Consolidation de la paix au Libéria [en]

Réunion du Conseil de sécurité sur le Libéria – Renouvellement du mandat de la MINUL

Explication de vote de François Delattre,
Représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Vendredi 23 décembre 2016

Monsieur le Président,

La France s’est abstenue sur cette résolution.

Nous voulons saluer les progrès remarquables accomplis par le Libéria depuis la signature de l’accord de paix en 2003. Depuis six mois, les autorités libériennes assurent pleinement le maintien de la sécurité sur leur territoire. Je tiens à cet égard à saluer le leadership et la vision de la présidente Ellen Johnson-Sirleaf.

Après une longue période de maintien de la paix, le Libéria est entré dans une phase de consolidation de la paix. C’est pour cela que le Conseil de sécurité aujourd’hui reconnaît que la situation au Libéria ne représente plus une menace à la paix et à la sécurité internationales. Nous devons encore une fois féliciter les autorités libériennes et le peuple libérien pour cette réussite.

Pourtant, alors que le Conseil de sécurité reconnaît que la situation au Libéria ne représente plus une menace à la paix et à la sécurité internationales, le Conseil n’en tire malheureusement pas les conclusions.

I- Sur le fond, cette résolution pose deux problèmes importants :

1- Le premier, c’est que cette résolution entretient la culture de la dépendance du Libéria vis-à-vis des Casques bleus.

En renouvelant le mandat de la MINUL pour une durée de 15 mois, le Conseil de sécurité maintient paradoxalement la présence d’une force militaire de maintien de la paix au Libéria alors même qu’il reconnait encore une fois qu’il n’y a plus de menace à la paix et à la sécurité au Libéria. Le Conseil de sécurité risque ainsi d’entretenir une culture de la dépendance et d’empêcher le développement des capacités nationales libériennes.

La France a toujours souligné que le Conseil de sécurité devait prendre en compte la perspective de la troisième élection présidentielle au Libéria depuis la signature de l’accord de paix, qui se tiendra en octobre 2017. Nous avons rappelé que c’est précisément pour cela que le Conseil de sécurité, en juin de cette année dans sa Résolution 2295, a autorisé la force de réaction rapide, actuellement positionnée en Côte d’Ivoire et bientôt au Mali, à se déployer temporairement au Libéria si besoin. Prévoir un déploiement anticipé de cette force de réaction rapide en vue des élections de l’automne prochain, comme elle l’a fait avec succès en République centrafricaine au début de cette année, aurait été une formule adaptée aux besoins et aux circonstances. Mais nous n’avons pas été entendus.

Cette année, ce Conseil a constaté avec satisfaction le succès de l’opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire, dont il a acté le départ programmé et à présent imminent. Le Libéria représente une autre réussite du maintien de la paix des Nations Unies, que le Conseil de sécurité, selon nous, aurait dû reconnaître.

2- Le deuxième problème posé par cette résolution, c’est qu’elle gaspille des ressources précieuses pour le maintien de la paix

Depuis six mois, les militaires et policiers de la MINUL n’ont plus de missions à remplir. En maintenant artificiellement plus de 700 militaires et policiers ainsi que de nombreux hélicoptères de l’ONU au Libéria pour les 15 prochains mois, le Conseil de sécurité prive les Nations Unies de ressources précieuses pour répondre à de graves crises ailleurs, en particulier sur le continent africain.

Le Conseil de sécurité maintient ainsi 5 hélicoptères de l’ONU au Libéria, au moment même où les Casques bleus au Mali – qui opèrent dans l’opération de maintien de la paix la plus meurtrière au monde - manquent cruellement de moyens pour se protéger et réaliser des évacuations médicales.

II- Sur la méthode maintenant, nous ne pouvons que déplorer l’absence de réelle négociation entre les membres du Conseil.

Il n’a guère été tenu compte de nos propositions, ni de celles d’un grand nombre de nos partenaires.

Nous n’avons cessé de proposer des solutions qui permettaient de trouver un compromis entre les différentes positions. Conjointement avec d’autres Etats, nous avons formulé et présenté des solutions qui étaient très éloignées de notre position initiale. Nous nous sommes en particulier montrés ouverts sur le calendrier et les modalités de retrait de la MINUL. Mais nos propositions n’ont pas été sérieusement examinées.

Nous espérons que nous pourrons tirer collectivement les leçons de cet épisode et, nous tournant vers l’avenir, renforcer l’unité du Conseil de sécurité sur ce sujet essentiel.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 23/12/2016

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