Encourager l’ouverture d’un dialogue inter-burundais inclusif [en]

Mission du Conseil de sécurité au Burundi - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 29 janvier 2016

Monsieur le Président,

Le Conseil de sécurité s’est rendu au Burundi les 21 et 22 janvier 2016. Il s’agissait du deuxième déplacement du Conseil dans ce pays en moins d’un an après celui que nous avions organisé sous la présidence française du Conseil en mars 2014.
En tant que co-organisateur du déplacement, avec les Etats-Unis d’Amérique et l’Angola, j’ai l’honneur de vous présenter un compte-rendu factuel, comme le veut l’usage, de la mission du Conseil au Burundi. L’Egypte, qui a supervisé l’étape « Union Africaine » du déplacement le 23 janvier, présentera un bilan de la visite du Conseil à Addis Abeba et je livrerai in fine quelques brèves réflexions à titre national.

Je saisis cette occasion pour remercier le Secrétariat, dont l’important investissement en termes d’organisation, y compris sur place, a permis à ce déplacement de se réaliser dans de bonnes conditions et d’être le plus productif possible.
Je remercie également les responsables et personnalités burundais rencontrés pour leur disponibilité à l’égard des membres du Conseil.

Monsieur le Président,

Le Conseil de sécurité a inscrit sa visite dans le cadre du suivi de la situation burundaise, qui demeure un important sujet de préoccupation pour ce Conseil. Au préalable, le Conseil de sécurité avait adopté la résolution 2248 du 12 novembre 2015, la déclaration présidentielle du 28 octobre 2015 et la déclaration à la presse du 19 décembre 2015, en tant que termes de référence du déplacement, c’est-à-dire comme « guides » pour les messages que le Conseil de sécurité a fait passer à ses interlocuteurs lors du déplacement.
En substance, les membres du Conseil de sécurité ont souligné auprès de leurs interlocuteurs l’impérieuse nécessité de renoncer à toute forme de violence, de consolider le dialogue politique lancé à Kampala le 28 décembre 2015, de protéger les populations dans le sens d’une meilleure prise en compte du respect des droits de l’Homme et, enfin, l’importance de renforcer les relations avec la communauté internationale, qu’il s’agisse de la Communauté d’Afrique de l’Est, de l’Union Africaine ou des Nations unies.

Le Conseil de sécurité a pu tout d’abord s’entretenir avec un groupe de personnalités, notamment avec deux anciens présidents de la République, représentant un panel dit « Arusha ». Le Conseil a ainsi, lors de l’échange, pu prendre pleinement la mesure de toute l’importance du plein respect des accords d’Arusha, dans l’esprit comme dans la lettre, dans la situation actuelle au Burundi.

La délégation du Conseil de sécurité s’est ensuite entretenue avec le représentant au Burundi du Haut-Commissaire aux Droits de l’Homme, qui lui a dressé un exposé exhaustif de la situation actuelle des droits de l’Homme au Burundi, rappelant les évolutions négatives en la matière observées au cours des derniers mois.

Le Conseil de sécurité s’est également entretenu avec différents représentants de la société civile, qui ont, par leurs témoignages, tous manifesté leur grande défiance envers les autorités burundaises, notamment envers les forces de sécurité, ainsi qu’un clair et urgent besoin de protection de la part de la communauté internationale.

Le Conseil de sécurité s’est aussi entretenu avec des représentants de différents medias indépendants, qui ont tous fait part des conditions particulièrement difficiles dans lesquelles ils tentaient de maintenir l’exercice de leur activité professionnelle.

Un entretien a également eu lieu avec différents représentants de l’opposition représentée au plan politique, notamment à l’Assemblée Nationale et au gouvernement. En fonction des interlocuteurs du Conseil de sécurité, les critiques à l’endroit des autorités burundaises ont été plus ou moins marquées lors de cet entretien.

Le Conseil de sécurité a par ailleurs rencontré des représentants de l’opposition dite « radicale », non représentée dans les institutions. Les différents interlocuteurs du Conseil de sécurité, lors de cet entretien, ont dressé un tableau particulièrement sombre de la situation politique et sécuritaire, estimant qu’un génocide était en cours ou sur le point de survenir au Burundi.

Le Conseil de sécurité a également eu l’opportunité de s’entretenir avec trois des principales autorités burundaises qui, à l’inverse des entretiens dont je viens de parler lors desquels il été fait état des plus grandes difficultés politiques et sécuritaires au Burundi, ont dressé un tableau positif et optimiste de la situation actuelle.

