Il faut favoriser la capacité de la police ONU pour une meilleure protection de la population [en]

Rôle de la police des Nations unies dans les Opérations de maintien de la paix -
Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 10 novembre 2016

Merci Monsieur le Président,

Je voudrais commencer par remercier le Sénégal pour avoir organisé le débat d’aujourd’hui sur le rôle de la police. Je remercie également Monsieur Hervé Ladsous et les chefs des composantes de police qui sont présents parmi nous aujourd’hui, je les remercie pour leurs exposés.

Monsieur le Président,

Je voudrais d’abord m’inscrire dans la démarche générale d’amélioration des performances de la police onusienne. L’organisation en juin 2016 du premier sommet organisé par l’ONU des grands commandants de la Police a marqué une étape importante dans cette direction, de même que la remise en mai de cette année des conclusions de la revue externe sur les fonctions, la structure et les capacités de la Division Police de l’ONU. Nous devons tous favoriser la capacité de la police des Nations unies à assurer une meilleure protection de la population et l’amélioration des performances des personnels déployés dans les missions. Dans cet esprit, je voudrais me concentrer sur trois priorités qui me semblent majeures :

D’abord, la formation qui demeure la condition sine qua non de l’amélioration sur le long terme des capacités de la Police. Cela commence lors de la génération de forces avec l’envoi de policiers individuels et d’unités constituées qui soient sélectionnés et bien formés, y compris sur le plan linguistique, sur lequel je reviendrai. Ensuite, le soutien de la police onusienne à la reconstruction des capacités de la police des pays hôtes demeure indispensable par le partage de bonne pratique et par l’aide à la mise en place dans les pays hôtes d’une chaine pénale complète qui comprend la police, la justice et l’administration pénitentiaire.

Deuxièmement, la capacité à évaluer sereinement l’efficacité de la police est une condition essentielle de sa meilleure performance. Cela doit nous pousser à prendre en compte le retour d’expérience à tous les niveaux. Il faut également évaluer la bonne coordination de la composante police avec les autres composantes de l’opération de paix, comme la composante militaire ou la division droits de l’Homme, afin de favoriser son inscription dans la stratégie globale de l’opération. Je sais que le Département des opérations de maintien de la Paix et la division police travaillent sur cette question de l’évaluation et nous attendons avec beaucoup d’intérêt le résultat de ces travaux.

Troisièmement, le développement des activités de police de proximité au sein des Opérations de maintien de la paix doit permettre de favoriser la stabilité sur le long terme. Au sein des OMP, la police peut aider à rebâtir progressivement la confiance entre les populations et les institutions de l’Etat, en mettant les criminels hors d’état de nuire. Pour cela bien sûr, les détachements de police ne peuvent pas s’imposer de réserves d’emploi, ils doivent constituer une police redevable à la communauté qu’elle sert. Par ces actions de police de proximité, la composante police des opérations de paix développe naturellement des liens étroits avec les forces de police et de gendarmerie locales. Cette coopération peut prendre des formes variées, comme les actions de mentorat, ou des patrouilles mixtes et elle s’avère donc essentielle pour le renforcement des capacités nationales.

Monsieur le Président,

Permettez-moi maintenant de m’arrêter sur trois aspects qui ont été abordés lors des interventions de ce matin des chefs de Police :

Le premier, c’est une évidence, c’est l’enjeu linguistique : pour être efficaces, les forces de police doivent être en capacité de s’insérer dans les communautés locales, notamment dans le cadre des missions de protection des civils. Il est donc essentiel de déployer des policiers et des gendarmes qui parlent la langue, qui connaissent la culture du pays hôte pour favoriser, pour faciliter, pour fluidifier les relations avec la population. La conférence de Paris sur le maintien de la paix en environnement francophone au mois d’octobre a identifié les approches à adopter dans le domaine de la formation. Et la France, bien évidemment, participe à ces efforts de formation s’agissant de la langue française, à travers les actions de formation de policiers. Je voudrais donc sur ce sujet poser une question à chacun des chefs de composante de police présents ici puisque les actions qu’entreprennent les opérations de maintien de la paix, de renforcement des capacités du pays-hôtes sont bien sûr essentielles pour la stabilité à long terme du pays, mais le contact au quotidien avec les forces locales comme avec la population nécessite la maîtrise de la langue du pays. Donc est-ce que chacun d’entre vous, qu’il s’agisse de la MINUSMA, de la MINUSTAH mais aussi de la MINUSS ou de la MINUAD, pourrait nous éclairer sur les défis que rencontrent vos policiers sur la question de la langue ? Quelles sont selon vous les mesures à mettre en œuvre pour faire face à ces défis, que ce soit au moment de la génération de force, de la formation ou dans le déroulement de la mission elle-même ?

J’en viens maintenant au second enjeu qui est celui du genre : nous soutenons les efforts visant à déployer davantage de femmes policières. Elles peuvent grandement contribuer à la performance des composantes policières, notamment en favorisant une meilleure interaction avec les populations vulnérables et avec les victimes de violations des droits de l’Homme et en participant aux enquêtes sur certains types de violences, notamment les violences sexuelles. Nous devons lutter contre les abus et les exploitations sexuelles en garantissant à tous une égalité de traitement devant la loi. Protéger les victimes, identifier et punir les auteurs de ces faits, tout cela implique d’améliorer la communication entre d’une part les agences et les organisations de l’ONU et d’autre part les autorités civiles, militaires et judiciaires des pays engagés dans ces opérations de maintien de la paix.

Troisième et dernier enjeu, qui me semble aujourd’hui central, est celui de l’emploi des technologies modernes par les composantes de police. Cela concerne aussi bien les activités de police générale que les activités de recherche de la preuve, par exemple. Ceci passe par un équipement adéquat des policiers au sein de l’opération de paix. Cela implique également une meilleure coopération avec les organismes internationaux, l’accès aux bases de données, ou encore l’introduction des techniques modernes d’enquêtes. Toutes ces mesures permettent à la force d’être plus à même de protéger la population et de prévenir et réprimer les violations des droits de l’Homme.

Je vous remercie.

Dernière modification : 11/11/2016

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