COP21 : Il y a une vraie dynamique pour un accord à Paris

70 ans de l’ONU : Réforme de l’ONU / Syrie / Israël-Palestine / COP21 – Entretien de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, avec BFM Business – 21 octobre 2015

BFM : On continue notre spécial ONU à l’occasion de son 70ème anniversaire. J’ai le plaisir et l’honneur de recevoir l’ambassadeur de France aux Nations unies, François Delattre. Monsieur l’Ambassadeur, bonjour.

François Delattre : Bonjour.

BFM : Merci d’être passé par nos studios du Grand Journal de New York. 70 ans. Il s’en est passé pas mal de choses depuis. On va démarrer, si vous le voulez bien, sur cette réforme. On en parle, on l’attend. Le but étant de rendre l’organisation plus efficace et plus représentative. On en est où aujourd’hui ?

FD : Je crois que, pour paraphraser ce que disait Churchill à propos de la démocratie : l’ONU est le pire de tous les systèmes, à l’exception de tous les autres. Et pour le dire de manière un peu plus positive, il faut toujours garder à l’esprit que l’organisation des Nations unies est un rêve surgi de la nuit, surgi d’Auschwitz, surgi des désastres et des tragédies de la seconde guerre mondiale. Et nous devons donc nous tous, les acteurs de l’ONU, être à la hauteur de ce rêve, de cette exigence quotidienne qui nous anime très profondément. Alors 70 ans après, l’ONU est plus que jamais impliquée dans ces trois grandes priorités que je résume : d’une part, la promotion de la paix, qui est le rôle principal du Conseil de sécurité, d’autre part, le développement, le développement des pays, le développement économique, le développement durable - on y reviendra je crois à travers la Conférence de Paris sur l’environnement - et puis troisièmement, la protection et le développement de toute la famille des droits de l’Homme qui animent les Nations unies. Donc c’est tout cela qu’il faut garder à l’esprit au quotidien en ce 70ème anniversaire des Nations unies.

Deuxième remarque, il faut garder à l’esprit le rôle très spécial que la France joue depuis l’origine dans l’organisation. Alors vous vous rappelez, en 1945, l’ONU est créée, et la France d’emblée est un membre permanent du Conseil de sécurité, qui est l’instance suprême en matière de paix et de sécurité des Nations unies. Vous vous rappelez aussi le contexte, on doit cette présence comme membre permanent au Conseil de sécurité au général de Gaulle, à Winston Churchill aussi, qui a beaucoup plaidé auprès de Roosevelt, auprès de Staline, pour que la France ait sa place à la table des grands. Et donc chaque jour aujourd’hui, nous, Français, sommes gardiens de cette place très spéciale et nous sommes en tant que membre permanent du Conseil de sécurité au cœur, et je le dis sans forfanterie bien sûr, de tout le processus des Nations unies aux côtés des quatre autres grands, qui sont les Etats-Unis, la Russie, la Chine et la Grande Bretagne.

Dans ce contexte, la France est peut-être le pays qui attache le plus d’importance à la réforme des Nations unies, à partir d‘un raisonnement simple : nous considérons aujourd’hui que le l’ONU est au cœur, au centre de la gouvernance mondiale, nous considérons que c’est une bonne chose parce que nous y sommes très influents, parce que les valeurs de l’ONU très profondément sont les nôtres, et parce que nous sommes, nous France, plus que tout autre pays, attachés à la légalité internationale et que l’ONU, à travers son universalité, puisqu’elle compte les 196 Etats de la communauté internationale, incarne mieux que personne. Donc, pour faire court, nous sommes d’autant plus attachés à la réforme de l’ONU que si on ne la fait pas, progressivement l’ONU risque de perdre en crédibilité. Et c’est pourquoi nous avons deux priorités en termes de réforme, que nous promouvons plus que les autres. La première c’est l’élargissement du Conseil de sécurité. Pourquoi ? Parce que le monde d’aujourd’hui ne reflète plus vraiment la réalité de l’après-guerre de 1945.

BFM : C’est un petit peu différent là quand même.

