L’Accord de Paris, une avancée pour soutenir le Sahel dans la lutte contre la sécheresse

Evènement sur le thème : « Solutions pour le développement durable et la sécurité alimentaire dans les zones arides en Afrique » – Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies – 26 septembre 2016

Chers amis,

Merci à Sibylle Eschapasse d’avoir accepté de modérer cette discussion importante, importante compte tenu des enjeux dont nous allons parler, importante et méritoire aussi pour chacune et chacun d’entre vous car nous sortons des deux semaines du segment de haut niveau de l’Assemblée générale et ceux qui sont rassemblés ici le sont parce qu’ils ont une vraie conviction, une vraie foi dans le développement du Sahel. Je voudrais donc saluer chaleureusement chacune et chacun d’entre vous, avec un mot particulier pour David Mehdi Haman qui est le Chef du bureau du Conseiller spécial pour l’Afrique de l’ONU, avec qui nous avons une relation de partenariat très proche, et que j’ai hâte d’écouter. Et puis un salut chaleureux, amical doublé d’un vrai coup de chapeau à SOS Sahel et son directeur exécutif Rémi Hémeryck. Sybille Echapasse a rappelé certains éléments de votre parcours et très franchement il suscite l’admiration. Vous êtes à l’origine de cet événement important et votre organisation particulièrement dynamique depuis 40 ans œuvre avec beaucoup de détermination, beaucoup de courage aussi, pour répondre au grand défi de la sécurité alimentaire et nutritionnelle dans 11 pays de la bande sahélienne, du Sénégal à Djibouti. C’est l’un des plus grands enjeux de notre temps.

Un mot aussi tout particulier pour le directeur général de NEXIRA, M. Mathieu Dondain. Merci beaucoup d’être avec nous aujourd’hui. Vous nous expliquerez combien, en tant que leader mondial sur la gomme d’acacia, vous avez un rôle tout particulier à la fois pour votre entreprise qui est une très belle success story mais aussi pour nous parler de l’engagement du secteur privé pour le développement du Sahel.

Quelques remarques brèves de mon côté.

D’abord, quand on regarde la situation au Sahel, qui est une priorité de tout premier plan pour la France, priorité que la France s’efforce de partager et de faire partager par toutes les grandes organisations internationales et par tous nos partenaires, on est frappé par les deux faces de la même médaille. On a d’un côté une région prometteuse, dynamique, une terre d’avenir, même si l’expression est un peu galvaudée. Et de l’autre, dans le même temps, une zone exceptionnellement fragile, qui concentre à bien des égards toutes les vulnérabilités et toutes les menaces.

Cette force et cette faiblesse vont de pair. Et au cœur de ce défi il y a l’explosion démographique du Sahel : 85 millions d’habitants en 2015, plus de 200 millions en 2050, donc une immense chance et un immense défi. Une population jeune, en forte croissance, de plus en plus instruite, ce qui est un élément capital. C’est une chance pour la croissance et la prospérité de chacun ; mais à condition bien-sûr que cette population ait des perspectives d’avenir. Sinon la promesse se transformera en tragédie, allant de la misère à l’exode forcé, en passant par l’instabilité mais aussi la tentation de l’extrémisme ou des extrémismes.

Les problèmes du Sahel sont d’une très grande complexité. Tous ceux qui s’y frottent ne peuvent que le constater ; il y a naturellement des situations de crise qui appellent des réactions d’urgence ; mais il n’y a pas de solution simple, immédiate, parcellaire à des défis de long terme de cette envergure. Donc toute bonne approche du Sahel est une approche de long terme.

Nous savons que l’insécurité alimentaire est liée à la dégradation des terres, elle-même aggravée par le réchauffement climatique. L’impact du changement climatique sur les ressources en eau disponibles pour la production agricole accentue également en retour les conflits autour du contrôle de ces ressources naturelles et donc la vulnérabilité de la région. Tout se tient. Dans ce cadre, l’une des priorités est de renforcer la résilience des populations les plus pauvres et de soutenir l’adaptation des pays les plus vulnérables au changement climatique.

De ce point de vue, force est de reconnaitre que l’Accord de Paris sur le climat, qui pour la première fois met la question de l’adaptation au même rang que celle de la réduction des émissions, marque à bien des égards une révolution, en tout cas une avancée très notable et très importante pour notre discussion d’aujourd’hui.

L’Agenda 2030 et de l’Accord de Paris fixent le cap. Maintenant le grand défi de nos générations est leur mise en œuvre, surtout dans une zone de grande vulnérabilité telle que le Sahel. La mise en œuvre de ces deux pôles, agenda 2030 et Accord de Paris, peut changer la donne, changer l’équation au Sahel, si nous savons, encore une fois, avancer avec détermination, de manière collective et avec une vision à long terme.

Dans le même sens, les initiatives régionales bien coordonnées qui s’inscrivent dans cette stratégie d’ensemble, comme la Grande Muraille Verte pour le Sahara et le Sahel, sont plus que jamais nécessaires.

Enfin, à un niveau plus technique, la gestion durable des terres passe par une agriculture moderne, respectueuse de l’environnement, peu consommatrice en ressources naturelles et adaptée aux besoins du Sahel, avec un équilibre entre pasteurs et agriculteurs, équilibre qui est au cœur de la fabrique des sociétés en question. L’agroécologie en est un bon exemple. Une bonne gestion des sols c’est à la fois une source de revenus supplémentaires et en même temps un instrument bon marché d’atténuation des émissions de gaz à effet de serre via la séquestration du carbone dans les sols.

En tout état de cause, et ce sera mon dernier point, je vous confirme l’engagement de premier plan de mon pays pour lequel le développement du Sahel est une très haute priorité, elle l’a toujours été et le sera toujours, le plein soutien aussi de mon pays à votre action afin de répondre au défi que j’évoquais.

Si vous vous le rappelez, la sécurité alimentaire était une des trois priorités de la présidence française du G20 en 2011. L’agriculture durable était aussi un élément important de la négociation de l’Accord de Paris afin de mettre en place des mesures pour garantir le développement d’une agriculture respectueuse de l’environnement et des ressources naturelles disponibles. Dans ce cadre, nous avons particulièrement veillé à soutenir l’agriculture familiale durable, c’est-à-dire l’aide aux fermiers locaux, qui constituent 80% de la population agricole mondiale.

Le Président de la République François Hollande a confirmé, lors du sommet des chefs d’Etat africains qu’il a organisé pendant la COP21 et auquel j’ai eu l’honneur de participer, son engagement à mobiliser dans la durée les bailleurs de fonds et l’ensemble de la communauté internationale sur ce qui est l’une des grandes priorités d’Afrique : la grande muraille verte. Mardi dernier encore, à la tribune des Nations unies, le Président Hollande rappelait l’importance que la France attache au développement de l’Afrique. Dans ce cadre, les enjeux relatifs à l’agriculture et à la malnutrition sont au cœur de nos priorités et de nos engagements, et encore une fois la France se tient, aujourd’hui plus que jamais, avec ses forces mais aussi sa capacité de mobilisation des grandes organisations internationales, aux côtés des peuples du Sahel pour relever l’immense défi de la sécurité alimentaire. Et je voudrais pour conclure rendre un grand coup de chapeau Monsieur le directeur à votre action, à celle de vos équipes, à celle de SOS Sahel, qui est pour nous tous une source d’admiration mais aussi d’inspiration.

Je vous remercie.

Dernière modification : 26/09/2016

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