Conférence sur le Proche Orient en janvier à Paris [en]

Briefing public sur le Proche Orient - Intervention prononcée par M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies - Conseil de sécurité - 16 décembre 2016

Monsieur le Président,

Je voudrais commencer par remercier le Secrétaire général pour le bilan particulièrement éclairant qu’il vient de tirer, devant nous, de dix années de gestion du conflit israélo-palestinien, mais aussi pour son engagement résolu sur cette question cruciale. Ce bilan établit un constat sans appel : celui de la marginalisation inexorable de la solution à deux Etats, qui est pourtant la seule qui réponde aux aspirations légitimes des Palestiniens et des Israéliens à vivre en paix.

1. Si le climat qui paralyse depuis près de deux ans le processus de paix relève de responsabilités partagées, il est incontestable que la progression de la colonisation israélienne constitue la principale menace à la mise en œuvre d’une solution à deux Etats. L’entreprise de colonisation est le produit d’une politique délibérée et de plus en plus assumée, qui morcelle le territoire d’un futur Etat palestinien. Elle se décline sous différents aspects : annexion de fait de la zone C et de ses ressources naturelles, transferts de populations, entraves à la circulation, destructions d’habitations et d’infrastructures humanitaires, projet de légalisation des colonies sauvages. Il est de notre responsabilité de dénoncer cette politique, fermement et collectivement, car elle conduit au désastre, nous en sommes convaincus, pour les Palestiniens mais aussi pour Israël.

2. La radicalisation des esprits, les actes de violence et de terrorisme et l’incitation à la violence constituent également une menace permanente, qui peut dégénérer rapidement en embrasement incontrôlable, comme nous l’avons vu à de trop nombreuses reprises, avec trois guerres à Gaza en sept ans et une vague de violence qui a culminé entre octobre 2015 et avril 2016. Cette violence mine gravement, elle aussi, la perspective de voir coexister deux Etats, un Etat d’Israël et un Etat de Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité. Enfin, des progrès dans la réconciliation palestinienne sont également indispensables.

Monsieur le Président,

3. Depuis plusieurs années, le prétendu « statu quo » au Proche Orient est en réalité une régression. Une régression quotidienne, pour les populations et pour la paix. Chaque jour qui passe menace en effet d’avantage la solution à deux Etats, qui doit être pourtant plus que jamais notre boussole commune.

C’est face à ce constat et avec cette volonté que la France, sous l’impulsion du Président de la République, M. François Hollande, et du Ministre des Affaires étrangères, M. Jean-Marc Ayrault, a présenté au printemps dernier une initiative visant à sortir de l’impasse actuelle. Alors que le processus de paix était partiellement éclipsé par les graves crises qui secouent le Moyen-Orient, notre objectif premier était et reste de remettre ce conflit au cœur des priorités politiques de la communauté internationale. Notre démarche s’est voulue, depuis l’origine et à chaque étape, transparente vis-à-vis des parties, inclusive et articulée bien sûr avec les efforts existants, notamment ceux du Quartet et de nos partenaires arabes.

La réunion ministérielle qui s’est tenue le 3 juin à Paris a marqué la première étape, essentielle, d’une mobilisation internationale pour sauver et concrétiser la solution à deux Etats. A la suite de cette réunion, des travaux approfondis ont été lancés avec tous les partenaires désireux de contribuer à l’élaboration d’un paquet global d’incitations, paquet destiné à montrer à la fois que les deux parties ne peuvent que bénéficier de la paix et que la situation actuelle a un coût : un coût pour le développement économique israélien comme palestinien, un coût pour la construction d’un Etat palestinien viable, un coût pour la stabilité et la prospérité de la région dans son ensemble.

4. Comme aboutissement de ces efforts engagés depuis près d’un an, la France organisera au mois de janvier une conférence internationale réunissant tous les Etats partenaires attachés à la paix. Notre objectif sera de présenter la contribution de la communauté internationale à la relance d’un processus de négociation et à la conclusion et la mise en œuvre d’un accord de paix :

- premièrement, en réaffirmant collectivement notre soutien à la solution à deux Etats. Dans un contexte où la situation ne cesse de se dégrader, notre volonté est de rappeler que cette solution reste la seule issue possible au conflit et de recréer ainsi un horizon politique susceptible d’inverser la spirale négative que nous connaissons sur le terrain et de recréer une dynamique positive.

- deuxièmement, en promouvant un engagement international, fondé notamment sur un dispositif cohérent de soutien et d’incitations concrètes, en faveur de la reprise et de l’aboutissement du dialogue entre les parties. Chacun sait que seuls les Israéliens et les Palestiniens seront en mesure de conclure la paix directement, mais il nous faut en revanche reconnaître que les conditions ne sont pas aujourd’hui réunies pour une reprise de ces négociations. Notre initiative vise ainsi à favoriser une convergence des efforts dans une même direction, afin de recréer un climat propice au dialogue et aux négociations et en montrant aux parties combien elles ont, elles-mêmes, intérêt à la paix.

5. Si nous ne menons pas une action résolue en ce sens, la solution à deux Etats va continuer à s’effacer, comme un mirage dans le désert, alors même qu’il n’y a aucune alternative valable qui puisse répondre aux aspirations légitimes des deux parties. Nous devons donc faire tout ce qui est en notre pouvoir, tant qu’il en est encore temps, pour empêcher cette dérive, qui encore une fois ne garantira jamais un règlement juste et pérenne du conflit, et continuera de menacer l’équilibre de la région.

Tels est le sens des efforts de la France, en lien avec l’ensemble de ses partenaires, pour recréer une dynamique favorable fondée sur la solution à deux Etats. Nous en appelons tout particulièrement au soutien des membres du Conseil de sécurité. Monsieur le Président, chers collègues, assumons ensemble la responsabilité historique qui nous incombe au service de la paix au Proche Orient.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 21/12/2016

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