Bilan des activités du Conseil de sécurité pour le mois de janvier [en]

Synthèse mensuelle des activités du Conseil de sécurité - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 29 janvier 2016

Monsieur le Président, chers collègues,

Je tiens tout d’abord à remercier vivement l’Ambassadeur d’Uruguay et son équipe pour tout le travail, le superbe travail accompli ce mois-ci. Il n’est pas facile de cumuler une entrée au Conseil et d’emblée une Présidence aussi lourde. Vous l’avez fait avec beaucoup de brio, de maîtrise, de professionnalisme, et au nom de la France je vous en remercie et vous en félicite chaleureusement.

Monsieur le Président, chers collègues,

Il y aurait beaucoup à dire en ce début d’année. Je ne reviendrai pas sur l’importante et difficile mission du Conseil au Burundi, dont je viens de rendre compte. Je relève cependant qu’elle doit nous inciter à revoir notre méthodologie pour préparer ces missions, et que nous devrons rapidement tirer les enseignements politiques de ce déplacement, à la lumière, comme je l’ai dit, des décisions que prendra l’UA lors de son Sommet.

Aujourd’hui, je voudrais surtout valoriser les évolutions positives et signes d’espoir qui se dessinent sur plusieurs dossiers importants, en espérant que cette tendance pourra se prolonger par la suite.

En République centrafricaine, nous saluons l’engagement des autorités de transition et de la population centrafricaine dans l’organisation, et la participation, aux scrutins du 30 décembre, qui se sont déroulés dans le calme. L’engagement constructif des acteurs politiques centrafricains est à saluer et doit se poursuivre. Nous saluons également la MINUSCA et le Représentant spécial du Secrétaire général Parfait Onanga qui ont apporté un soutien politique, sécuritaire et logistique à leur tenue.
La Cour constitutionnelle a proclamé le 28 janvier les résultats définitifs du 1er tour de l’élection présidentielle. Des difficultés techniques l’ont cependant conduites à invalider le premier tour des législatives. L’objectif doit rester d’achever la transition suivant le calendrier agréé, c’est-à-dire au 31 mars 2016. De nouvelles élections législatives seront organisées, ainsi que le second tour de l’élection présidentielle, le 14 février. Au terme de ce cycle électoral, la République centrafricaine sera alors dotée d’autorités librement et démocratiquement élues et pourra poursuivre son travail de réconciliation et de stabilisation, avec le soutien de la communauté internationale. Restons engagés pour conforter cette dynamique.

De bonnes nouvelles aussi en provenance de Côte d’Ivoire, où l’élection présidentielle d’octobre dernier a illustré l’ampleur des progrès réalisés par le pays dans tous les domaines. La Côte d’Ivoire montre à quel point une opération de maintien de la paix peut aider un pays à faire face à une crise et à s’en relever. Le Conseil en a tiré les conséquences en décidant d’entamer dès maintenant la baisse des effectifs de l’ONUCI. In fine, la fermeture de l’ONUCI sera le meilleur symbole de sa réussite. La revue stratégique que doit conduire le Secrétariat dans les deux mois qui viennent permettra d’en définir les modalités. Le retrait organisé, efficace et dans de bons délais de l’ONUCI sera le meilleur moyen de consolider les acquis, de montrer notre confiance dans ce pays et son peuple, et d’assurer un héritage fort pour la Côte d’Ivoire, comme pour la paix et la sécurité internationales.

La nouvelle et prometteuse dynamique de pourparlers intercommunautaires à Chypre, dont ce Conseil a pris acte en adoptant la résolution 2263 hier à l’unanimité, nous donne également de l’espoir. Nous devons continuer à appuyer sans relâche les efforts et la volonté des deux dirigeants d’aboutir à une réunification de l’île selon les paramètres onusiens et dans le respect de l’acquis communautaire européen.

