Sans action résolue, la solution à deux Etats va disparaitre [en]

Situation au Moyen Orient - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de Sécurité - 15 septembre 2016

Monsieur le Président,

Monsieur le Ministre,

Je voudrais commencer en remerciant le Secrétaire général pour sa présence, pour son engagement et pour son intervention. Permettez-moi aussi de saluer l’action sur le terrain des Nations unies et du Coordonnateur spécial, Nikolay Mladenov, auquel je réitère le plein soutien de la France.

1/. Nous nous trouvons, à la veille du début du segment ministériel de la 71e session de l’Assemblée générale, en un moment propice aux bilans. Celui de l’année qui vient de s’écouler suscite un constat sans appel : Ce à quoi nous assistons est bien la marginalisation inexorable de la solution à deux Etats - une solution qui, soyons lucides, se trouve aujourd’hui menacée.

2/. La colonisation israélienne constitue l’une des principales menaces à la mise en œuvre d’une solution à deux Etats. L’entreprise de colonisation mine, en morcelant son futur territoire, la perspective d’un Etat palestinien. Cette politique de colonisation se décline à travers notamment l’annexion de fait de la zone C, les transferts de populations, les entraves à la circulation ainsi que les destructions d’habitations et d’infrastructures humanitaires pour les Palestiniens.

La radicalisation des opinions publiques, les actes de violence, les incitations à la violence et le terrorisme minent gravement, eux aussi, la perspective de voir coexister deux Etats, un Etat d’Israël et un Etat de Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité. Des progrès dans la réconciliation palestinienne sont également indispensables et urgents.

3/. Après deux années d’interruption des négociations, la France plaide vigoureusement pour la nécessité d’un accompagnement international renouvelé au processus de paix et à la sauvegarde de la solution des deux Etats. Il nous faut agir collectivement pour replacer ce conflit au cœur de nos priorités et sortir de l’impasse actuelle. Une impasse qui affaiblit l’Autorité palestinienne, hypothèque la sécurité des Israéliens et nourrit la radicalisation des opinions publiques, dans la région et au-delà.

C’est dans ce contexte que la France a présenté aux parties et à ses principaux partenaires une initiative visant à recréer une mobilisation politique collective en faveur du processus de paix.

4/. Notre approche se veut à la fois progressive et collective.

- Progressive, car nous savons tous que les conditions d’une relance immédiate des négociations n’existent pas aujourd’hui. Il est de la responsabilité de la communauté internationale d’engager les parties de revenir à la table des discussions, en recréant, autour d’elles, un climat favorable et un agenda positif, avec une batterie d’incitations en ce sens. C’est bien le coeur de notre initiative.

- Approche collective aussi, parce que nous veillons à articuler notre initiative, à chaque étape, avec les efforts existants, notamment ceux du Quartet et de nos partenaires arabes. En outre, la France a toujours souhaité que le Conseil de sécurité joue, le moment venu, un rôle clef pour accompagner et conforter le processus de négociation.

5/. La conférence ministérielle qui s’est tenue à Paris le 3 juin dernier a marqué une étape décisive. Elle a permis en effet de poser un premier jalon : la communauté internationale a pu confirmer son attachement à la solution des deux Etats, et marquer sa détermination à s’engager collectivement pour recréer les conditions d’une relance des négociations de paix.

La France organisera le 19 septembre prochain à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, une réunion de travail au niveau des hauts fonctionnaires, afin d’effectuer un premier point d’étape sur les travaux engagés, et d’identifier les mesures qui permettront de préserver la solution à deux Etats et de faire progresser les conditions d’une reprise du processus de paix. Il va de soi que nous continuerons à impliquer les parties et à les informer de nos travaux dans la plus grande transparence, comme nous l’avons fait à toutes les étapes du processus.

6/. Si nous ne menons pas une action résolue, la solution à deux Etats va disparaitre, laissant peu à peu la place à une situation de fait accompli, qui ne garantira jamais un règlement juste et pérenne du conflit, et continuera de peser sur les équilibres de la région. La France continuera donc de ne ménager aucun effort pour empêcher cette dérive et recréer une dynamique politique fondée sur la solution à deux Etats.

Mes chers amis, nous ne baisserons jamais les bras et continuerons de travailler d’arrache-pied en ce sens avec l’ensemble de nos partenaires.

Je vous remercie.

Dernière modification : 15/09/2016

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