Celui qui attaque un juif en France attaque la France (22/01/2015) [en]

Assemblée générale - Réunion spéciale sur la montée des violences antisémites dans le monde - Discours de M. Harlem Désir, secrétaire d’Etat aux Affaires européennes - 22 janvier 2015

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Monsieur le Président,
Mesdames et messieurs les ministres,
Mesdames et messieurs les ambassadeurs,
Cher Bernard Henri-Levy,

Dans quelques jours nous célébrerons le 70ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz, et dans quelques mois le 70ème anniversaire de la victoire sur le nazisme. Nous nous souviendrons du choc et de l’effroi que représenta la découverte des camps d’extermination par les soldats alliés, hébétés devant l’horreur.

70 ans après la Shoah nous aimerions pouvoir dire que l’antisémitisme est éradiqué, qu’il est définitivement banni de nos sociétés.
Et pourtant, il est toujours là, présent, avec son cortège de préjugés, de haine et de violence, parfois comme la résurgence d’un vieil antisémitisme qui remonte du fond des siècles, mais aussi, désormais, sous des formes nouvelles, se répandant sans barrière sur internet et les réseaux sociaux, à l’abri de l’anonymat ou non, prenant parfois prétexte du conflit israélo-palestinien ou s’appuyant sur le dévoiement fanatique de l’islam ancien ou nouveau . Il prône toujours la haine du juif et de tous les juifs, en particulier auprès de jeunes sans repères, sans conscience de l’Histoire.

Il porte toujours la violence et la mort. Il a frappé une nouvelle fois en France.

Après avoir assassiné le 7 janvier 2015 à Paris les journalistes et les dessinateurs de Charlie hebdo parce qu’ils étaient libres, après avoir assassiné le 7 et le 8 janvier des policiers parce qu’ils les protégeaient et protégeaient notre liberté, le 3ème jour de l’attaque, le 9 janvier, un terroriste a attaqué un magasin casher parce qu’il voulait tuer des juifs. Ils s’appelaient Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab, François-Michel Saada. Ils ont été tués, parce qu’ils étaient juifs.

Nous ne les oublierons pas, et c’est pourquoi nous prononçons leur nom comme ceux des autres victimes des attaques terroristes à Paris des 7 et 8 janvier, Frédéric Boisseau, Franck Brinsolaro, Jean Cabut dit Cabu, Elsa Cayat, Stéphane Charbonnier dit Charb, Philippe Honoré, Clarissa Jean-Philippe, Bernard Maris, Ahmed Merabet, Mustapha Ourrad, Michel Renaud, Bernard Verlhac dit Tignous, Georges Wolinski.
Ces crimes venaient après d’autres, après le meurtre ignoble d’Ilam Halimi en 2006, après l’attaque contre l’école Ozar Hattorah à Toulouse du 19 mars 2012 – et les visages et les noms de Jonathan, Gabriel et Aryeh Sandler, de Myriam Monsenego sont encore dans nos mémoires – après aussi l’attaque contre le Musée juif de Bruxelles le 24 mai 2014.

Face à ce mal qui resurgit notre responsabilité c’est de dénoncer, c’est de nommer avec la plus grande clarté, mais surtout c’est d’agir avec la plus grande fermeté, partout à travers le monde lorsque ressurgit l’antisémitisme.

Chaque fois que l’on s’attaque à un juif pour ce qu’il est, c’est nous tous, la communauté des Nations, qui sommes attaqués dans les principes mêmes qui fondent les Nations Unies. Franz Kafka disait « celui qui frappe un juif jette toute l’humanité à terre ».

Et je le dis ici à la tribune des Nations Unies, celui qui s’attaque à un juif en France parce qu’il est juif s’attaque à la France, à ses valeurs, à la République, à son intégrité. Le Premier Ministre Manuel Valls l’a dit devant l’Assemblée nationale « Sans les juifs de France, la France ne serait plus la France » et je le dis pour l’Europe aujourd’hui ici en présence de mon homologue et ami, Michael Roth, ministre de la République fédérale d’Allemagne, sans les juifs d’Europe, l’Europe ne serait plus l’Europe.

