L’ONU a un rôle unique à jouer contre l’idéologie terroriste [en]

Débat public : Contrer l’idéologie et les narratifs terroristes - Intervention de M. François Delattre, Représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 11 mai 2016

Monsieur le Président,

Monsieur le Vice-Secrétaire Général,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Permettez-moi tout d’abord de remercier l’Egypte pour avoir pris l’initiative de cet important débat, ainsi que nos intervenants pour leurs présentations très éclairantes. Inviter ainsi le président du centre de recherche Al Azhar et le vice-président de Microsoft est une belle illustration de la volonté de l’ONU de renforcer ses partenariats avec la société civile — certains diront d’embrasser un monde devenu de plus en plus post-westphalien, avec les risques mais aussi les opportunités qui en résultent. Soyez assuré, Monsieur le Ministre, de la sympathie et de la solidarité de la France après les attentats qui ont endeuillé Le Caire dimanche dernier. La France s’associe par ailleurs au discours qui sera prononcé par l’Union européenne.

Monsieur le Président,

1/- Si d’importants succès ont pu être enregistrés ces derniers mois dans la lutte contre Daech en Irak et en Syrie, la propagande de ce groupe continue malheureusement d’exercer un attrait important sur nos populations.

En France, plus de 2 000 ressortissants ou résidents sont impliqués dans les filières terroristes syro-irakiennes et près de 9 300 personnes ont été signalées aux autorités pour radicalisation. A l’échelle mondiale, on estime que près de 30 000 combattants terroristes étrangers issus d’une centaine de pays ont rejoint le théâtre syro-irakien.
La propagande des groupes terroristes, et en particulier de Daech, cherche à convaincre en décrivant un monde idéal mensonger. Comme l’a souligné le Premier ministre français, M. Manuel Valls, que je cite : « Une idéologie du chaos est à l’œuvre, qui glorifie la mort et corrompt les esprits au cœur même de nos sociétés. » Les recruteurs trompent les jeunes en leur promettant un avenir, un idéal ou une cause à défendre, là où ils ne rencontrent en réalité que la manipulation, la barbarie et la mort. Ils utilisent, si nécessaire, de véritables techniques de manipulation mentale pour les amener à rejeter leur environnement scolaire, professionnel et même familial.

En dépit du récent recul du nombre de messages et de vidéos diffusés par Daech, Internet reste le canal de recrutement privilégié par les terroristes. Ils y ont affiné leurs techniques d’embrigadement et en utilisent toutes les potentialités : sites d’apologie du terrorisme, forums de discussion, services de messagerie directe, vidéos, réseaux sociaux. Pour eux, Internet est le moyen de faire circuler massivement leur propagande et de proposer aux jeunes un discours adapté à ceux qu’ils veulent attirer dans leurs filets.

2/- Face à une menace d’une telle ampleur, la mobilisation de la communauté internationale est indispensable pour casser cette entreprise d’embrigadement à grande échelle. Nous devons lutter contre le terrorisme et contrer sa propagande de haine avec la plus grande détermination, avec les moyens nécessaires, mais toujours avec les armes du droit, dans le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales. Car ce sont ces mêmes droits de l’Homme que les terroristes veulent anéantir, parce qu’ils sont au cœur même de nos démocraties.

Monsieur le Président,

L’approche française s’articule autour de deux axes :


Une première dimension, préventive et dissuasive,
repose sur des actions de contre-influence visant à délégitimer Daech auprès de potentielles recrues et des opinions publiques.

A titre d’exemple, la France a créé, en janvier 2015, le site « stop-djihadisme.gouv.fr », destiné aux proches des personnes en voie de radicalisation, qui a ensuite été complété par un compte Twitter et une page Facebook. Il ne vise pas simplement la propagande de Daech mais aussi celle d’Al-Qaïda ou de Boko Haram. De même, la France a mis en place une ligne téléphonique gratuite, un numéro vert accessible 24h sur 24 pour permettre aux familles et aux proches de faire part de leurs inquiétudes aux autorités.

Le plan d’action de la France contre la radicalisation et le terrorisme, qui vient tout juste d’être actualisé le 9 mai, prévoit cinquante nouvelles mesures concrètes pour améliorer notre compréhension du phénomène et renforcer encore notre politique de prévention — par exemple pour couper toutes sources de financement à ceux qui s’enrôlent dans les filières terroristes. Nos efforts de communication stratégique s’intensifieront encore dans le cadre du nouveau plan d’action.

Au plan international, la France soutient activement l’action de la Coalition internationale contre Daech, qui a produit des campagnes de communication très efficaces, notamment via le centre Sawab.

Mais au-delà de la posture et de l’engagement nécessaire des acteurs gouvernementaux, l’efficacité de notre action repose aussi sur la mobilisation de la société civile. Il faut exposer les contradictions des groupes terroristes sur le terrain. Cela passe par de l’audace, de l’innovation, et par une mobilisation de tous : pouvoirs publics, associations, acteurs privés – la société dans son ensemble.

La seconde dimension de l’approche française est répressive, avec le blocage de sites internet et le retrait de contenus, dans le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales.

Une loi du 13 novembre 2014 permet à l’autorité administrative de demander aux fournisseurs d’accès à internet de bloquer l’accès aux sites hébergés en France faisant l’apologie du terrorisme. 60 sites ont été bloqués jusqu’à présent.

Une plateforme de signalements, intitulée PHAROS, permet en outre aux internautes de signaler les contenus illicites découverts sur Internet. Ces contenus sont ensuite transmis aux services spécialisés de la police, de la gendarmerie ou des douanes.

Enfin, depuis le début de l’année 2015, la France entretient un dialogue étroit et continu avec les grands acteurs de l’Internet : Microsoft, dont je salue la présence ici, mais aussi Facebook, Twitter ou encore Google. Ce dialogue s’est encore renforcé à la suite des attentats du 13 novembre afin d’inciter les entreprises de l’Internet à la responsabilité. En effet, ces évènements tragiques nous ont permis de constater à quel point les réseaux sociaux pouvaient jouer un rôle de catalyseur pour la mobilisation de la société.

3/- Monsieur le Président,

Notre débat d’aujourd’hui nous permet de porter deux messages principaux :

Le premier, c’est que l’ONU a un rôle majeur à jouer dans la lutte contre le terrorisme en général et contre Daech en particulier. C’est le sens de la résolution 2249 que notre Conseil a adoptée à l’unanimité à l’initiative de la France le 20 novembre dernier, une semaine jour pour jour après les attentats de Paris, et qui définit le cadre de notre combat commun contre Daech notamment.

Le deuxième message, c’est que l’ONU a un rôle unique à jouer pour mobiliser la communauté des Nations, mais aussi la société civile, contre l’idéologie et les narratifs terroristes. Dans ce combat, notre formidable diversité est notre meilleur atout pour porter ensemble les valeurs que nous avons en commun et qui sont au cœur des Nations unies.

En invitant la communauté internationale à redoubler d’efforts pour contrer la propagande terroriste, avec l’aide du secteur privé, de la société civile et des acteurs de terrain, la déclaration présidentielle que nous avons adoptée permet d’aller plus loin encore dans cette nécessaire mobilisation.

Elle vient compléter utilement l’appel du Secrétaire général à développer une stratégie de communication des Nations unies pour la prévention de l’extrémisme violent, tel qu’exprimé dans son plan d’action de janvier dernier.

Soyez assurés que la France continuera à prendre toute sa part à ces efforts.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 25/05/2016

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