Il faut protéger la jeunesse des manipulations des extrémistes - 23 avril 2015 [en]

Le rôle de la jeunesse dans la lutte contre l’extrémisme violent et pour la promotion de la paix - Intervention de M. Patrick Kanner, ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports - Conseil de sécurité - 23 avril 2015

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Votre Altesse royale Président du Conseil de sécurité,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,

A l’heure où la France vient probablement d’échapper à un nouvel attentat meurtrier, cette fois visant des églises, visant la religion chrétienne, je tiens à remercier vivement la présidence jordanienne du Conseil de sécurité pour l’organisation de ce débat. Je suis convaincu que la jeunesse devrait prendre plus de place dans nos échanges. Et je ne doute pas que le Prince héritier de Jordanie partage mon sentiment comme il vient de l’exprimer.

La France est un vieux pays mais sa population est jeune. Nous avons la fécondité la plus forte d’Europe.
Cette démographie est notre force. Elle engage notre responsabilité.
La responsabilité de donner à la jeunesse des perspectives, un sens à sa vie, et peut-être plus encore, un sens à la vie.
Car l’idéologie qui menace aujourd’hui le monde est une idéologie morbide. Elle veut réprimer nos désirs, condamner nos joies, éteindre notre énergie vitale.

La communauté internationale a été saisie par l’horreur du massacre de Garissa au cours duquel 148 kenyans ont été tués en raison de leur foi.
N’oublions pas les meurtres commis à l’encontre des chrétiens d’Orient. N’oublions pas le calvaire des 276 lycéennes nigérianes de Chibok, kidnappées il y a un an par Boko Haram. Les extrémistes haïssent l’altérité que représentent les femmes. N’oublions pas non plus les exactions commises contre les jeunes et les enfants par Daech en Irak et en Syrie, ni le martyr de la jeunesse syrienne par le régime de Bachar al Assad.

La jeunesse est du côté de la vie. Elle devrait être, à ce titre, sans doute le meilleur rempart contre l’obscurantisme.

Il faut à la fois s’appuyer sur cette jeunesse et la protéger contre les manipulations orchestrées par les extrémistes. Ces derniers sont extrêmement actifs sur les réseaux sociaux et relaient les théories du complot qui sapent l’autorité des institutions. Ils se nourrissent du désarroi des jeunes.

Des filles, des garçons, âgés parfois de 13 ou 14 ans, se sont ainsi vus embrigadés dans de nombreux pays, y compris le mien.
En France, on parle de quelques centaines de jeunes, peut-être plus. C’est très peu, mais c’est beaucoup trop. S’il n’y en avait qu’un, ce serait encore un de trop.

Alors ma mission est de démontrer à chaque jeune de France que la République reste pleinement d’actualité, qu’elle est toujours notre avenir et notre idéal.
Je dois convaincre mes jeunes concitoyens que c’est dans la République et donc dans la liberté, dans l’égalité et dans la fraternité, qu’ils trouveront les meilleures conditions de leur épanouissement et de leur bonheur.

Monsieur le Président, Votre altesse royale,

L’initiative jordanienne a raison de nous rappeler que la lutte contre l’extrémisme ne peut pas être seulement militaire.
Elle constitue un combat politique et moral plus large, dans lequel l’ensemble de la société a un rôle à jouer.

C’est pourquoi la France, après les attentats terribles de janvier qui l’ont frappée, qui l’ont meurtrie, a décidé d’engager une mobilisation nationale pour les valeurs républicaines. C’est aussi dans cet esprit que le Premier ministre Manuel Valls vient d’annoncer un grand plan national de lutte contre le racisme et l’antisémitisme, qui met un accent particulier sur la jeunesse.

Dès l’école, nous voulons, à travers des enseignements spécifiques, mettre l’accent sur les notions de citoyenneté et de laïcité, ce modèle français d’équilibre des libertés fondamentales, qui a permis l’exercice apaisé de la liberté de religion, de toutes les religions, et les conditions du vivre ensemble, depuis sa consécration il y a 110 ans cette année.

Mesdames et Messieurs,

La laïcité n’est pas une opinion. C’est la liberté d’en avoir une.

Il est essentiel que chaque enfant comprenne les fondements de notre organisation collective, ce qui fait que nous sommes une nation, et au-delà, que nous appartenons à la même communauté humaine.
Il faut qu’ils comprennent que ce n’est pas juste un état de fait, mais une volonté et une responsabilité.

L’école est une institution centrale en France. Mais d’autres acteurs sont mobilisés avec ce même objectif. Les associations ont vu leurs crédits considérablement augmentés pour faire ce même travail d’éducation à la citoyenneté dans les quartiers où la désespérance est la plus grande.

L’Etat et les associations portent ce discours républicain sur internet.
Nous menons des campagnes de contre-offensive aux argumentaires de nos adversaires, pour ne pas laisser se propager les théories les plus absurdes et les plus dangereuses.

Nous développons à grande échelle des dispositifs d’engagement citoyen, tels que le service civique. Pendant 6 à 12 mois, les jeunes français qui le veulent sont indemnisés pour effectuer une mission d’intérêt général au sein d’une association ou d’une administration. Ainsi, 150 000 jeunes français seront concernés par ce dispositif d’ici fin 2016.

Nous voulons maintenant développer ce dispositif à l’international. Les meilleurs ambassadeurs des valeurs humanistes auprès des jeunes, ce sont les jeunes eux-mêmes. Je salue à cet égard le travail remarquable de l’UNICEF et de ses comités nationaux – notamment UNICEF France, qui, grâce à son programme des Jeunes ambassadeurs, fait des jeunes de véritables citoyens du monde, porteurs d’un message de solidarité et d’humanité.

Enfin, nous n’abandonnons pas ceux qui se sont fourvoyés. Chacun a en soi la capacité de prendre conscience de ses erreurs et de s’amender sincèrement. Aux jeunes adultes radicalisés qui reviennent de zones de combat, nous voulons montrer leur terrible erreur, et leur donner la possibilité de se réinsérer dans leur pays, selon les valeurs de ce pays.

Mesdames et Messieurs,

La France sait que sa réponse ne saurait se cantonner au simple niveau national.

Nous agissons aux côtés de nos partenaires européens. Mon pays a pris l’initiative par exemple de réunir à Paris le 17 mars dernier les Ministres de l’Education des 28 Etats membres de l’Union européenne.

Une meilleure coordination est nécessaire dans la lutte contre la propagande et le recrutement terroriste sur Internet en pesant collectivement sur les opérateurs, en harmonisant nos législations en matière de retrait des contenus illégaux, et en adaptant au fonctionnement de l’information mondialisée le cadre juridique de la coopération internationale.

Ce combat contre l’extrémisme violent, ce combat et pour redonner espoir à la jeunesse, nous voulons également le mener aux Nations unies, Monsieur le Secrétaire général, Monsieur le président, cadre privilégié du multilatéralisme.
La stratégie de lutte antiterroriste définie par l’ONU conserve plus que jamais sa pertinence et le programme mondial d’action pour la jeunesse doit sans doute prendre un nouvel essor.
Nous en fêterons les 20 ans le mois prochain. 20 ans, c’est un bel âge pour s’engager.
Il est primordial que cet anniversaire ne soit pas une simple formalité, mais l’occasion pour les Etats membre de montrer à la jeunesse mondiale que nous croyons en elle.

Je vous remercie pour votre attention.

Dernière modification : 20/06/2016

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