Conseil de sécurité : le bilan du mois d’août - 31 août 2015 [en]

Bilan du mois d’août au Conseil de sécurité - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 31 août 2015

Madame la Présidente,

Permettez-moi d’abord de rendre hommage au Commandant de force de la MINUSTAH et d’exprimer mes condoléances à sa famille et à ses proches.

Je tiens à remercier chaleureusement l’Ambassadrice Joy Ogwu et toute l’équipe du Nigeria pour le travail accompli. Vous avez parfaitement géré l’agenda d’un mois dense au cœur de l’été new-yorkais, avec pragmatisme, talent et disponibilité. Je veux saluer également votre souci de synthèse et d’explication des travaux menés.

Vous avez placé la question du maintien de la paix au cœur de votre programme, préparant ainsi la réflexion collective que nous devons à notre organisation pour son 70ème anniversaire. Je retiendrai en premier lieu l’excellent débat organisé sur les organisations régionales et les défis contemporains pour la sécurité mondiale ; en effet, les recommandations du rapport du panel pour la Revue stratégique des Opérations de paix, comme le Secrétaire général l’a rappelé, nous incitent à renforcer les partenariats, dans la stricte application du chapitre VIII, avec les organisations régionales, et notamment l’Union africaine et l’Union européenne.

Mais le mois d’août a aussi connu ses développements positifs. Certes, nous ne pouvons céder à la satisfaction, mais je veux souligner plusieurs dossiers :

D’abord, le Conseil a su retrouver l’unanimité sur le dossier syrien avec l’adoption de la résolution 2235 établissant une mission d’investigation et d’attribution sur l’usage de chlore comme arme chimique en Syrie, et qui montre qu’il ne saurait y avoir d’impunité face à des crimes aussi graves ; cet espoir a été prolongé et consolidé par l’adoption le 17 août d’une PRST en soutien au processus politique relancé par Staffan de Mistura ; ce cadre étant posé, nous devons désormais ne pas oublier la situation des populations civiles qui ont subi un trop lourd tribut à ce conflit ; dès le 18 août les raids aériens qui ont frappé de manière indiscriminée Douma avec une centaine de morts et de nombreux blessés ont rappelé quel cas les autorités syriennes font de leur propre population. Dans l’attente de la mise en place de la transition politique, la communauté internationale se doit de rappeler que c’est aux Etats qu’incombe, en premier lieu, la responsabilité d’assurer la sécurité de leur population. La France continuera de travailler sans relâche pour que soit assurée la protection des populations civiles contre les attaques les plus meurtrières, en particulier les bombardements indiscriminés du régime aux barils d’explosifs, et pour concrétiser la solution politique que chacun appelle de ses vœux. L’un n’ira pas sans l’autre.

Je veux parler aussi d’un autre développement intervenu sous votre présidence : la signature d’un accord de paix au Soudan du Sud. La déclaration présidentielle adoptée le 29 août qui invite les Parties à mettre pleinement en l’œuvre leurs engagements dans leur intégralité. Ce moment important, alors que la situation sécuritaire et humanitaire n’a cessé de se dégrader, montre s’il en était, en lien avec votre débat général, le rôle essentiel de médiation des organisations régionales, et de l’IGAD dans la crise au Soudan du Sud.

Madame la Présidente,

Le maintien de la paix qui a constitué le fil de rouge de votre présidence, passe par le renouvellement du mandat d’opérations des Nations-Unies. Par la résolution 2236, nous avons renouvelé le mandat de la FINUL, qui joue un rôle essentiel au Liban pour préserver la cessation des hostilités. La déclaration présidentielle du 29 août sur le Soudan du Sud affirme la disposition de ce Conseil à adapter le mandat de la MINUSS pour mettre en œuvre l’accord récemment signé. Je veux saisir cette occasion pour souligner l’action courageuse des soldats et personnels du maintien de la paix ; nous l’avons vu par exemple avec les efforts de la MINUSMA en vue de ramener le calme sur le terrain lors des graves affrontements armés dans la région de Kidal en violation des accords signés le 15 mai et le 20 juin 2015 au Mali. Ils ne peuvent voir leur réputation ternie par les exactions de certains d’entre eux. Ce mois d’août a vu la liste des allégations d’abus sexuels en RCA s’étendre. Ce Conseil a pu exprimer son émotion et sa colère, et soutenir l’action résolue du Secrétaire général pour la mise en œuvre de la politique de tolérance zéro. Je veux vous assurer à nouveau de l’entière détermination de la France pour faire la lumière sur les allégations qui concernent les soldats français. Nous voulons apporter notre plein soutien à la MINUSCA et au Représentant spécial Parfait Onanga en ce moment douloureux, mais aussi crucial pour la transition politique en RCA.

