Présentation du programme de travail du Conseil

3 mars 2015 - Conférence de presse de M. François Delattre, président du Conseil de sécurité, pour l’ouverture de la présidence française du Conseil de sécurité

Présidence française du Conseil de sécurité - PNG

Bonjour à tous,

Vous avez déjà vu notre programme de travail tel qu’il a été adopté ce matin par le Conseil. Je propose donc de me concentrer sur nos grandes priorités du mois, avant de prendre bien sur vos questions.

La première priorité du Conseil pendant notre présidence sera sa visite en Afrique, la semaine prochaine. Le Conseil de sécurité se rendra en effet en Afrique du 9 au 13 mars. Notre objectif central pour cette visite est de réaffirmer l’attachement et l’attention soutenue que nous portons aux transitions politiques et au maintien de la paix en Afrique. Le Conseil de sécurité fera étape successivement en République centrafricaine, à Addis Abeba (en Ethiopie), puis au Burundi.

Prenons les étapes, si vous le voulez, l’une après l’autre. D’abord, la République centrafricaine. Il s’agira de la toute première visite du Conseil de sécurité en République centrafricaine depuis le début de la crise. Le Conseil manifestera ainsi son soutien aux autorités de transition et à la MINUSCA, qui sera bientôt pleinement déployée sur le terrain. Cette visite intervient à un moment clef pour la RCA : la situation sécuritaire s’améliore peu à peu, et l’organisation de la réconciliation nationale (avec les consultations locales et le Forum de Bangui) puis les élections sont une étape cruciale pour la stabilisation durable du pays. Donc première étape importante, la République centrafricaine.

Deuxième étape, Addis Abeba. Là le Conseil de sécurité rencontrera l’Union africaine, partenaire central du Conseil de sécurité pour le maintien de la paix et de la sécurité en Afrique. Nous évoquerons de nombreux sujets, en particulier la crise causée par les exactions de Boko Haram, qui revêt une dimension régionale préoccupante évidemment, ainsi que le suivi des crises qui figurent aux agendas de nos deux Conseils. Donc deuxième étape, Addis Abeba, pour renforcer encore nos partenariats auxquels nous sommes très attachés entre l’Union africaine et le Conseil de sécurité.

Troisième étape, le Burundi. Là, le Conseil de sécurité confirmera son appui au bon déroulement des élections. Le Burundi est parvenu à se stabiliser après une période difficile avec le soutien actif des Nations unies, et l’objectif est désormais de consolider durablement la paix, grâce au bon déroulement des élections, auxquelles nous apporterons, là aussi, notre plein soutien.

Voilà pour le voyage en Afrique. Première priorité de la présidence française.

La deuxième priorité du Conseil pendant notre présidence sera le renouvellement du mandat de la Mission des Nations unies en République démocratique du Congo, la MONUSCO. Là aussi, comme vous le savez, la MONUSCO est la plus importante opération de maintien de la paix menée par les Nations unies. Sa mission est importante et claire : la protection des civils, dans un conflit qui a déjà fait, je le rappelle, plus de 5 millions de morts. L’enjeu est donc important, décisif. Notre objectif, et l’objectif de la France avec ce renouvellement de mandat, est de transformer la force pour renforcer sa capacité à protéger les civils. Le Secrétariat a formulé des propositions. Il s’agit de réduire la force de près de 2 000 hommes sur les 20 000 qu’elle comprend, mais aussi de la rendre plus agile, plus mobile. Le renouvellement du mandat de la MONUSCO sera d’autant plus important, que le contexte est difficile en RDC du fait de l’approche des échéances électorales et de l’organisation de la lutte contre les groupes armés, au premier rang desquels les FDLR.

Nous travaillons donc actuellement à un texte avec Paris, et nous espérons pouvoir le diffuser à 15 rapidement. Ce seront, je le souligne, des négociations importantes, avec une forte dimension technique. Pour aider le Conseil dans cette entreprise, nous entendrons un briefing le 19 mars du Représentant spécial du Secrétaire général en RDC, M. Kobler, et de l’Envoyé du Secrétaire général pour les Grands Lacs, M. Djinnit, qui exposeront l’évolution de la situation sur le terrain et dans la région plus généralement. Ils exposeront aussi le rôle de la MONUSCO lors de ces consultations le 19 mars. Il y aura deux jours avant, le 17 mars, une rencontre avec les pays contributeurs. Donc deuxième priorité, le renouvellement du mandat de la MONUSCO.