FD : C’est très différent. Et il faut le reconnaitre. Et il faut de notre point de vue, que le Japon, l’Allemagne, mais aussi les grands émergents, aient leur place à la table du Conseil de sécurité, là où les décisions se prennent. Et donc nous promouvons, jour après jour, y compris durant la dernière Assemblée générale des Nations unies, l’entrée de l’Allemagne, du Japon et des grands émergents, le Brésil, l’Inde, l’Afrique, à la table du Conseil de sécurité.

BFM : Ça bloque, parce qu’il y a, par exemple, la Chine, qui ne veut pas forcément du Japon ou encore de l’Inde. C’est très difficile, c’est un casting très difficile, d’où les difficultés. Et cela prend un petit peu de temps du coup ?

FD : C’est sûr parce ce que pour faire court, pour réformer le Conseil de sécurité et l’élargir, il faut réformer la Charte, il faut donc avoir la majorité des deux tiers de la communauté des Nations, plus pas de veto des membres qui ont le droit de veto. Donc c’est compliqué, mais on ne va pas baisser les bras. Parce qu’encore une fois, si on se projette dans dix ou vingt ans, si les grands émergents ne sont pas à la table des décisions, l’ONU aura beaucoup perdu en crédibilité, et cela ce n’est pas notre intérêt, ni conforme à nos valeurs. Et donc nous nous battons, même si c’est difficile, pour que, encore une fois, ces grands émergents soient à la table, c’est pour nous vital, et c’est un des grands défis de notre génération.

BFM : Est-ce que vous êtes confiant ? Est-ce que cela va arriver ? Dans combien de temps ? On l’attend depuis un petit moment quand même.

FD : Alors je le pense, très franchement. Je pense que cela viendra un jour.

BFM : Un jour ?

FD : Oui mais, il faut prendre son temps parce que, forcément les choses prennent plus de temps qu’on ne le souhaiterait.

BFM : Vous parlez de crédibilité, mais c’est quand même risqué de faire trainer les choses.

FD : Bien sûr. C’est pour cela que nous poussons. C’est pour cela aussi que nous voulons, indépendamment de cette grande réforme que nous appelons de nos vœux, faire des réformes plus ciblées. Et l’une d’entre elles concerne le droit de veto, dont la France a l’usage depuis 1945, comme les quatre autres membres permanents du Conseil de sécurité. Et nous disons la chose suivante, basée notamment sur l’expérience syrienne, où à quatre reprises, deux pays membres du Conseil de sécurité ont mis leur veto et ont empêché le Conseil de sécurité d’agir pour mettre un terme à la tragédie syrienne. Ce qui pour nous, n’est naturellement pas normal. Et donc la France a pris une initiative qui dit : nous les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, prenons l’initiative de limiter de manière volontaire l’usage du veto en cas d’atrocités de masse, c’est-à-dire dans des cas juridiquement bien définis : des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre de grande ampleur, ou encore des crimes de génocide. Et dans ce cas-là, nous disons, nous les cinq, on s’engage à ne pas faire usage du droit de veto.

Le président de la République, lors de l’Assemblée générale, devant la communauté des nations, a indiqué que la France d’ores et déjà n’userait pas de son veto en cas d’atrocités de masse. Ce qui est en jeu, derrière cette réforme, qui est importante, c’est à la fois un sens éthique, parce qu’il est indécent, que la communauté internationale, à travers le Conseil de sécurité, ne puisse pas agir lorsqu’il y a des atrocités de masse, qui heurtent nos convictions et nos valeurs les plus profondes, qui heurtent la conscience universelle, et en même temps on en revient à cet aspect de crédibilité. Il faut que le Conseil soit capable d’agir. S’il ne l’est pas, alors progressivement sa crédibilité va s’émousser. Et je reviens à notre grande réforme, à mon point un, qui est l’élargissement du Conseil de sécurité, que nous appelons de nos vœux. Et honnêtement aujourd’hui, de tous les Etats membres des Nations unies, je pense que la France est celle qui est le plus en phase avec les priorités des Nations unies, et de ce fait, la plus engagée pour la réforme des Nations unies, qui doit renforcer sa crédibilité, et qui doit renforcer l’ONU comme la colonne vertébrale de la gouvernance mondiale du XXIème siècle.

