Compte-rendu de la Mission du Conseil de sécurité en Afrique (9-13 mars 2015) [en]

Compte-rendu de la visite du Conseil de sécurité en Afrique (9-13 mars 2015) - Présentation pour les segments RCA et Burundi par M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 18 mars 2015

Visite CS en Afrique 2015 - JPEG

UN Photo - Minusca

RCA

Du 9 au 13 mars, le Conseil de sécurité s’est rendu en Afrique. Nous avons fait étape successivement en République centrafricaine, à Addis Abeba auprès de l’Union africaine, et au Burundi. J’ai eu le plaisir de présider cette visite avec l’ambassadeur d’Angola, M. Ismaël Gaspar Martins pour l’ensemble de la mission, et avec l’ambassadrice des Etats-Unis, Mme Samantha Power, pour le segment consacré au Burundi.

En ce qui concerne la RCA, je retiens les points suivants :

Il s’agissait de la première visite du Conseil de sécurité en RCA, et nous avons pu passer près de deux jours sur place extrêmement dense.

Nous avons eu l’occasion de rencontrer de nombreux acteurs : les autorités de transition (nous avons eu une réunion avec la Présidente et presque tout son gouvernement, nous avons vu le Conseil national de transition, ainsi que l’Autorité nationale des élections), les représentants de la société civile centrafricaine (y compris les organisations représentatives des femmes, de la jeunesse et les autorités religieuses) ainsi que les Forces internationales déployées en RCA (MINUSCA, Sangaris et EUFOR).

Nous avons également effectué un déplacement en province à Bria où nous avons aussi échangé avec les autorités locales (Préfet, Magistrats, Gendarmes et policiers), les représentants de la société civile, les dirigeants religieux et des représentants de l’ex-Séléka. Nous y avons aussi visité le contingent (cambodgien) de la MINUSCA.

Avec cette visite, le Conseil de sécurité voulait d’abord se rendre compte par lui-même de la situation en RCA, près d’un an après le vote de la résolution 2149. Nous avons trouvé dans le pays une situation qui reste certes fragile et précaire aux points de vue sécuritaire et humanitaire, mais nous avons aussi vu des signes encourageants : une stabilisation en cours, grâce au déploiement de la MINUSCA, et à l’excellent travail accompli par les opérations EUFOR et Sangaris ; une volonté profonde et largement partagé d’arrêter le conflit ; des réfugiés et déplacés qui ont entamé leurs retours chez eux, même si cela n’est pas le cas partout. Le Conseil de sécurité a également constaté la dynamique à l’œuvre chez les dirigeants politiques, qui souhaitent mener à terme le processus de transition. Ce que nous avons vu et entendu sera très précieux pour nos prochaines initiatives sur la RCA, l’examen du rehaussement du plafond de troupes pour la MINUSCA d’abord ; puis le renouvellement du mandat d’ici la fin avril.

Nous avons naturellement tiré parti de cette visite pour porter à chaque étape les messages du Conseil de sécurité. Nous avons encouragé les autorités centrafricaines à consacrer toutes leurs énergies à la conduite de la transition, c’est-à-dire les consultations locales (presque achevées), le Forum de Bangui, absolument essentiel, puis les élections, dans l’objectif te tenir les délais. Nous avons constaté le rétablissement en cours de l’autorité de l’Etat sur le territoire, avec le déploiement des équipes administratives et avons souligné la nécessité de poursuivre résolument en ce sens. Nous avons encouragé tous nos interlocuteurs à œuvrer à la réconciliation et à déposer les armes.

Pour conclure, je soulignerai que l’impression qui se dégage de cette visite est celle d’une situation encore fragile mais d’une dynamique positive qui doit être encouragée et soutenue. Les défis sont importants, et l’engagement international est – et doit rester - à la hauteur de ces défis. Pour cela, il faut notamment des financements : pour la priorité immédiate que sont les élections ; pour les appels humanitaires ; pour les programmes de réforme et de reconstruction de l’Etat centrafricain qui suivront (et qui vont commencer rapidement avec le déploiement de la mission européenne EUMAM-RCA dans le secteur des Forces armées). Nous encourageons tous les Etats-membres des Nations unies à contribuer à cet effort collectif.

