L’ONU doit nommer plus de femmes à des postes de direction liés à la paix et à la sécurité (09/03/2015)

9 mars 2015 - Ouverture de la 59ème Session de la Commission de la Condition de la Femme - Intervention de Mme Pascale Boistard, Secrétaire d’Etat aux droits des femmes et présidente du Conseil de sécurité

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Madame la présidente,
Monsieur le Secrétaire général,
Monsieur le Président de l’Assemblée générale,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,

En tant que Président du Conseil de sécurité ce mois-ci, c’est un immense honneur pour moi de m’adresser en cette occasion très particulière à une audience si importante représentant des gouvernements et la société civile venus du monde entier pour partager un objectif commun : l’accomplissement de l’égalité des sexes et l’émancipation de toutes les femmes et filles.

Il s’agit d’une occasion spéciale puisque nous célébrons le vingtième anniversaire de la Quatrième Conférence Mondiale sur les Femmes, qui s’est tenue à Pékin en 1995, pour entreprendre une revue et une évaluation de la mise en œuvre de la Déclaration de Pékin et de la Plateforme d’Action, ainsi que la vingt-troisième session spéciale de l’Assemblée générale sur « l’égalité des genres, le développement et la paix pour le 21ème siècle ».

Il s’agit également d’une occasion spéciale puisque c’est la première fois qu’un président, en l’occurrence une présidente, du Conseil de sécurité s’adresse à la Commission sur le statut des femmes. Tandis que chaque organe des Nations unies continue de travailler dans le cadre de son mandat, la préoccupation concernant les moyens pour atteindre l’objectif de l’égalité des sexes est partagé tant par les Etats Membres qu’au sein des Nations unies.

Dans ce contexte, l’organisation des Nations unies pour l’Egalité des Sexes et l’Emancipation des Femmes (ONU Femmes) joue un rôle central pour soutenir les Etats Membres, coordonner le système des Nations unies et autres acteurs pour promouvoir l’égalité des genres et l’émancipation des femmes.

C’est également le rôle du Conseil de sécurité de contribuer à l’émancipation des femmes et à l’égalité des sexes à travers son agenda « Femmes, Paix et Sécurité ». Pour atteindre cet objectif, le Conseil de sécurité a adopté, il y a quinze ans, sa première résolution qui liait l’expérience des femmes dans les conflits à son agenda : la résolution 1325.

Depuis 2000, six autres résolutions ont été adoptées pour pousser plus loin l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » sur plusieurs sujets : le leadership des femmes et leur participation dans la résolution des conflits, le redressement, la construction de la paix et la prise de décision, la reconnaissance de la violence sexuelle liée au conflit comme tactique de guerre et enjeu lié à la paix et à la sécurité internationales, et la nécessité de lutter contre ces violences.

Le développement de l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » a permis des avancées concrètes : presque 60 conseillers genre sont actuellement déployés dans plusieurs opérations de maintien de la paix ; la majorité des accords de paix incluent des mentions sur les femmes ; la plupart des processus de médiation pour la paix incluent au moins une femme ; l’année dernière, les Nations unies ont désigné la première femme, la Commandante Générale Kristin Lund, en tant que Commandant en chef des opérations de maintien de la paix à Chypre, où le Représentant officiel des Nations unies, Lisa Buttenhiem, est également une femme, ce qui en fait la première opération au monde dirigée par un duo féminin ; enfin, 96% des rapports des missions politiques Spéciales, ainsi que 67% des rapport des missions de maintien de la paix incluent des références à l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité ».

Mais que cela signifie-t-il sur le terrain ? Comment ces changements institutionnels et normatifs décidés par le Conseil de sécurité ont-ils effectivement amélioré l’existence des femmes et aidé à réaliser leurs droits ? C’est ce que nous essayons d’évaluer chaque fois que le Conseil de sécurité visite des pays affectés ou se remettant d’un conflit, comme cela sera le cas cette semaine en République centrafricaine et au Burundi.

Mesurer l’impact réel des décisions sur le terrain est un défi réel aux Nations unies du fait que la surveillance, les rapports et la documentation à travers des données désagrégées par le sexe sont encore insuffisants dans beaucoup d’endroits. Mais nous devons savoir qu’elles sont encore des millions à être exclues de la prise de décision dans les processus de construction de la paix et de résolution des conflits, ainsi que de l’accès aux ressources naturelles et économiques ou même aux services de base. Des millions sont forcées de fuir du fait des catastrophes liées au changement climatique, des pandémies comme Ebola, ou des crimes de barbarie violents commis par des groupes armés extrémistes non-étatiques tels que Daech en Syrie et en Irak ou Boko Haram en Afrique de l’Ouest. Des milliers de femmes et de jeunes filles continuent d’être maltraitées, violées ou tuées quotidiennement. Et l’impunité des crimes sexuels et fondés sur le genre demeurent un problème majeur dans un grand nombre de régions affectées par les conflits, où les femmes n’osent exprimer à voix haute leur violence quotidienne. La responsabilité du Conseil de sécurité, en coopération avec d’autres organes et agences des Nations unies, les Etats membres et la société civile, est d’intensifier nos rapports communs pour soutenir et émanciper ces femmes.

Mais dans notre propre maison aussi, aux Organisations des Nations unies, les défis restent immenses : seulement 19% de toutes les têtes d’opérations de maintien de la paix sont des femmes et seulement 25% des femmes occupent des positions de responsabilité au sein des Nations unies, alors que plus de 95% du personnel pour le maintien de la paix parmi les militaires et la police sont des hommes.

Et l’abus et l’exploitation sexuels ne doivent jamais être tolérés au sein du système des Nations unies. Il y a dix ans exactement, en mars 2005, le Prince Zeid a publié un rapport pour pointer du doigt l’exploitation sexuelle et les abus perpétrés par le personnel des Nations unies dans le maintien de la paix. Si beaucoup de progrès ont été réalisés pour prévenir et mettre fin à de tels actes, y compris à travers la politique de tolérance zéro du Secrétaire général, nous ne devons pas ralentir nos efforts ou faire baisser notre vigilance. Nous devons rester mobiliser pour dénoncer, surveiller et enquêter sur de tels actes pour faire des Nations unies une zone-sans-abus, sur le terrain comme au quartier général.

Les Nations unies doivent nommer davantage de femmes à des postes de direction liés à la paix et à la sécurité, comme Chefs médiateurs, Envoyées Spéciales, et Assistantes du Secrétaire général. L’intégration de la dimension de genre commence dans nos têtes. Permettons aux esprits des Nations unies de servir de modèles pour l’extérieur.

Les Nations unies auront l’opportunité cette année de montrer leur engagement pour l’agenda « Femmes, Paix et Sécurité » en octobre prochain, à travers l’Examen de Haut Niveau du 15ème anniversaire de la résolution 1325 et de son Etude Globale liée à la mise en œuvre de la résolution.

En tant que Présidente actuellle du Conseil de sécurité, dans la perspective de ce moment crucial, j’appelle tous les membres de Nations unies à mobiliser leurs efforts, leur volonté et leurs ressources pour aider à mettre en œuvre l’agenda “Femmes, Paix et Sécurité” qui nous concerne toutes et tous.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/01/2016

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