Dans de nombreux pays, les femmes souffriront les premières du changement climatique (10/03/2015)

10 mars 2015 - 59ème Comité sur le Statut de la Femme (CSW59) - Événement « Femmes et enjeux climatiques » - Intervention de Mme Pascale Boistard, Secrétaire d’État aux droits des femmes



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Mesdames et Messieurs les membres de gouvernements
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs
Mesdames et Messieurs,

Je suis heureuse d’être parmi vous aujourd’hui pour aborder un sujet qui, à mon avis, n’est pas encore suffisamment pris en compte par les décideurs politiques.

La lutte contre le changement climatique est sur toutes les lèvres, et pourtant, le fait que celui-ci touche plus durement les femmes que les hommes n’est pas un phénomène pleinement intégré. Hors, de nombreuses études et données récentes ont prouvé que la recrudescence de catastrophes naturelles tend à exacerber les inégalités, qu’elles soient économiques, sociales ou juridiques.
La montée des inégalités entre les hommes et les femmes, est même plus sévère dans les pays en développement. Pourquoi ? Cela est dû à la nature des activités prises en charge par les femmes.

Le changement climatique est donc aussi un problème de développement humain. Il augmente la vulnérabilité et la précarité des populations pauvres. Et qui sont ces pauvres dans le reste du monde ? : à 70% , ce sont des femmes.
Dans de nombreux pays, ce sont les femmes qui vont chercher l’eau, ce sont les femmes qui vont chercher le bois pour chauffer le foyer. Et ce sont les femmes qui souffriront les premières du réchauffement de la planète. La température augmentant, elles devront aller plus loin ; passer plus de temps éloignées de leurs enfants pour leur fournir la nourriture dont ils ont besoin. Les effets de la sécheresse, de la désertification, et les fortes précipitations deviennent pour elles un lourd fardeau. Elles sont dépendantes de conditions climatiques plus dures.

Compte tenu du déséquilibre femmes-hommes en ce qui concerne l’éducation, les femmes voient leurs opportunités de choix et d’adaptation très limitées pour faire face à ces changements. La recrudescence de catastrophes naturelles ou la montée en température amèneront des déplacements contraints. Les femmes seront amenées à migrer. Souvent à pied, sur de longs trajets, pour s’établir là où la nature le permettra. Tout au long de cette route, elles seront susceptibles de subir des violences. Isolées, en transit, elles sont plus vulnérables. C’est une situation finalement qui peut rappeler, en certains aspects, celle des conflits.

Vous le voyez, à l’injustice climatique, s’ajoute l’injustice femmes-hommes. Parce qu’elles sont des femmes et parce que les discriminations sexuelles existent, elles sont plus susceptibles d’être pauvres. Et parce qu’elles sont des femmes, elles sont moins armées pour faire face au changement climatique. C’est la double injustice.
Pourtant, cette double injustice, c’est avec les femmes que nous pourrons la contrer. Les femmes ont un rôle vital. De par leur rôle social tel qu’il est aujourd’hui sur une grande partie du globe, les femmes entretiennent un lien particulier avec la nature. Dans les pays en développement, notamment, elles inventent des façons de s’adapter au changement du climat.

« Va prendre tes leçons dans la nature, c’est là qu’est notre futur » .Ces mots de Léonard de Vinci n’ont pas pris une ride. Et nous ferions bien de tous nous en inspirer. Femmes et hommes.

Les femmes possèdent des connaissances précieuses, une capacité à gérer les ressources naturelles et à utiliser les sources d’énergie. Elles sont des agents importants du changement. Elles peuvent contribuer à l’atténuation des effets des changements climatiques. Elles sont un levier de la mise en œuvre des politiques pour une gestion plus durable des ressources.
Pour qu’elles puissent pleinement jouer ce rôle, les femmes doivent pouvoir se former. Ainsi elles pourront mieux anticiper et s’adapter aux conséquences du changement climatique. Elles seront aussi plus à même de s’adapter dans un nouvel environnement ; ce qui sera essentiel si la montée des eaux ou la sécheresse oblige au déplacement.

Partout dans le monde et y compris en Europe, les femmes peuvent impulser une dynamique plus équitable. Les efforts pour combattre le changement climatique va générer des emplois dits verts. Il est essentiel de favoriser la mixité des emplois dans le secteur de l’énergie et plus particulièrement des énergies renouvelables. Aujourd’hui, les métiers liés aux énergies fossiles restent majoritairement détenus par des hommes .Dans les pays en développement, au contraire, ce sont les femmes qui sont en en général responsables de l’approvisionnement en énergie, majoritairement du bois. Dans certains secteurs comme le recyclage et la gestion des déchets, les femmes sont d’ailleurs souvent les plus mobilisées. Par ailleurs, je tiens à souligner que l’empreinte carbone des femmes est souvent réduite par rapport à celle des hommes en raison d’habitudes de consommation différentes. Elles sont plus sensibles aux choix de consommation éthiques, par exemple, et bien souvent leurs déplacements sont plus localisés.

Si on agit sur leur participation aux décisions et leurs capacités d’action, les femmes donc peuvent devenir catalyseurs de changements. Elles peuvent impulser une dynamique nouvelle. La prise en compte de la question de l’égalité constitue donc un facteur-clé pour comprendre les vulnérabilités au changement climatique.
Pour toutes ces raisons, nous devons prendre en compte le genre dans les négociations internationales sur le climat. Plus globalement, nous devrons aussi le faire dans les politiques et processus de développement soutenable.

L’année 2015 offre la possibilité de placer les enjeux liés au genre et climat au cœur des discussions et de l’action. Pékin+20, nouvel agenda international de développement pour l’après 2015, COP 21. Tant d’échéances à côté desquelles nous ne pouvons pas passer. Pourtant, comme dans beaucoup d’instances de décision, les femmes sont encore sous-représentées dans toutes les instances de négociation sur le climat. Tant au niveau national qu’au niveau international.

La France agit en faveur d’une diplomatie des droits des femmes. En tant que future présidente de la COP21, la France souhaite que la conférence climatique contribue à alimenter les réflexions. Pour prendre en compte la dimension égalité, il nous faudra :
— assurer la pleine participation des femmes, sur un pied d’égalité avec les hommes, à tous les niveaux de la prise de décisions sur les questions d’environnement ;
— faciliter et accroître la participation des femmes à la conception et la mise en œuvre de tous les aspects des politiques relatives aux changements climatiques, qu’elles soient décideurs, d’entrepreneure, planificatrices, évaluatrices, directrices, scientifiques, conseillères technique, militantes ou bénéficiaires,
— soutenir et démarginaliser les femmes des milieux ruraux qui participent à la production agricole. Ces femmes jouent un rôle fondamental dans la sécurité alimentaire. Nous devrons veiller à renforcer leur accès aux ressources sans oublier le contrôle de ces ressources, qu’elles ne possèdent pas aujourd’hui.
Mieux prendre en considération celles qui impulseront le changement est la condition pour développer une société durable.

C’est ce que font déjà de nombreuses associations féministes mais aussi généralistes. En France, plusieurs mouvements se sont emparés de cette question. Nous devons écouter cette expertise utile dans le processus qui se terminera en décembre à Paris.

Nous sommes très honorés d’avoir avec nous aujourd’hui l’une des plus ferventes avocates de la reconnaissance du rôle des femmes, dans le cadre de la convention pour le climat en cours de négociation, son excellence Mary ROBINSON, à qui je cède la parole.

Je vous remercie.

Dernière modification : 07/12/2016

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