BFM : Mais alors est-ce que la France ne risque pas de perdre sa position dominante si par exemple l’Allemagne arrive au Conseil de sécurité. Cela ne vous fait pas peur ?

FD : Ecoutez, je ne crois pas, je vais vous donner un exemple tiré d’hier. Hier nous avions un débat au Conseil de sécurité sur différents sujets. Et j’ai dit à mon collègue allemand « viens, joins-toi à la table du Conseil, et on va parler tous les deux, au nom de la France et de l’Allemagne ». Donc non seulement cela ne nous gêne pas, mais la griffe de la France dans la communauté des nations, encore une fois, c’est son statut bien sûr de membre permanent mais ce sont aussi ses leviers : la Francophonie, les relations avec l’Afrique, la capacité de projection de force que très peu d’autres pays ont, l’expertise en matière de maintien de la paix. Donc la France a un rôle très particulier dans la communauté des nations. C’est une puissance respectée, écoutée, attendue et donc n’ayons pas peur, faisons cette réforme, elle est dans l’intérêt de l’ONU et elle est dans la nôtre. Et croyez-moi, nous aurons toujours dans le système des Nations unies une place extrêmement importante.

BFM : Quelles sont les prochaines étapes ? Si on regarde un petit peu, il y a l’adoption, la ratification...donc ce n’est pas vraiment donné. On a encore un peu de temps devant nous. Quelles sont les prochaines étapes ?

Sur la grande réforme encore une fois, les choses peuvent aller très vite, tout d’un coup, à partir du moment où il y a un vote. Mais elles peuvent prendre du temps, donc nous, nous sommes simplement les moteurs de cette grande réforme. Sur la réforme du droit de veto que j’évoquais, la limitation du veto, nous nous efforçons de convaincre nos amis américains, russes et chinois que c’est dans leur intérêt aussi d’aller de l’avant. Mais parallèlement, nous mobilisons la communauté internationale pour faire pression sur eux. Et, nous avons lors de la dernière Assemblée générale autour de Laurent Fabius, organisé un évènement spécial sur le droit de veto, qui a été l’évènement qui a eu le plus grand écho lors de l’Assemblée générale - et il y en a eu des centaines organisés par tous les pays – c’est celui-là qui a eu le plus large écho : 80 pays ont signé une déclaration en soutenant l’initiative française, en fait franco-mexicaine. Et donc, plus la communauté internationale nous soutient, plus nous pouvons faire pression sur les partenaires, membres permanents du Conseil de sécurité qui sont un peu réticents, et plus le coût politique d’un veto en cas d’atrocités de masse, est élevé. Et c’est exactement ce que nous voulons.
BFM : Les choses avancent donc et vous êtes relativement confiant.

FD : Comme diplomate, je suis une machine à positiver et donc, je m’engage.

BFM : La Syrie. On a eu pas mal de changements de position sur le sujet, en raison du risque terroriste, de la crise des réfugiés. La priorité est bien sûr de stabiliser la Syrie. Quel est, M. l’Ambassadeur, le rôle de Bashar dans la transition ?

