Faire avancer l’égalité femmes-hommes exige une grande énergie politique

Commission de la Condition de la Femme - Intervention de Laurence Rossignol, Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes - 14 mars 2016

Merci Monsieur le Président,

La question qu’on se pose tous dans nos responsabilités c’est : « Peut-on garantir l’égalité réelle ente les femmes et les hommes par la loi ? » La réponse est non. Mais « Peut-on garantir l’égalité réelle entre les femmes et les hommes sans la loi ? » La réponse est encore non. Ce qui nous a obligé tous à conduire des stratégies complémentaires.

La France a inscrit l’égalité femme-homme dans sa Constitution il y a quinze ans et elle a instauré la parité dans toutes les élections qui se déroulent au scrutin de liste. Elle a introduit des pénalités pour les partis politiques qui ne présentent pas suffisamment de femmes dans les élections uninominales. L’égalité professionnelle est également inscrite dans la loi : les discriminations fondées sur le sexe sont prohibées par le Code pénal, les entreprises peuvent être sanctionnées également si elles n’ont pas de plan d’égalité.
Nous avons installé depuis 2013 un Haut Conseil à l’égalité qui est une instance indépendante auprès du Premier ministre qui observe l’état des rapports entre les femmes et les hommes, les inégalités et fait des préconisations au gouvernement. Nous avons des lois aussi qui régulièrement améliorent le droit et l’accès à la contraception et à l’avortement.

Nous avons donc un socle juridique très robuste et les droits des femmes progressent en France mais pas assez vite : 20% encore d’écarts de salaires, 20% de familles mono-parentales de mères qui élèvent seules des enfants et sont aujourd’hui dans des situations de pauvreté spécifiques, 80% des tâches domestiques toujours faites par les femmes alors qu’elles sont très nombreuses à travailler en France. Donc la loi se confronte maintenant à la lenteur de l’évolution des mentalités. Et le sexisme, le harcèlement sexuel, les stéréotypes dans l’éducation des filles sont d’autant de représentations qui réduisent les effets de la loi. Chaque dérogation, chaque concession que font les femmes aux règles prévues dans les lois se payent très chères.

Je dois dire en conclusion que l’égalité femme-homme exige un cadre normatif extrêmement ambitieux, extrêmement stricte mais qu’elle exige également une énergie politique incomparable avec celle qui est requise par nos autres collègues qui conduisent d’autres politiques publiques car nous sommes les seuls, nous ministres des droits des femmes, à devoir aller ainsi emporter, conduire le pays dans des évolutions qui font écho à des traditions séculaires.

Et, aujourd’hui faire avancer l’égalité entre les femmes et les hommes exige une énergie politique très grande, des campagnes quasi-quotidiennes, une très grande vigilance et une forte intransigeance – pardonnez-moi du mot – des ministres chargés de l’égalité femme-homme, ainsi qu’un haut niveau d’exigences à l’égard des autres ministres pour que les politiques d’égalité soient portées par chacun des ministres dans leur domaine : nous sommes probablement les seuls ministres qui devons à la fois porter nos propres politiques et porter les politiques de tous les autres gouvernements dans lesquels nous agissons.

Nous avançons mais collectivement par encore assez vite.

Dernière modification : 15/03/2016

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