La troisième priorité de la présidence française sera le débat ouvert sur les enfants dans les conflits armés. Ce débat ouvert se tiendra le 25 mars avec la participation du Secrétaire général des Nations unies M. Ban Ki-moon. Comme vous le savez, la question des enfants dans les conflits armés est une priorité de tout premier plan pour la France. Nous souhaitons que le débat se focalise sur le dialogue et les leviers de pression vis-à-vis des groupes armés non étatiques, avec un accent sur les processus de paix au Mali et en RCA, ainsi que sur les groupes armés extrémistes violents au Nigéria, en Syrie et en Irak. Je voudrais le souligner, notre objectif à travers ce débat ouvert sur les enfants dans les conflits armés est de collecter des propositions innovantes, issues de tous les membres des Nations unies qui voudront bien participer au débat, et de les synthétiser dans un non-papier, adressé à tous les Etats et plus particulièrement à la Malaisie, qui préside, comme vous le savez, le Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les enfants dans les conflits armés. Donc voilà pour ce débat crucial pour nous, dont l’objectif est vraiment de rassembler, de mobiliser davantage encore la communauté internationale dans ce combat et de trouver de nouvelles propositions, si possible, innovantes, pour avancer.

Ces trois priorités que j’ai développées se situent au milieu d’un champ très large d’activités du Conseil de sécurité pendant le mois de mars pendant la présidence française. Bien sûr les grandes crises en cours feront l’objet de toute l’attention du Conseil. Parmi ces crises, je mentionnerai certaines d’entre elles plus particulièrement.

Le Yémen : pas plus tard que cet après-midi, M. Jamal Benomar exposera au Conseil l’évolution de la situation dans ce pays. M. Benomar fera le point sur les progrès de sa mission de bons offices et sur la perspective d’un accord politique inclusif, destiné à permettre la reprise de la transition politique au Yémen.

Deuxième exemple, la Libye : Le Conseil entendra demain le Représentant spécial du Secrétaire général pour la Libye, M. Bernardino Leon, qui nous dira où en sont les efforts engagés pour atteindre un accord de paix inter-libyen, autour d’un gouvernement d’union nationale et d’arrangements de sécurité. Le Conseil devrait opter pour une reconduction technique du régime de sanctions et du mandat de la MANUL (UNSMIL en anglais) pour quelques semaines. C’est, en bon français, ce qu’on appelle un « roll-over ». Cela doit nous permettre de donner plus de temps à la médiation en cours et d’y voir plus clair avant de prendre des décisions.

L’Ukraine : le Conseil sera vraisemblablement amené à se réunir de nouveau au sujet de la situation en Ukraine, où nous appuyons, totalement naturellement, la mise en œuvre des accords de Minsk et leur suivi par l’OSCE.

Le Conseil pourrait aussi être saisi de la question de Boko Haram par les membres africains du Conseil, qui, nous le savons, ont pour intention de présenter un texte au Conseil de sécurité qui endosserait leur force régionale une fois les travaux de planification achevés et l’endossement par l’Union africaine acquis.

Syrie : les consultations mensuelles sur le désarmement chimique en Syrie se tiendront dans deux jours autour de Mme Kane. Là aussi l’enjeu est important.

MINUAD : nous devrions recevoir à la fin de la semaine le rapport sur la revue stratégique de la MINUAD, qui sera ensuite discuté en consultations le 17 mars autour d’Hervé Ladsous.

Enfin, le Conseil de sécurité accueillera la Haute Représentante de l’Union européenne, Mme Mogherini, le 9 mars au matin, en présence du Secrétaire général des Nations unies M. Ban Ki-moon. Ce sera la première intervention de Mme Mogherini au Conseil dans ses nouvelles fonctions de Haute représentante. Le débat sera l’occasion de réaffirmer l’attachement du Conseil à la coopération avec les organisations régionales, au titre du chapitre VIII de la Charte des Nations unies, qui a été souvent évoqué lors du débat ouvert organisé par la Présidence chinoise du Conseil de sécurité, le 23 février dernier.