[Présentation du segment à Addis Abeba par le représentant permanent d’Angola]

Burundi

En ce qui concerne le dernier segment de notre voyage qui s’est tenu au Burundi, à un moment important de l’histoire de ce pays.

Quoiqu’en un temps limité, nous avons pu avoir des échanges approfondis avec le Président Pierre Nkurunziza, qui nous a reçu pour un long entretien d’une heure, ainsi que les ministres des Affaires étrangères et de de l’intérieur, des représentants de la société civile (y compris les organisations représentatives des femmes et de la jeunesse, ainsi que des médias), les autorités religieuses et un spectre très large de partis politiques, de la majorité comme de l’opposition.

Nous avons également pu échanger avec la Mission d’assistance électorale au Burundi (la MENUB) et son chef M. Cassam Uteem, ainsi que le résident coordonnateur et « l’équipe-pays » (c’est-à-dire toutes les agences des Nations unies présentes sur place).

Le Conseil de sécurité a pu constater que le Burundi a fait des progrès significatifs, en surmontant les défis hérités de la guerre civile, mais que la paix demeure malgré tout fragile. Une grande partie de nos échanges a naturellement porté sur la question des élections qui se tiendront d’ici quelques semaines.

A cet égard le Conseil de sécurité a porté des messages simples : d’abord, le fait que l’organisation d’élections crédibles, libres et démocratiques en 2015 est cruciale pour l’avenir du Burundi, et qu’il est impératif que le processus électoral soit apaisé, inclusif, équitable et transparent. Ensuite, sur le nécessaire plein respect des textes fondateurs dont le Burundi s’est doté, et qui ont présidé à la stabilisation du pays que nous avons pu constater : les Accords d’Arusha en premier lieu, dans leur lettre et leur esprit qui sont au cœur de la stabilisation du pays et qui restent la boussole devant le guider ; la Constitution aussi bien sûr, ainsi que la feuille de route pour les élections et la toute récente déclaration conclue entre les partis politiques de mener ces élections pacifiquement. Enfin, la nécessité absolue de préserver la cohésion et l’unité de la société burundaise. Tous les débats qui divisent la société burundaise sont dangereux, plus encore dans cette période sensible et nous avons appelé l’ensemble des acteurs politiques du Burundi à mettre l’intérêt supérieur du pays, la consolidation de la paix, la recherche du consensus et de l’apaisement au cœur de leurs priorités et de leur action.

Ce sont du reste ces messages que le Secrétaire général des Nations unies a rappelé hier en exprimant sa préoccupation après la tentative d’assassinat qui a visé Madame Haberisoni, épouse du dirigeant d’opposition M. Rwasa. Les risques d’escalade sont réels à l’approche des élections ; aussi nous appelons une nouvelle fois les parties prenantes à ne pas recourir à la violence et à s’engager pleinement dans un processus pacifique.

Nos échanges ont également permis d’aborder les questions relatives aux droits de l’Homme, et notamment d’exprimer des préoccupations s’agissant de la réduction de l’espace politique ; des restrictions aux libertés de réunion ; d’expression et des contraintes imposées aux médias ; et d’aborder les questions relatives à l’indépendance de la justice. Les préoccupations exprimées par les partis politiques et les organisations de la société civile ont pu être relayées aux autorités que nous avons rencontrées.

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Dans les trois pays où le Conseil de sécurité s’est rendu, il a bénéficié du meilleur accueil et a pu mener à bien des programmes d’entretiens et de déplacements complets et approfondis qui ont été extrêmement éclairants et utiles. Au nom de tous mes collègues du Conseil de sécurité, je remercie les autorités centrafricaines, éthiopiennes et burundaises ; l’Union africaine ; les missions des Nations unies sur place (la MINUSCA et la MENUB) ainsi que tous les services et Départements du Secrétariat d’avoir assuré, par leur professionnalisme et leur rigueur, le plein succès de notre déplacement. Je vous remercie.

Dernière modification : 20/01/2016

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