FD : Sur la Syrie, il est important d’abord de regarder quels sont nos objectifs. Pour être clair, ce que nous voulons c’est avancer sur deux jambes, deux priorités complémentaires. La première c’est de lutter efficacement contre le terrorisme, c’est-à-dire, en Syrie, Daech et Al Qaïda, à travers notamment le front Al-Nosra. Ca c’est la priorité numéro un. L’autre priorité c’est de réussir une transition politique. Pourquoi ? Parce que Bashar el Assad est, de l’avis quasi unanime, le principal responsable du chaos en Syrie et donc le principal responsable de la montée en puissance du terrorisme, Daech et Al Qaïda. Alors si on lutte contre Daech et Al Qaïda mais que parallèlement on laisse Bashar El Assad au pouvoir, les mêmes causes produisant les mêmes effets, on aura agi pour rien et on aura demain une remontée à nouveau du terrorisme. D’où les deux priorités complémentaires que nous avons à poursuivre ensemble.
Dans ce contexte, s’allier avec Assad serait selon nous une faute morale et politique. Une faute morale parce que Bashar El Assad est responsable de 80% des 250 000 morts de la tragédie syrienne, responsable aussi de 80% des centaines de milliers de réfugiés issus directement ou indirectement du conflit syrien. Donc une faute morale qu’honnêtement nous ne pouvons pas assumer. Mais d’autre part, une faut politique. Supposer que demain les grandes puissances occidentales disent « on va s’allier avec Assad parce que c’est le moins pire des ennemis que nous ayons à combattre ». Que se passerait-il ? Raisonnons en terme d’efficacité et de Realpolitik : du jour au lendemain, toute l’opposition modérée en Syrie, celle que nous soutenons, toutes les populations indécises, et notamment les populations sunnites, se jetteraient dans les bras de Daech, et on aura contribué si l’on fait cela à renforcer l’ennemi Daech que nous voulons combattre. Donc il n’y a pas d’autre issue en Syrie que d’avancer sur les deux jambes, la jambe de la lutte contre le terrorisme et la jambe politique, les deux vont de pair.
Et c’est pour cela que face à l’offensive actuelle de la Russie et à l’opération militaire engagée par la Russie, nous disons que nous sommes prêts bien sûr à travailler avec les Russes, et il faudra d’ailleurs un jour travailler avec les Russes, mais à trois conditions : 1) que les frappes visent effectivement Daech ou Al Qaïda et pas l’opposition modérée. Et pour l’instant ce n’est pas le cas ; 2) qu’on s’efforce de faire pression sur Bashar pour qu’il cesse ses bombardements indiscriminés contre les civils qui tuent chaque jour des centaines de femmes et d’enfants en particulier. D’où l’initiative française qui viendra dans les prochains jours au Conseil de sécurité pour essayer d’interdire l’usage des barils d’explosif contre les populations civiles ; 3) la troisième condition est de dire « mettons-nous autour de la table sans préjugé, sans tabou pour réussir la transition politique en Syrie et donner ainsi une voix à des éléments du régime qui n’ont pas de sang sur les mains, mais sans Bashar, et à des éléments de l’opposition modérée. C’est comme ça qu’on pourra réussir et c’est comme ça qu’à la fin du jour, comme on dit en franglais, on sera le plus efficace pour lutter contre le terrorisme et éviter ce flot de réfugiés.

BFM : Très rapidement le conflit israélo-palestinien. Les tensions ont été ravivées au début du mois. Comment on fait là ? Comment on relance le processus de paix ?

FD : D’abord, cela fait des mois, si ce n’est des années, que la France, un peu seule, dit et souligne le risque d’embrasement sur le terrain, à Jérusalem, à Gaza, en Cisjordanie. Nous y sommes. Regardez l’actualité, l’embrasement est là littéralement, il commence. Il est gravissime en soi cet embrasement. Il est grave aussi parce que si on y prête attention, et pour revenir au sujet précédent, la cause palestinienne risque d’être captée par Daech. Vous imaginez quelles seraient les conséquences de cela.

D’autre part, si on continue et si on laisse se dérouler ces violences sans rien faire, alors la solution des deux Etats, qui est notre objectif à nous, un Etat d’Israël et un Etat de Palestine qui vivent côte à côte dans la paix et la sécurité, cette vision-là va mourir. Elle va mourir du fait de ces violences. D’où, encore une fois, l’action motrice de la France dans le système des Nations unies pour à la fois essayer de mettre un terme à ces violences, et nous y travaillons d’arrache-pied au moment où je parle.

Mais parallèlement et dans le même mouvement, nous voulons rouvrir une perspective politique, rouvrir la perspective d’une négociation entre Israéliens et Palestiniens. Et ça c’est vraiment le but ultime. Nous ne pouvons nous satisfaire de l’état actuel de conflit froid entre Israéliens et Palestiniens. Il faut recréer un espoir politique pour à la fois la sécurité d’Israël et pour la justice à l’égard des Palestiniens. Et la France, et moi je le dis très fortement dans l’enceinte des Nations unies, en étant à la fois l’amie du peuple palestinien et l’amie du peuple israélien, est peut-être le pays le plus engagé aujourd’hui pour mettre un terme à l’engrenage des violences, notamment à Jérusalem, à Gaza et en Cisjordanie mais aussi pour recréer une perspective politique.