Monsieur le Président, chers collègues,

Lundi dernier, le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la résolution 2261 établissant une mission des Nations Unies chargée d’observer et de vérifier le respect de l’accord de cessez-le-feu attendu dans les prochains mois en Colombie dans le cadre du processus de paix.
L’adoption de cette résolution, comme cela a été dit, est un succès pour les parties, pour qui la mission nouvellement établie constituera un élément de nature à favoriser la conclusion des négociations engagées en vue d’un prochain cessez-le-feu. Il s’agit également d’un succès pour les Nations Unies et pour le Conseil, qui auront répondu promptement à l’appel lancé par la Colombie, dans un contexte où il n’est pas habituel qu’un pays se tourne spontanément vers elle pour lui demander de l’accompagner à mettre en œuvre un règlement de paix négocié.
Il nous appartient désormais d’être à la hauteur des attentes suscitées, en veillant à ce que le travail de planification de la mission intervienne dans les meilleurs délais. La France continuera à se mobiliser résolument en ce sens.

Janvier aura également été un mois marquant pour la non-prolifération, porteur d’espoir, mais aussi de menaces :
(i) l’espoir d’abord : le 16 janvier dernier, le Conseil de Sécurité a reçu le rapport de l’AIEA confirmant que l’Iran mettait en œuvre les dispositions initiales de l’accord de Vienne, déclenchant le Jour d’Application ou « Implementation Day ». La mise en œuvre rigoureuse et de bonne foi de l’Accord de Vienne sera la seule manière de garantir la crédibilité de l’accord et d’assurer que la résolution du dossier nucléaire iranien soit durable. Nous y veillerons.
(ii) s’agissant des menaces, le quatrième essai nucléaire auquel a procédé la Corée du Nord le 6 janvier dernier constitue une violation grossière des résolutions du Conseil du Sécurité. Un tel acte constitue une menace grave à la paix et à la sécurité régionale et internationale. Nous étions convenus d’y répondre lors des consultations d’urgence tenues le jour même. Nous espérons pouvoir adopter rapidement une résolution forte, sous chapitre VII, renforçant substantiellement les sanctions. Trois semaines après l’essai nucléaire, et alors que menace un tir balistique, il est temps de passer à l’action au Conseil.

Monsieur le Président, chers collègues,

S’agissant de la Syrie, c’est un sentiment d’espoir et d’amertume mélangés qui domine. Espoir né de la résolution 2254 et de la perspective de lancement des négociations politiques. Amertume sur les conditions dans lesquelles ces négociations s’inscrivent, faute d’amélioration de la situation humanitaire.

Début janvier, les acteurs humanitaires ont décrit des scènes insoutenables à Madaya et dans les villes assiégées de Syrie. Le Conseil ne pouvait pas rester indifférent à ces témoignages. C’est la raison pour laquelle la France a immédiatement réagi en appelant à une réunion publique du Conseil de Sécurité pour alerter sur la situation dramatique des populations civiles dans les villes assiégées en Syrie. Nous avons tenu à rappeler, et nous martèlerons ce message, que l’accès humanitaire aux populations civiles n’est pas une faveur ou une concession du régime syrien et des acteurs concernés. Il s’agit d’une obligation, et d’une obligation absolue. Un processus politique crédible passe nécessairement par une amélioration immédiate de la situation sur le terrain pour les Syriens.

Lors du débat public sur le Moyen Orient du 26 janvier, nous avons marqué l’importance que les négociations inter-syriennes puissent rapidement commencer, réitéré l’exigence d’une amélioration rapide et significative de la situation humanitaire, et appelé à ce que les discussions portent sur la transition politique, conformément aux termes agréés dans le communiqué de Genève. Nous espérons que la séquence de Vienne pourra répondre à ces objectifs. Seule une solution politique permettra de mettre fin durablement aux souffrances des populations civiles et de réduire la menace terroriste à laquelle nous sommes tous confrontés.

Je conclus en remerciant de nouveau chaleureusement la Présidence uruguayenne, et en souhaitant bonne chance au Venezuela qui prend la relève.

Mon dernier mot sera pour notre cher ami Movses Abelian, appelé par le Secrétaire général à de nouvelles fonctions. Cher Movses, vous avez incarné la mémoire de ce Conseil pendant tant d’années, vous nous avez apporté, 7j/7 , 24h/24, votre rigueur, votre professionnalisme, vos conseils judicieux. Soyez-en chaleureusement remercié. La Représentation française unanime vous souhaite beaucoup de réussite dans votre nouvelle et importante mission auprès de l’Assemblée générale.

Je vous remercie.

Dernière modification : 29/01/2016

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