Madame la Présidente,

Mon propos ne tracerait pas un tableau réaliste si je n’évoquais d’un mot les situations de tension, dont les populations civiles demeurent les premières victimes.

Il s’agit d’abord du Burundi qui est pris dans une spirale de violence depuis les élections. Il n’y a désormais qu’un seul impératif qui est celui de la reprise du dialogue. Or, celui-ci prend du retard au risque du pire et d’une contagion régionale. Revenons ici au rôle des organisations régionales dans la prévention et la gestion des crises, il sera essentiel : la Communauté est-africaine est en première ligne, mais elle doit être appuyée par l’Union africaine et les Nations-Unies. Immobilisme n’égale pas stabilité et nous devons tous collectivement et individuellement amener les parties à la recherche de l’apaisement et d’une solution consensuelle. Au Burundi, comme sur d’autres théâtres de crises politique et sécuritaire, le caractère inclusif du dialogue sera la clef de la solution.

L’appel que nous lançons s’applique de la même manière à la Guinée-Bissau. Le Conseil, ainsi que la Commission de la consolidation de la paix, a constaté un accroissement des tensions, lourdes d’hypothèques pour le pays et sa population, d’autant qu’elle pourrait remettre en cause les acquis substantiels enregistrés par le pays depuis 2012. L’unité de ce Conseil et de la communauté internationale adresse un message fort aux autorités bissau-guinéennes pour les enjoindre de préférer le dialogue à la confrontation, avec l’appui, là aussi, des organisations régionales et notamment de la CEDEAO.

Au Yémen, Stephen O’Brien est revenu de son déplacement avec un constat et des chiffres alarmants, très alarmants sur la situation humanitaire dans le pays. La France rappelle que la résolution 2216 demande à toutes les parties le plein respect du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme applicable. Nous réitérons notre appel à la mise en œuvre d’une pause humanitaire inconditionnelle, le cas échéant avec un mécanisme de surveillance, et à une reprise immédiate et sans préconditions d’un dialogue inter-yéménite véritablement inclusif sous l’égide de l’Envoyé Spécial.

Enfin, s’agissant de la Libye, ce Conseil a été suffisamment patient, et il est temps que le dialogue aboutisse dans un calendrier proche, avec la formation d’un gouvernement d’accord national. A défaut, la menace terroriste ne cessera de s’étendre et nous ne pourrons apporter une réponse durable aux défis migratoires qui touchent le pays. Nous apportons tout notre appui à l’envoyé spécial Bernardino Leon dans ce moment crucial, et nous nous tenons prêts à peser de tout notre poids pour dissuader ceux qui se montrent intransigeants et refusent de se joindre à un accord.

Madame la Présidente, chers collègues, nous n’oublions pas que ce mois-ci a été endeuillé par de terribles attentats et attaques terroristes qui ont frappé plusieurs pays, dont le vôtre du fait de Boko Haram. Mais aussi l’Arabie Saoudite du fait de Daech. La liste serait malheureusement trop longue. Notre détermination à lutter contre les fléaux du terrorisme et du radicalisme est entière. Plus que jamais l’unité du Conseil est nécessaire pour faire barrage aux fanatiques. Dans le prolongement de son débat ministériel le 27 mars dernier, la France organisera le 8 septembre prochain à Paris une conférence sur la préservation de la diversité et du pluralisme au Moyen-Orient. Nous sommes convaincus que nous ne pouvons protéger les populations de la violence ethnique et religieuse dont Daech a fait sa marque de fabrique, que si les Etats reposent sur une coexistence des communautés en leur sein.

A la veille de l’ouverture de la 70ème AGNU, nous constatons que les défis sont immenses, et que l’unité et la mobilisation de ce Conseil en faveur du maintien de la paix sont plus que jamais décisives. Ce mois d’août, grâce à vous Madame la Présidente, lance cette séquence sous le signe de la mobilisation et de l’espoir.

Et je voudrais conclure en remerciant de nouveau chaleureusement la Présidence nigériane, et en souhaitant bonne chance à la Russie qui peut bien sûr compter sur notre plein et entier soutien.

Je vous remercie.

Dernière modification : 04/08/2016

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