Il faut une pleine participation des femmes dans les processus de paix en Afrique [en]

Le rôle des femmes dans la prévention et la résolution des conflits en Afrique - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 28 mars 2016

Madame la Présidente,
Madame la Directrice exécutive,
Madame Paleki Ayang,

A travers vous, Madame la Ministre, la France remercie chaleureusement la présidence angolaise pour l’organisation de cet important débat ouvert qui permet au Conseil de sécurité, dans le cadre de son action sur la prévention et la résolution des conflits, de continuer à valoriser et promouvoir le rôle crucial des femmes sur ces questions. Je remercie également tous les intervenants pour leurs présentations précises et éclairantes sur l’évolution du rôle des femmes, je dirais même du pouvoir réel et potentiel qu’elles ont dans le règlement des conflits en Afrique.

J’ai entendu les chiffres et les données présentés par la Directrice exécutive d’ONU Femmes, et le message est clair : l’implication des femmes sur ces questions est cruciale pour la réalisation d’une paix durable. La reconnaissance croissante de ce fait est une tendance lourde pour notre organisation, un mouvement profond au service duquel la France est résolument engagée.

Nos efforts doivent donc porter sur les moyens de mettre en œuvre concrètement ce principe : quels outils pour non seulement renforcer, mais aussi garantir une participation active des femmes dans la prévention et la résolution des conflits ? Comment s’assurer que toutes les résolutions pertinentes du Conseil, de la 1325 à la 2242, sont pleinement et effectivement mises en œuvre ?

Je vais tenter de répondre à ces questions en insistant sur trois points aujourd’hui.

Tout d’abord, le pouvoir décisionnel des femmes dans les processus de paix doit être renforcé en facilitant la participation de la société civile.

Je le rappelle ici à tous : la société civile représente une force de proposition indispensable à toute dynamique démocratique et donc à chaque processus de stabilisation post-conflit. C’est encore une équation simple : sans société civile, manque l’inclusivité, et sans cela pas de paix durable. Il est donc indispensable que les gouvernements ouvrent les portes aux organisations qui représentent les femmes, s’ils souhaitent construire les bases d’un développement durable. Et nous sommes convaincus que dans la lutte contre le réchauffement climatique, les femmes ont vocation à jouer un rôle déterminant.

Lors du déplacement du Conseil au Mali, nous avons constaté la richesse et le dynamisme de la société civile malienne. Ecoutons-la, car elle a bien sûr son mot à dire sur le processus de paix en cours. Son expertise et son analyse peuvent servir de guide précieux à la mise en œuvre du second Plan d’action national « Femmes, paix et sécurité » au Mali, qui vise à associer les femmes au processus de paix. L’appui apporté en ce sens par ONU Femmes et par la MINUSMA est essentiel.

Sur un plan régional, la France encourage aussi l’Union africaine à poursuivre ses efforts pour accorder plus de place aux femmes à travers son programme « Genre, Paix et Sécurité », porté avec force par l’Envoyée spéciale de l’Union africaine sur ces questions, Mme Bineta Diop.

La France appelle ainsi à une participation pleine et entière des femmes dans tous les processus et dialogues de paix en Afrique, en cours ou à venir. Ce qui vaut pour le Mali vaut aussi pour le Burundi, les Grands Lacs, au Sahel. C’est une vraie priorité.

Enfin, sur un plan national aussi, la France travaille étroitement avec la société civile : lors de la 60ème Commission de la condition de la femme qui s’est clôturée il y a quelques jours, Mme Laurence Rossignol, Ministre des Familles, de l’Enfance et du Droit des Femmes de la France, a intégré dans sa délégation une vingtaine d’organisations représentant les femmes. En France, la société civile fait partie intégrante de la diplomatie des droits des femmes.

Deuxièmement, le rôle des femmes dans la prévention et la résolution des conflits doit être accru dans le cadre de nos stratégies de lutte contre l’extrémisme violent et contre le terrorisme.

Le continent africain a été touché de façon tragique et répétée par les récentes attaques au Mali, en Côte d’Ivoire et au Burkina Faso, ainsi que par les actions meurtrières constantes de Boko Haram au Nigeria et d’Al Shebab en Somalie, en particulier. Nous le savons, les femmes sont victimes de violences quotidiennes intolérables et qui heurtent la conscience humaine. Les groupes terroristes les désignent comme cibles, les asservissent, les réduisent en objets sexuels vendus sur la place publique ou en ligne. Les femmes sont les objets d’une économie parallèle, victimes de la traite des êtres humains à des fins d’exploitation sexuelle et leur commerce finance les activités des groupes terroristes.

C’est la condition même, et les droits des femmes, qui sont ainsi niés. Il faut avant tout donner aux femmes les moyens d’inverser cette logique de contrôle : pour pouvoir décider de leurs corps, de leur vie et de la société dans laquelle elles vivent, les femmes doivent avoir un accès, y compris dans les situations de conflits en Afrique, aux droits et aux services de santé sexuelle et reproductive, à l’éducation et aux ressources économiques.
Les femmes ne sont pas que des victimes des groupes terroristes, elles ont des rôles multiples, et je suis convaincu que l’agenda « Femmes, paix et sécurité » doit être pleinement intégré aux stratégies de lutte contre le terrorisme. La lutte contre le terrorisme et contre l’extrémisme violent est une charge commune et, pour être efficace, aucun acteur ne doit être négligé. Les femmes sont partie intégrante de cette lutte contre le terrorisme et il est essentiel de leur en donner les moyens.

Enfin, troisièmement, nous devons redoubler d’efforts pour réinsérer dans la société les femmes associées aux groupes armés.

Les femmes qui ont subi les violences de conflits restent souvent marquées par une violence post-conflit durable : elles portent le stigma de la violence sexuelle. Elles devront affronter, si elles ont la chance d’être libérées des groupes armés, le retour dans la société et dans leur communauté d’origine.

Or, ce retour est souvent également violent : rejet des maris, de la famille, du marché du travail. C’est pourquoi il est crucial que les femmes libérées des groupes armés puissent bénéficier, au même titre que les hommes soldats ou rebelles, des programmes de Démobilisation, Désarmement et Réinsertion. De la même manière, il est nécessaire que les Réformes du Secteur de Sécurité mises en place dans les situations de post-crise prennent en compte les femmes et les questions de genre.

Sans cette réinsertion appropriée, les femmes resteront marginalisées et représenteront une faille significative des sociétés en reconstruction.

Il est donc temps que les programmes de DDR et de SSR se féminisent.

C’est la raison pour laquelle la France, dans le cadre de son Plan d’action national « Femmes, paix et sécurité » couvrant la période 2015-2018, contribue à plusieurs programmes en Afrique, consacrés entre autres à la cohésion sociale, l’éducation, l’accès à la justice des femmes dans les situations post-conflit sur le continent.

Madame la Présidente,

L’avenir de l’Afrique est dans les mains de sa population et de sa population féminine en particulier. Si elle est aujourd’hui victime de conflits qui ravagent le continent, il appartient aux Nations Unies de lui donner les outils d’être les acteurs de la paix de demain. Vous pouvez compter sur la mobilisation pleine et entière de la France pour accompagner en ce sens les femmes dans les situations de conflits en Afrique.

Je vous remercie.

Dernière modification : 28/03/2016

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