Voilà, j’ai essayé de vous donner quelques lignes aussi claires que possible et, par la force des choses, assez schématiques sur ce que sont nos priorités pour la Présidence française du mois de mars. Je suis naturellement avec Philippe Bertoux notre coordinateur politique, et avec Thierry Caboche notre conseiller presse, à votre disposition pour répondre à toutes vos questions.

Q : I have a question on Libya. You said that this roll-over will postpone all kind of activities for weeks. That means that naval blockade will never take place ?

Comme je l’ai dit, notre priorité en Libye est le soutien aux efforts de médiation de Bernardino Leon pour la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale, qui nous parait à la fois la meilleure réponse sur le terrain politique, puisque nous sommes convaincus que la seule solution possible en Libye sera politique, et la meilleure réponse pour lutter efficacement contre le terrorisme.

Nous sommes convaincus que la mise en place d’un gouvernement d’unité nationale sera le meilleur levier pour la Libye et la communauté internationale dans le combat contre le terrorisme, un terrorisme qui on le sait, s’est développé en Libye, au sud depuis quelques temps déjà. Nous avons été nous français parmi les premiers à souligner le danger de ce développement du terrorisme dans le sud libyen, mais aussi et de plus en plus dans d’autres parties du pays, y compris au nord, et y compris par Daech. C’est le premier point, étant entendu encore une fois que la situation en Libye est très haute dans la hiérarchie de nos priorités, à la fois pour elle-même, pour la situation dans ce pays, mais aussi pour la région dans son ensemble et la sécurité internationale.

Deuxième point, nous partageons la préoccupation de l’Egypte face à la progression des groupes terroristes et nous voyons bien aussi les risques considérables d’une extension de ces groupes terroristes. En se plaçant dans cette logique, y compris celle de la lutte contre le terrorisme, nous pensons que l’objectif numéro un est de réaliser la mise en œuvre de ce gouvernement d’union nationale, qui sera le chemin le plus efficace de notre point de vue pour lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes. Si vous prenez les choses à l’envers et a contrario, il est clair c’est aussi le vide politique, l’absence de perspective politique qui constitue le terreau le plus favorable pour le renforcement du terrorisme.

Quel que soit l’angle, positif ou négatif dans lequel vous prenez le dossier, il faut naturellement prendre en compte les avis, les propositions de tous, mais nous sommes convaincus que le nœud est à travers une solution politique dont le cœur doit être la formation d’un gouvernement d’union nationale. Et c’est pour cela que nous saluons dans ce cadre-là les efforts de l’Envoyé spécial, M. Bernardino Leon, qui ne ménage pas ses efforts pour encourager la formation d’un gouvernement d’union nationale. Et si comme nous le souhaitons ce gouvernement voit le jour, alors bien sûr, nous le soutiendrons totalement à travers tous nos moyens et y compris à travers une coopération antiterroriste.

Q : Sur la Syrie Mr l’Ambassadeur, Staffan de Mistura sera au Conseil le 26 mars. Vu le très peu de progrès que l’on voit d’Alep, n’y a-t-il pas lieu de le faire entendre avant ? Est-ce que le Conseil ne commence pas à réfléchir à d’autres avenues sur la Syrie ?

Le 26 mars sera vraiment concentré sur l’humanitaire en Syrie à travers je crois un briefing de Valérie Amos, mais la question est parfaitement pertinente évidemment.

Sur la Syrie, pour essayer d’être court et synthétique, nous avons dit à maintes reprises et je le redis ici : nous estimons qu’il ne peut y avoir de solution en Syrie avec Bachar al-Assad. Cela a été dit encore la semaine dernière par les Ministres français et britannique des Affaires étrangères dans une tribune conjointe. Le chef du régime syrien, il faut toujours rappeler les fondamentaux, est le premier responsable des 220 000 morts qu’a déjà fait le conflit. Bachar al-Assad et les terroristes de Daech se soutiennent les uns les autres et ne sont, de notre point de vue, que les deux faces de la même médaille, qui se nourrissent l’un l’autre.

D’ailleurs, au départ, c’est bien en libérant des prisonniers que M. Bachar al-Assad a encouragé le mouvement terroriste. Donc, croire que Bachar peut être l’alternative au terrorisme, c’est de notre point de vue, un non-sens moral et politique. Au contraire, plus Bachar al Assad restera au pouvoir, plus de notre point de vue, la radicalisation d’une partie de la population syrienne se perpétuera.