Un entretien du Conseil de sécurité a été organisé avec le Ministre burundais des Affaires Etrangères, Alain Nyamitwe, pour aborder la situation actuelle du Burundi, aux plans politique et sécuritaire, et les relations du Burundi avec les différentes composantes de la communauté internationale (Communauté d’Afrique de l’Est, Union Africaine, Nations Unies).

Le Premier vice-président du Burundi, Gaston Sindimwo, a reçu à sa résidence le Conseil de sécurité pour un échange de vues sur la situation actuelle du Burundi, sur les plans politique et sécuritaire, ainsi, là-aussi, que sur les relations entretenues par le Burundi avec la communauté internationale.

Enfin, le Président de la République, Pierre Nkurunziza, a reçu le Conseil de sécurité dans sa résidence de Gitega pour un entretien. Le chef de l’Etat, après avoir écouté les différents messages délivrés par les membres du Conseil de sécurité, est revenu sur la chronologie des derniers évènements au Burundi, livrant une analyse positive et optimiste de la situation actuelle dans son pays et indiquant que les descriptions faites par les médias internationaux étaient à ses yeux largement erronées. Le président de la République s’est ainsi félicité de la reprise du dialogue à Kampala le 28 décembre, estimant que seul le chef de l’Etat ougandais était en mesure d’accompagner efficacement le processus inter-burundais en cours. Le Président Nkurunziza a, à nouveau, rappelé sa ferme opposition à toute ingérence extérieure, notamment de l’Union Africaine. Le chef de l’Etat burundais, enfin, a remercié le Conseil de sécurité pour l’attention qu’il portait au Burundi, depuis plusieurs années, et indiqué toute sa disponibilité à continuer à entretenir avec les Nations Unies de bonnes relations.

Le Conseil s’est ensuite rendu en Ethiopie à la rencontre de l’Union africaine. Je cèderai sur ce point la parole à mon collègue égyptien, étant entendu que bien évidemment le Conseil devra tirer les enseignements de ce déplacement au Burundi, à la lumière des décisions qui seront prochainement prises par les acteurs régionaux.

Mais avant de transmettre la parole à mon collègue, permettez-moi de livrer quelques très brèves réflexions à titre national.

La France suit, vous le savez, avec la plus grande attention et une extrême préoccupation la situation au Burundi. Dès le début de la crise, la France a appelé toutes les parties à l’arrêt des violences et au dialogue pour trouver une solution consensuelle dans le respect de l’accord de paix d’Arusha qui doit constituer plus que jamais notre boussole, et celle de tous les acteurs burundais.

La France a suspendu sans attendre ses actions de coopération de sécurité et de défense au Burundi. L’Union africaine, la Communauté de l’Afrique de l’Est et la médiation ougandaise se sont engagées sur le dossier burundais. La France leur apporte tout leur soutien, elle l’encourage l’ouverture d’un dialogue inclusif sous médiation africaine, elle a soutenu l’adoption de sanctions européennes contre trois personnalités proches du pouvoir et une de l’opposition armée afin d’augmenter la pression sur les parties. Des consultations entre l’Union européenne et les autorités burundaises ont commencé au début du mois de décembre. A Genève, l’Union européenne a obtenu que le Conseil des droits de l’Homme donne mandat au Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme d’évaluer la situation. Des déclarations à connotation communautaire des autorités ont fait craindre une aggravation de la situation. La France et ses partenaires ont très clairement mis en garde les autorités et l’opposition radicale.

A notre initiative, je le mentionnais, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité la résolution 2248 condamnant les violences et appelant toutes les parties au dialogue sous peine de sanctions. Cette résolution sollicite également le renforcement de la présence des Nations unies au Burundi. La France continuera à appuyer les initiatives africaines à Addis Abeba, à New York, à Genève et à Bruxelles.

Enfin, nous avons appris avec préoccupation l’arrestation au Burundi du journaliste français Jean-Philippe Rémy ainsi que du photographe britannique Philip Moore. La France appelle les autorités du Burundi à procéder à leur libération immédiate, étant entendu que des démarches diplomatiques sont en cours à cet effet.

Monsieur le Président,

Ce deuxième déplacement du Conseil de sécurité au Burundi en moins d’un an, comme je le signalais, témoigne de l’inquiétude et de la mobilisation de ce Conseil. Il constitue une étape dans cette mobilisation nécessaire. Sachons aujourd’hui tirer ensemble les enseignements de cette visite, et, à la lumière des résultats du sommet de l’Union africaine, prendre nos responsabilités pour briser le cycle des violences, encourager l’ouverture d’un dialogue inter-burundais réellement inclusif et assurer le plein respect des droits de l’Homme dans ce pays.

Je vous remercie.

Dernière modification : 29/01/2016

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