Notre responsabilité aujourd’hui, c’est que chaque pays et toute la communauté internationale se mobilise.

Le 11 janvier à Paris, dans la rue, des leaders du monde entier se sont rassemblés, avec le peuple de France, à l’appel du Président de la République François Hollande, pour se tenir ensemble, unis contre la haine et la barbarie, pour combattre le fanatisme et le djihadisme, pour défendre la liberté et la fraternité, et refuser tout amalgame avec l’islam. Nous ne sommes en guerre contre aucune religion, nous sommes en guerre contre le terrorisme. Et je veux remercier ici chacune de vos nations pour la solidarité exprimée.

Combattre l’antisémitisme c’est combattre la haine, l’ignorance et l’impunité.
Par la fermeté du droit et la répression chaque fois que nécessaire. La France a décidé de renforcer son arsenal répressif et les sanctions prévues pour punir les auteurs de parole et d’actes antisémites. Nous avons affiné nos outils statistiques sur les attaques à caractère antisémite, accru notre vigilance vis-à-vis des propos tenus sur Internet.

Mais nous devons faire davantage. Trois initiatives seront ainsi adoptées à brève échéance : la généralisation de la circonstance aggravante de racisme et d’antisémitisme pour tous les délits et crimes punis par le code pénal ; l’exclusion du droit de la presse des injures ou diffamations à caractère raciste et antisémite, car elles ne sont pas une opinion mais une incitation à la haine et à la violence ; la possibilité d’un blocage administratif des sites internet et des messages à caractère raciste et antisémite. De plus, 10 000 soldats ont été mobilisés pour la protection des sites sensibles, en particulier les écoles juives, les synagogues et aussi les mosquées.
Notre réponse ne saurait passer par la seule répression. C’est également à un immense défi éducatif vis-à-vis des jeunes générations que nous sommes confrontés.

C’est pourquoi un plan national d’action contre le racisme et l’antisémitisme qui établit des programmes d’éducation et de sensibilisation pour tous les élèves a été lancé afin de prévenir la formation de stéréotypes et de préjugés et d’enraciner les valeurs de tolérance et de respect de l’autre. Un important travail sur la mémoire de la Shoah est mené pour combattre le négationnisme, de nouveaux lieux de mémoire ont été inaugurés par le Président de la République et le Premier ministre en 2012, le Mémorial sur la shoah à Drancy et le Camp des Milles à Aix en Provence.

Le président de la République a décidé de faire de la lutte contre le racisme et l’antisémitisme une grande cause nationale.

Permettez-moi pour conclure de saluer la présence à mes côtés de mon homologue allemand et ami, Michael Roth. En ce 22 janvier, qui constitue également la journée franco-allemande, notre présence conjointe est un message fort. Celui que l’Europe, qui fut le sombre théâtre de mort d’Auschwitz, Treblinka, Maidanek, sera en première ligne et qu’elle mènera une lutte sans merci contre l’antisémitisme.
Nos deux pays se présentent aujourd’hui devant vous, déterminés et unis pour la défense des valeurs de tolérance, de paix et de démocratie qui constituent le cœur du projet européen et le fondement-même des Nations Unies.

Mesdames et Messieurs, le 9 janvier, à Paris, dans le magasin casher de la porte de Vincennes, un homme a aidé la police au péril de sa vie à sauver les otages. Cet homme était malien. Interrogé par des journalistes qui s’étonnaient de la présence d’un employé musulman au sein d’un magasin casher, c’est à la fraternité humaine que Lassana Bathily en a appelé pour expliquer son geste. Je le cite : « nous sommes des frères, ce n’est pas une question de juifs, de chrétiens ou de musulmans, nous sommes tous dans le même bateau. Il fallait tous qu’on s’aide pour sortir de cette crise ». Il est, désormais, notre compatriote, exemple pour tous du courage des justes et exemple de fraternité dans ce combat qui est celui des valeurs universelles des Nations Unies.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/01/2016

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