Alors, à partir de là, pour aller plus directement vers votre question sur la solution politique. Nous savons bien, et l’évolution de la situation sur le terrain le démontre de jour en jour, qu’il n’y a pas de solution militaire en Syrie, qu’il faudra donc qu’il y ait un accord. Il faut trouver une solution qui préserve selon nous l’unité de la Syrie et qui respecte l’ensemble des communautés qui constituent ce pays. La France y travaille, nous y travaillons avec nos partenaires, y compris avec la Russie et avec les pays arabes. Et dans cette solution, cela a été dit par les autorités françaises il faudra qu’il y ait non pas Bachar al-Assad, pour les raisons que je rappelais à l’instant, mais certains éléments du régime, ainsi que l’opposition modérée que, vous le savez, nous soutenons.

C’est dans ce contexte là que s’inscrivent les efforts de Staffan de Mistura. Le Conseil de sécurité, et la France bien sûr dans ce cadre, soutient - il n’y a aucun doutes là-dessus - les efforts de l’Envoyé spécial Staffan de Mistura et sa volonté de parvenir à un accord politique entre les parties. Mais la France demeure sceptique sur la volonté du régime. Bachar al-Assad propose des trêves tout en renforçant ses bombardements. Nous devrons donc étudier toute proposition avant de nous engager. L’idée de Staffan de Mistura avait été de tenter d’arracher un accord de gel à Alep pour, sur cette base, essayer de construire une démarche bottom-up, un processus politique. Pour des raisons que j’ai indiquées à l’instant, tenant d’abord à l’attitude du régime, à l’attitude de Bachar al-Assad, cet objectif semble difficile à atteindre et de notre point de vue, et encore une fois en soutenant Staffan Mistura et ses efforts, il est absolument crucial de construire brique par brique les éléments d’une perspectives politique à travers l’encouragement et le rassemblement de l’opposition modérée en Syrie autour de la Coalition Nationale Syrienne en particulier, premier champ de travail, mais aussi à travers le rassemblement de l’ensemble des pays de la région et de la communauté internationale impliqués pour une solution politique. Il y a bien d’autres éléments du dossier syrien que je n’évoquerai pas ici mais j’espère avoir contribué à répondre à votre question.

Q : About Libya. The panel of experts made the point that from their perspective, Libya’s authorities seem to have lost control of their borders, particularly their sea borders, and their territorial waters. So they recommended the creation of an international maritime force that would be able to help the government to actually prevent the flow of weapons in and out of the country, and stop the illegal import of oil. If that is the case, isn’t it necessary for the international community to do something that would help the Libyans be able to control their borders ?
Secondly on Yemen, are you concerned that the talks are not moving quickly enough ? Is there a fear that the country could face a de facto partition ?

D’abord sur la situation au Yémen. Là aussi, soyons clairs. Ce que nous proposons, l’objectif que nous poursuivons à travers les efforts en cours et le soutien à Monsieur Benomar, c’est le maintien de l’unité du pays. Soyons clairs sur le sujet. C’est à nos yeux un objectif même stratégique, je dirais. Ça c’est le premier point.

Sur la Libye, je me suis aperçu que je n’avais répondu que de manière incomplète à la question posée tout à l’heure sur l’idée qui a été évoquée en effet, d’un blocus maritime permettant de mieux contrôler au fond les apports en Libye – je pense notamment aux armements et autres. Sur cette question, elle a été évoquée un moment. Elle l’est peut-être moins à l’heure où je vous parle. Très franchement il m’est un peu difficile de répondre, ce n’est pas pour me défausser, avant d’avoir reçu l’avis et les présentations de la situation par le médiateur. Donc nous l’entendrons dans les tous prochains jours, demain matin. On pourra en reparler si vous voulez ensemble, je serai mieux armé pour vous répondre sur ce point précis qui n’est pas sans importance, après avoir entendu le médiateur qui nous en parlera probablement. Et d’ailleurs puisque vous posez la question, je lui poserai la question aussi.

Q : Ambassador, can I ask you another question about Syria and de Mistura ? His plan seems to be in some difficulty, the bottom-up plan as you described it. Is there any discussion on the way about a plan B ? What is France’s view about that plan B should be if de Mistura’s Aleppo plan fails ?

