Chaque jour qui passe menace davantage la solution à deux Etats [en]

Débat ouvert sur le Proche-Orient - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 18 octobre 2016

Monsieur le Président,

Je voudrais commencer par remercier M. Nickolay Mladenov et M. Stephen O’Brien pour leurs interventions mais aussi pour leur engagement.

La France fait depuis longtemps un constat alarmant : le prétendu statu quo au Proche-Orient est en réalité une régression – une régression quotidienne pour les populations et pour la paix. Chaque jour qui passe menace en effet davantage la solution à deux Etats, qui doit être pourtant plus que jamais notre boussole commune. La responsabilité collective qui nous incombe est d’abord un devoir de lucidité : si rien n’est fait, l’horizon fragile de la solution à deux Etats est destiné à purement et simplement disparaître. Si c’est le cas, alors nous laisserions la place à une situation de fait accompli, dans laquelle la sécurité des Israéliens ne pourra être garantie, et les droits légitimes des Palestiniens ne pourront être exercés. Je le réaffirme ici au nom de la France, la perspective d’une réalité à un Etat n’est dans l’intérêt de personne.

Comme l’a montré notre réunion en format Arria de vendredi dernier, le constat des membres du Conseil est unanime s’agissant des tendances à l’œuvre qui concourent à menacer la solution des deux Etats :

-  La première de ces tendances est, à l’évidence, la poursuite de la politique de colonisation. Soyons clairs, la colonisation est le résultat d’une politique délibérée et méthodique de l’Etat d’Israël. Israël ne se contente pas de valider des plans de constructions, il fait en sorte également que les colonies soient viables et pérennes, qu’elles participent d’un maillage territorial, routier, communicationnel, socio-économique étroit, lequel maillage, au fil des années, impose un fait accompli et grignote le territoire du futur Etat palestinien. Malgré les appels de la communauté internationale, malgré les recommandations du dernier rapport du Quartet, Israël a ainsi annoncé, au début du mois, la construction de 98 nouvelles unités de logements à proximité de la colonie de Shilo, ce qui revient à créer une nouvelle colonie. La communauté internationale a été unanime à condamner cette décision, qui ne fait qu’attiser les tensions et éloigner l’horizon d’un Etat palestinien viable.

-  De même, les actes de violence et l’incitation à la violence et à la haine hypothèquent également la capacité des populations israélienne et palestinienne à coexister durablement, en paix et en sécurité, sans même mentionner ici les tirs réguliers de roquettes contre Israël depuis Gaza. La France a condamné l’attentat meurtrier intervenu à Jérusalem le 13 octobre dernier. Et nous savons que persiste un niveau élevé de tensions, qui peut du jour au lendemain, nous l’avions vu l’année passée, nourrir une escalade rapide de la violence.

-  Enfin, il est indispensable d’encourager les progrès dans la réconciliation inter-palestinienne afin de mettre fin à la division des Territoires palestiniens dont dépend, aussi, la solution des deux Etats : sans unité palestinienne il ne peut y avoir d’accord de paix viable.

Monsieur le Président,

Face à ce constat implacable, et pour éviter que l’engrenage de violence qu’Israël et la Palestine ont connu à l’automne 2015 ne se reproduise, notre message ces derniers mois a été constant : il faut rouvrir un horizon politique, et sauver la solution à deux Etats. C’est, nous en sommes convaincus, la seule manière de briser l’engrenage en cours et de recréer une dynamique positive. Tel est bien le sens de l’initiative de la France :

- Il s’agit d’abord de relancer une mobilisation politique. Alors que le processus de paix est partiellement éclipsé par les graves crises qui secouent le Moyen-Orient, notre objectif premier est de remettre ce conflit au cœur de l’agenda diplomatique.

- notre deuxième objectif est la réaffirmation commune et sans équivoque du soutien de la solution à deux Etats, car c’est la seule solution qui assurera la sécurité à Israël et qui répondra aux aspirations légitimes du peuple palestinien.

- le troisième objectif de l’initiative française, c’est de promouvoir un accompagnement international des parties à travers une démarche collective et renouvelée fondée sur un dispositif cohérent de soutien et d’incitations. Il est évident que la paix ne peut pas être imposée aux parties. Mais chacun s’accorde pour reconnaître que les conditions ne sont pas réunies aujourd’hui pour une reprise immédiate des négociations directes, tant est grande la défiance entre les parties. Notre initiative vise donc à créer les conditions, notamment politiques, pour une reprise des négociations, à construire un consensus sur le chemin menant à une solution à deux Etats et à favoriser une convergence de toutes les initiatives existantes dans une même direction.

La réunion ministérielle qui s’est tenue à Paris le 3 juin dernier a marqué la première étape, essentielle, d’une mobilisation internationale pour sauver la solution à deux Etats. Nous poursuivons et poursuivrons nos efforts, en coordination étroite avec le Quartet et l’ensemble des partenaires, notamment dans le cadre de plusieurs groupes de travail qui se mettent en place, afin de préparer la conférence internationale que la France souhaite organiser d’ici la fin de l’année. Notre objectif est de montrer aux parties combien elles ont intérêt à la paix, et comment le soutien actif de la communauté internationale peut les y aider, et de les engager à entrer dans la phase suivante du processus. La démarche de la France est résolument inclusive et toutes les bonnes volontés sont les bienvenues pour contribuer à cet effort collectif.

Monsieur le Président,

La France est déterminée à faire aboutir cette initiative et à conduire les parties à se réengager dans des négociations en vue d’un accord de paix, sur le fondement d’un accompagnement international renouvelé et de propositions incitatives concrètes. Nous en appelons tout particulièrement au soutien des membres du Conseil de sécurité : Monsieur le Président, chers collègues, assumons ensemble la responsabilité historique qui nous incombe au service de la paix au Proche Orient. Je vous remercie.

Dernière modification : 21/10/2016

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