BFM : Il y aurait beaucoup de choses à dire, mais j’avais envie qu’on revienne sur la COP21. On est à 6 semaines de cette conférence qui aura lieu à Paris. On a eu des annonces de contributions nationales qui s’accélèrent, le défi est sans précédent. Quel est votre rôle à vous en tant qu’Ambassadeur pour que cette conférence soit un succès ?

FD : D’abord le succès de la conférence de Paris, la COP21, est aujourd’hui la première priorité de la diplomatie française, et pour de bonnes raisons, les enjeux sont vitaux et donc la première priorité pour nous aux Nations unies.

Mon rôle, et je ne veux pas être trop personnalisé sur ce terrain-là, le rôle de mon équipe, le rôle de la France, l’ONU, c’est de rassembler. Le maitre-mot est « rassembler », mettre ensemble les grands émergents, l’Inde, le Brésil, les autres, les pays industrialisés, les pays qui sont les plus menacés par la montée des eaux, les petites îles en particulier pour qui l’enjeu est vital non pas demain mais aujourd’hui, tenir compte également des intérêts des pays les moins avancés pour que tous par-delà la diversité de nos intérêts puissions retrousser nos manches et travailler à un bon accord à Paris. Le cœur de mon rôle aux Nations unies, c’est ça.

Et entre nous, ça marche. C’est-à-dire qu’on a aujourd’hui une vraie dynamique, je le dis avec beaucoup de modestie naturellement, c’est difficile, mais les moteurs d’un accord à Paris sont aujourd’hui bien allumés et fonctionnent à plein régime. Le texte de l’accord de Paris est en cours de négociation aujourd’hui-même à Bonn sous l’impulsion de Laurent Fabius, qui est sur tous les fronts littéralement sur ce sujet. Sur le plan financier, pour aider les pays qui en ont besoin, on s’approche de l’enveloppe de 100 milliards de dollars à partir de 2020 dont on aura besoin. Sur les contributions nationales, 150 pays aujourd’hui ont annoncé des contributions qui comptent pour 90% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Donc il y a une vraie dynamique qu’on sent et qui, je trouve ici à New York, touche aussi le monde de l’entreprise. Ca je crois que c’est un message pour vous et ceux qui nous regardent. Le monde de l’entreprise, je le vois ici à New York, a profondément changé. C’est vrai dans la finance, c’est vrai dans l’industrie. La finance aujourd’hui, les grands fonds de pension, les CalPERS, les TIAA-CREF, mais aussi des Français en pointe comme Amundi qui jouent un rôle essentiel, les investisseurs disons, sont très engagés aujourd’hui dans la lutte contre les émissions de CO2. On le voit dans ce qu’on appelle la décarbonisation de leur portefeuille. Et je pense que c’est comme un lent paquebot, ces fonds de pensions investissent à long terme et quand ils ont décidé de mettre la lutte contre les émissions de CO2 dans les critères de leurs décisions alors les effets vont s’enchainer. Et on y est. Pareil dans l’industrie, je recevais il y a quelques jours le conseil d‘administration de Engie, ex GDF Suez, qui sous l’impulsion de Gérard Mestrallet, joue un rôle moteur en France mais aussi dans le monde dans la lutte contre les émissions de CO2 à travers notamment une renonciation aux investissements dans les centrales à charbon, mais à travers aussi toute une série de décisions très courageuses sur les green bonds, sur la baisse des émissions de CO2. Donc Engie, Gérard Mestrallet personnellement, sont vraiment l’une des figures de proue de ce qu’on appelle le Global Compact, c’est-à-dire le groupe d’un gros millier d’entreprises mondiales qui autour du Secrétaire général des Nations unies s’efforcent de lutter contre le réchauffement climatique. La France joue là aussi un rôle moteur et mon rôle naturellement est d’accompagner cela quand l’industrie lutte contre le réchauffement climatique. Ce n’est pas simplement un coût dans le « balance sheet », c’est une opportunité, c’est une révolution industrielle, la révolution du développement durable qui, au même titre que la révolution numérique ou la révolution des sciences de la vie est un moteur et un relai de croissance pour aujourd’hui et pour demain. Encore une fois, ce monde économique tel que je le vois à New York la finance et l’industrie sont aujourd’hui réellement engagées. Je le vois chez les gros industriels, y compris américains ….