Merci pour la question sur les efforts de Staffan de Mistura autour d’Alep.
Là aussi nous soutenons depuis l’origine et continuons à soutenir les efforts de Staffan de Mistura, en général et à travers ce qu’il a voulu faire à Alep. Pourquoi Alep ? Parce que c’est une situation qui combine un enjeu humanitaire considérable, un enjeu politique extrêmement important au cœur des différentes lignes de forces en Syrie, et puis un enjeu symbolique là aussi tout à fait majeur sur laquelle notre ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait appelé l’attention à l’occasion d’une tribune d’il y a de cela quelques temps dans un grand quotidien français si je ne m’abuse.

Alors à partir de là encore une fois, Staffan de Mistura avec le soutien de tous, a tenté d’obtenir et tente encore d’obtenir l’accord des différentes parties pour un gel à Alep qui lui permettrait de montrer que sa médiation peut obtenir des résultats tangibles sur le terrain. Et sur cette base, sur la base de ces résultats, de construire un processus politique, ou de relancer un processus politique. C’était ça, je crois que cela reste, l’objectif de Staffan de Mistura.

La difficulté c’est que cet objectif, pour être réalisé, suppose réunies un certain nombre de conditions parmi lesquelles l’accord des différentes parties. Et là on a vu de la part du régime, un refus d’accepter les conditions, j’allais dire élémentaires, pour un accord de gel à Alep qui soit acceptable par tous. Et d’ailleurs la preuve c’est que l’opposition au régime ne l’a pas accepté. Mais encore une fois, c’est le régime de Bachar qui porte la responsabilité. Nous avons tous à l’esprit le précédent de Homs où, avec une tentative qui était voisine, le régime de Bachar a tenté d’imposer ses conditions pour marquer un point dans la guerre qui l’oppose à l’opposition modérée. Et nous étions donc tous, à juste titre malheureusement, les évènements l’ont montré, sur nos gardes en ce qui concerne Alep.

Au jour d’aujourd’hui, dans le cadre d’un soutien qui est tout à fait clair, nous sommes sceptiques, comme je l’ai dit, sur la capacité pour Staffan de Mistura d’obtenir sur Alep ce qu’il souhaitait obtenir, et sur cette base, construire une perspective politique. D’où notre conviction, dès lors que nous sommes convaincus que seule une solution politique, seul le chemin exigeant d’une solution politique peut permettre une sortie de crise en Syrie, nous sommes convaincus qu’il faut travailler, à l’heure où ce chemin d’Alep parait compromis à l’heure où nous parlons, de travailler sur au moins deux terrains complémentaires. Le premier terrain, auquel nous avons toujours cru, c’est d’encourager, de renforcer et de consolider l’unité de l’opposition, en particulier de l’opposition modérée en Syrie. Staffan de Mistura a un rôle à jouer sur ce plan, comme l’ensemble des partenaires de la Syrie sur le plan international. L’autre pilier malheureusement exigeant, difficile, qui de notre point de vue peut conduire à une solution politique en Syrie, c’est un effort pour rassembler les partenaires de la Syrie, à la fois internationaux et sur le plan régional. Il nous semble qu’en travaillant patiemment sur ces deux chantiers, consolidation et unité croissante de l’opposition d’un côté, mobilisation des partenaires régionaux et internationaux de l’autre, c’est à travers ce chemin exigeant que nous pouvons, nous l’espérons, contribuer à créer les conditions pour une solution politique en Syrie.

Q : Thank you very much Mr Ambassador. On Nigeria and Boko Haram, one of the issues is what the Council is going to be prepared to do to support a regional force to assist in fighting Boko Haram. Could you tell us what you believe this Security Council is going to be prepared to do ?

And as a follow-up to the adoption today of the South Sudan sanctions regime, is there any kind of a timeline that the Council is considering before actually putting some names to this regime ? Or is this just going to remain a threat for months and months on end ?

