièges et à un accès permanent, sécurisé et sans conditions de l’assistance humanitaire à toute personne dans le besoin.

En pleine cohérence avec ce cap, nous avons salué la cessation des hostilités agréée par les Etats-Unis et la Russie le 12 février comme une contribution significative à la résolution du conflit syrien. La France apportera tout son soutien à l’adoption cet après-midi de la résolution endossant les paramètres de cette cessation des hostilités. Mais si le rôle du Conseil de sécurité est de soutenir, sans hésitation, tout ce qui peut conduire à une réduction durable de la violence, il est également de demeurer exigeant pour nous donner les moyens collectifs de sa pleine mise en œuvre.

Nous devons garder à l’esprit que la cessation des hostilités, aussi bienvenue soit-elle, n’est qu’une première étape de réduction de la violence. La clef sera la capacité à obtenir, par le biais de la négociation inter-syrienne conduite par l’Envoyé spécial, une mise en œuvre de la R. 2254 et du Communiqué de Genève. Car seule une véritable transition permettra de poser les bases d’une véritable sortie de crise en Syrie.

Sur le Processus de paix, nous souhaitons avec notre initiative sortir d’un statu quo qui est en fait une régression, régression qui fragilise chaque jour davantage la solution à deux Etats et qui menace de conduire à un embrasement sur le terrain. La France avancera dans son initiative avec méthode afin de réunir dans un premier temps les membres du groupe international de soutien puis, le moment venu, les parties dans le cadre d’une conférence internationale. Et si on peut douter que les conditions soient réunies aujourd’hui pour une action positive du Conseil de sécurité, nous demeurons déterminés à ce que ce Conseil puisse jouer le rôle qui doit être le sien le moment venu.

Nous agirons en pleine transparence et en étroite concertation avec toutes les parties concernées. Notre démarche se veut constructive, collective pour sortir ensemble, par le haut, de la situation délétère que nous connaissons. Nous veillerons à prendre appui sur les efforts engagés par les différents partenaires, notamment le Quartet dont la déclaration du 12 février va dans le sens de nos efforts. La nomination d’un Envoyé spécial de haut niveau en la personne de Pierre Vimont, notre ancien ambassadeur aux Etats-Unis et ancien Secrétaire général du Service européen pour l’action extérieure, va nous permettre dès à présent de lancer des consultations approfondies. Je vous tiendrai naturellement régulièrement informés de nos avancées.

Cher Rafael et chers collègues,

Le dossier libyen a également connu des développements importants en février, avec des étapes franchies vers la mise en place d’un Gouvernement d’unité nationale. Les membres du Conseil présidentiel sont parvenus à s’entendre le 15 février pour proposer une seconde liste de gouvernement en format resserré. La France, avec d’autres partenaires, a salué cette annonce. Alors qu’une majorité de parlementaires de la Chambre des représentants a signé une déclaration approuvant ce gouvernement, le moment actuel est décisif. L’endossement de cette liste et la mise en place définitive du Gouvernement d’unité nationale sont essentiels pour répondre aux crises humanitaire et économique particulièrement préoccupantes, et pour faire face à la menace de Daech. Nous avons apporté tout notre soutien au représentant spécial du SGNU Martin Kobler dans ses efforts. Nous continuerons d’appuyer pleinement le processus politique afin que le Gouvernement d’unité nationale puisse être mis en place au plus vite. Les consultations du Conseil de sécurité qui auront lieu le 2 mars devraient permettre de réaffirmer notre soutien collectif à la médiation onusienne et au processus en cours.

Enfin, le briefing prévu lundi au Conseil autour de la présidence allemande de l’OSCE sera notamment l’occasion de rappeler le rôle central joué par cette organisation dans la résolution de la crise en Ukraine, ainsi que la nécessité d’une pleine application des accords de Minsk, dont la France rappelle régulièrement qu’ils constituent le seul cadre possible pour un règlement négocié.

Je conclus en remerciant à nouveau la Présidence vénézuélienne, et en souhaitant bonne chance à l’Angola qui prend la relève dans quelques jours.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 26/02/2016

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