BFM : Vous êtes en contact permanent avec tous ces patrons, c’est important et c’est bien de le mettre en avant parce que ça ne se fait pas peut-être automatiquement, à l’ONU, donc bravo.

FD : C’est vital. C’est un peu une révolution culturelle en effet mais c’est ma griffe personnelle que d’essayer de mettre ensemble ces mondes qui trop souvent s’ignorent, l’industrie et la diplomatie, le monde de l’ONU, la diplomatie économique. Et je suis vraiment frappé de voir cet engagement, j’en parlais il y a quelques jours avec Eric Schmidt, le patron de Google, qui est résolument engagé, c’est ce qu’il me dit, mais je crois qu’il le montre aussi, dans cette révolution du développement durable, cette révolution verte. Et c’est le cas de très nombreux industriels. La lutte contre le réchauffement climatique, avant c’était un monsieur ou une madame qui était chargé(e) de cela dans une direction du marketing. C’est important mais aujourd’hui c’est une vraie priorité que les patrons d’entreprises, françaises ou étrangères, impulsent à l’ensemble de leur process industriel, qui va loin dans leur processus industriel. Alors on n’est pas au bout du chemin mais, à titre personnel, je pense que cette révolution-là est en marche et naturellement elle est vitale parce que ce ne sont pas les Etats qui vont changer l’état de la planète, ce sont les industriels, ce sont les acteurs économiques. D’où l’importance aussi, parenthèse, du concept de prix du carbone. Si on arrive, pas pour Paris, c’est un processus qui prendra un peu de temps, à établir un prix du carbone, ce qui n’est pas simple, alors vous aurez au cœur du raisonnement de marché, au cœur des arbitrages des acteurs économiques, une notion qui va réorienter les investissements et l’industrie, les deux, vers le sentier d’une économie bas carbone. Donc si on réussit sur l’ensemble de ces fronts, je pense que Paris sera une étape franchement historique. Il est trop tôt pour le dire bien sûr mais c’est à cela que nous travaillons tous ensemble, une étape historique vers un monde bas carbone pour sauver la planète.

BFM : On suivra en tout cas les développements. Le mandat du Secrétaire général s’achève l’année prochaine. Les bruits de couloir, il semblerait que ce soit un Européen qui prenne la suite. Que pouvez-vous nous dire ?

FD : Alors c’est un peu tôt pour le dire. C’est une très bonne question mais traditionnellement le grand jeu pour l’élection du Secrétaire général commence quelques mois en réalité avant le terme de son mandat. Le terme c’est fin 2016 donc les choses sérieuses commenceront à mon avis au printemps qui vient.

BFM : On entend des bruits, la Bulgarie peut-être ?

FD : Nous ce qu’on souhaite c’est qu’on ait des candidats de grande qualité. Encore une fois, l’état du monde exige d’avoir un ou une Secrétaire général(e) qui ait de vraies capacités de leadership, de vraies capacités de management, parce qu’il faut réformer les Nations unies comme on l’a dit et …

BFM : Qui parle français.

FD : Qui maitrise la langue de Molière en effet.

BFM : Ca fait un an que vous êtes la voix de la France à l’ONU ?

FD : Un peu plus d’un an.

BFM : Quel bilan vous en tirez ?

FD : C’est un honneur extrême pour moi que de représenter la France dans ce temple de la démocratie mondiale qu’est l’Organisation des Nations unies, d’y défendre ses intérêts, d’y promouvoir ses valeurs. Donc je le fais avec toute mon énergie, toute ma passion et au service d’un pays qui, n’oublions pas, dans l’Organisation des Nations unies, a un poids tout particulier.

BFM : Merci Monsieur l’Ambassadeur d’être venu nous parler de tous ces dossiers. On vous retrouve très bientôt j’espère. On parlera bien sûr de la Conférence de Paris.

Réforme de l’ONU et encadrement du veto :


Syrie, conflit israélo-palestinien et COP21 :

Dernière modification : 27/10/2015

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