Sur Boko Haram, y compris dans le cadre de la présidence française du Conseil de sécurité et de la situation que nous connaissons, c’est une vraie priorité. Evidemment. Mais ça l’est pour nous à titre national et à titre de présidence du Conseil de sécurité.
Pour répondre à votre question, nous comprenons que nos partenaires africains sont en train de travailler pour une planification d’une opération d’une force régionale. Que ces travaux de planification ont progressé, sont au jour d’aujourd’hui presque achevés. Des discussions sont en cours également et logiquement au sein de l’Union africaine pour finaliser tout cela. Donc premier élément, la progression des travaux de planification de nos partenaires africains dans le cadre d’une force régionale, que nous n’avons cessé d’appeler nos vœux bien sûr.

Deuxièmement, si l’on se projette un peu, mais on parle j’espère en jours, il reviendra ensuite à un membre africain du Conseil pour revenir dans la mécanique des Nations unies de porter un projet de texte pour faire endosser par le Conseil de sécurité cette force régionale qu’encore une fois nous appelons de nos vœux.

A titre nationale, vous savez que le soutien de la France à la réaction africaine est complet. Nous nous tenons prêts à soutenir ce projet de résolution qui donnera une force juridique et apportera aussi des moyens, notamment financiers, à cette force.

Donc voilà pour répondre à votre question : articulation, efforts des pays de la région, tentative des pays africains de parvenir à un concept d’opération, attente qu’un partenaire africain transmette aux Nations unies et en l’occurrence au Conseil de sécurité un projet de résolution. Et nous avons dit en avance pour marquer notre soutien, qu’il n’ait pas du doute dans l’esprit de personne, qu’alors nous soutiendrons activement ce projet.

S’agissant du Soudan du Sud. C’est aujourd’hui le deuxième jour effectif de la présidence française du Conseil de sécurité et j’ai été heureux du progrès marqué par l’adoption de cette résolution il y a quelques heures à peine du Conseil de sécurité. C’est un message très fort que le Conseil de sécurité a passé aujourd’hui sur un sujet très difficile, un message très fort au monde et à tous les acteurs impliqués dans ce conflit tragique, un message aussi à nos partenaires de l’Igad et de l’Union africaine qui pourront utiliser cette résolution comme levier dans les négociations de paix. Donc l’étape d’aujourd’hui, je tiens à le souligner, me parait très importante de ce point de vue. Naturellement, il faudra y revenir dans les prochaines semaines. Il n’y a aucun doute non plus là-dessus.

Q : I have to follow up on Syria. The revolutionary command, the opposition has announced more than once officially they boycott Staffan de Mistura because of his latest statements. A major side of the boycott of the broker, unless you know something different, that means a failure for the future talks if one side is not talking to the broker. Do you know anything we don’t know ?

And secondly, on Yemen, the Houthis refused the suggestion of the President to have Aden or Taiz to have one of these two cities as venue for the talks, which is one of the biggest obstacles facing the resuming of the talks. Today, President Hadi has suggested that the headquarters of the GCC in Riyadh to be the venue. Does that make sense to you, is that acceptable, or do you have other suggestions ?

S’agissant de votre question sur Staffan de Mistura, j’aurai personnellement un jugement un peu différent. C’est aujourd’hui, dans le cadre de son rôle, celui que soutient la communauté internationale pour tenter de créer les conditions d’une solution politique en Syrie. Donc nous le soutenons.

Deuxième point, la tentative de trouver à travers la situation Alep une forme de raccourci vers une solution politique suscite notre scepticisme à ce stade des discussions en effet de l’opposition syrienne qui n’est pas responsable, qui répond au blocage du régime et au fait que le régime n’a pas accepté les conditions élémentaires pour un accord de gel à Alep qui serait effectué dans des conditions acceptables pour chacun. Donc au jour d’aujourd’hui, nous avons marqué notre scepticisme vis-à-vis de cet effort, louable certes sur Alep mais qui n’a pas marché ou qui suscite un scepticisme aujourd’hui du fait de l’opposition du régime et de Bashar al-Assad mais nous continuons à soutenir Staffan de Mistura et sa ligne. Il est aujourd’hui celui qui pour la communauté internationale est chargé de porter les espoirs de paix et les espoirs d’un règlement politique.

S’agissant du Yémen, c’est un peu délicat pour moi d’y répondre dans la mesure où nous allons entendre M. Benomar cet après-midi. C’est donc un peu tôt pour moi pour répondre, je préfère attendre de voir ce qu’il aura à nous dire, très probablement aussi sur ce sujet.

