Burundi : Il faut faire cesser les violences [en]

Burundi/Adoption de la résolution 2303 - Explication de vote de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 29 juillet 2016

M. le Président,
Cher collègues,

Permettez-moi d’exprimer un sens de gravité aujourd’hui, alors que nous venons d’adopter la résolution 2303. A l’issue d’intenses négociations, le Conseil de sécurité prend aujourd’hui une décision importante qui marque une étape potentiellement décisive sur le chemin de la paix au Burundi. Je veux remercier tous mes collègues et leurs équipes pour le grand travail accompli ensemble, toujours dans un esprit constructif.
En adoptant la résolution 2303, le Conseil de sécurité vise deux objectifs principaux :
Le premier objectif, c’est de soutenir un véritable dialogue inter-burundais

- Le Conseil de sécurité réitère avec force que seul un dialogue politique apaisé entre tous les Burundais permettra au Burundi de retrouver durablement la paix. Le Conseil de sécurité renouvelle pour ce faire son plein soutien au facilitateur du dialogue inter-burundais, l’ancien président Benjamin Mkapa.

- Le Conseil de sécurité demande aux parties burundaises de s’engager sans plus tarder dans le processus mené par M. Mkapa de manière sincère et constructive. La visite en Tanzanie et au Kenya la semaine prochaine du Ministre français des Affaires étrangères, M. Jean-Marc Ayrault, sera l’occasion de renouveler ce soutien. Le Conseil de sécurité renouvelle également son soutien au Conseiller spécial du Secrétaire-général, M. Benomar, pour qu’il appuie les efforts du Facilitateur.

- Ce dialogue doit absolument se fonder sur les accords d’Arusha, en en respectant la lettre et l’esprit. Les Accords d’Arusha constituent en effet plus que jamais la boussole qui doit guider les acteurs du Burundi et la communauté internationale.

Le 2e objectif, c’est de faire cesser la violence et d’apaiser les tensions au Burundi

- Soyons lucides : les violences au Burundi persistent, comme le souligne le Haut-Commissaire aux droits de l’Homme, et s’accompagnent d’une multiplication de violations graves des libertés et droits fondamentaux. Les cas de disparitions forcées et de torture, dans des lieux de détention souvent secrets, sont même en augmentation. Les violences politiques ciblées continuent et ne font qu’accroître les tensions. L’arrestation de 70 jeunes le mois dernier pour avoir dessiné des caricatures du Président burundais sur leurs cahiers d’école en est un signal très inquiétant.

- Afin de contribuer à l’apaisement, le Conseil de sécurité exprime sa disponibilité à adopter des sanctions contre tous ceux qui menacent la paix et la sécurité du Burundi.

- Le Conseil de sécurité demande en outre au gouvernement burundais de permettre enfin le déploiement des 200 observateurs de l’Union africaine, conformément aux engagements pris en février dernier devant la délégation des chefs d’Etats de l’Union africaine. Un peu moins de 50 seulement de ces observateurs sont effectivement déployés au Burundi à ce jour.

- Enfin, le Conseil de sécurité, sur la base d’une proposition du Secrétaire-général, décide de déployer 228 policiers des Nations Unies pour observer la situation sécuritaire et des droits de l’Homme. Face à la montée des violences et des tensions, le Conseil de sécurité doit disposer d’yeux et d’oreilles pour alerter, prévenir et éviter le pire au Burundi. En contribuant à rassurer la population, cette présence policière doit aider à faire retomber les tensions et faciliter ainsi la tenue d’un dialogue apaisé. Elle permettra également d’alerter ce Conseil si la situation venait à se dégrader davantage.

M. le Président, chers collègues,

- Le Burundi a déjà connu des massacres tragiques dans son histoire, où l’appartenance ethnique a été instrumentalisée pour le pire. Le Conseil de sécurité exerce aujourd’hui sa responsabilité afin que l’histoire ne se répète pas.

- Nous affirmons souvent dans cette enceinte combien il importe d’agir à temps pour prévenir des conflits. C’est précisément ce que fait aujourd’hui le Conseil de sécurité en adoptant la résolution 2303.
Nous effectuons collectivement aujourd’hui un acte fort de diplomatie préventive face à la menace d’une tragédie. Un acte qui nous impose de continuer à travailler d’arrache-pied pour tracer ensemble, par-delà nos différences et avec le Burundi, le chemin exigeant de la paix.

M. le Président, chers collègues,

- Nous n’oublierons jamais le génocide rwandais de 1994. Nous n’oublierons jamais notre responsabilité collective dans ce qui s’est passé au Rwanda. « Plus jamais cela », nous sommes-nous promis.

- En adoptant la résolution 2303, le Conseil de sécurité tire les leçons du passé. En adoptant la résolution 2303, le Conseil de sécurité agit pour éviter que le Burundi ne connaisse à nouveau le pire. En adoptant la résolution 2303, le Conseil de sécurité entend l’aspiration du peuple burundais à enfin revenir sur le chemin de la paix.

Aujourd’hui ne marque pas le bout du chemin bien sûr. Mais il s’agit d’une étape majeure et d’un message fort que nous adressons ensemble.

Je vous remercie.

Dernière modification : 01/08/2016

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