Q : Sur l’Ukraine, les Ukrainiens craignent que le plan des Russes aient été en trois phases : la prise de l’aéroport de Donestk, la prise de Debaltseve, et maintenant Marioupol. Les informations font état d’un redéploiement des troupes côtés Marioupol, les parlementaires russes que j’ai rencontrés ce weekend me disaient qu’ils étaient prêts à un bain de sang s’il le fallait mais qu’ils se battraient pour défendre Marioupol jusqu’au bout. Quelles pourraient être les conséquences sur la résolution qui a été votée au Conseil de sécurité sur proposition de la France il y a 10 jours ?

Pour essayer d’être court sur le sujet et dans le désordre, premier élément, le fait que le conseil de sécurité ait endossé il y a deux semaines les accords de Minsk dans sa résolution 2202 est un élément important car comme cela a été rappelé il permet d’apporter tout le poids et autorité du Conseil de sécurité aux obligations contractées par les parties face aux efforts franco-allemande de médiation. C’est donc un pas important, il fallait l’obtenir. C’est obtenu. C’est la première fois que le Conseil de sécurité s’exprimait et à l’unanimité dans une résolution sur le conflit à l’est de l’Ukraine, si on fait exception sur la résolution sur le vol MH17 qui portait sur une situation tragique mais particulière.

Deuxième étape, sur cette base, qui encore une fois n’était pas acquise d’avance, nous avons tenu des consultations vendredi dernier avec les observateurs de l’OSCE. Mme Tagliavini et M. Apakan nous ont exposé leur analyse de la situation. C’étaient des consultations très sérieuses, constructives, où chacun a pu faire état de ses positions et de ses questions. Cette deuxième étape, qui n’était pas non plus évidente, c’est-à-dire permettre sur la base de la résolution que nous avons obtenu au Conseil de sécurité, d’enclencher un mécanisme de suivi, de monitoring sur la base actée par les Accords de Minsk, l’OSCE avec un dialogue avec le Conseil de sécurité qui ne soit pas une série d’invectives et qui permette de progresser, cette étape a été franchie. Je le dis avec modestie mais c’est une étape quand même importante. A partir de là, nous sommes plus attachés que jamais à la mise en œuvre intégrale des Accords de Minsk, qui est la condition pour un règlement pacifique et durable, que naturellement nous appelons de nos vœux. Au jour d’aujourd’hui, le cessez-le-feu est d’une manière générale observé sur le terrain. C’est important. On est passé d’une situation d’escalade à l’enclenchement progressif de désescalade. Là aussi je le dit avec prudence et modestie. Il faut rester prudent, il reste encore de nombreuses difficultés. La phase suivante est le retrait des armes lourdes. Elle est, elle aussi, enclenchée. Il s’agit d’un point décisif. Le Président de la République, François Hollande, et la Chancelière Angela Merkel se sont entretenus hier avec les Présidents Poutine et Porochenko. Pour continuer sur cette lancer, les quatre dirigeants en format Normandie ont convenu de demander à l’OSCE de jouer un rôle plus direct afin d’améliorer l’application du cessez-le-feu et du retrait des armes lourdes, et de faire un rapport quotidien sur leur mise en œuvre. Une nouvelle réunion format Normandie est prévue vendredi prochain.

Etape après étape, il y a, en tout cas c’est notre espoir, un début de dynamique qui se met en place et que nous nous efforçons d’alimenter à travers les différents processus dont j’ai parlés. C’est ça aujourd’hui notre priorité, la désescalade et la mise en œuvre intégrale des Accords de Minsk sous rapport étroit des équipes de l’OSCE elles-mêmes renforcées, y compris vers le Conseil de sécurité. Nous sommes en train de consolider, les derniers échanges en format Normandie l’ont montré, cette dynamique-là. C’est dans ce cadre que nous nous situons. Et, à partir de votre question, Marioupol, Laurent Fabius a dit très clairement que toute tentative de la Russie de prendre la ville ou ses environs constituerait une situation nouvelle qui reposerait très directement la question de sanctions européennes. Les progrès auxquels je faisais référence et avec la prudence requise, sont inséparables d’une très grande vigilance, qui est celle des membres du format Normandie à l’égard de la situation sur le terrain, y compris et d’abord la situation dans et autour de Marioupol. Il n’y a aucun doute là-dessus.

Dernière modification : 04/03/2015

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