L’ONU doit rester mobilisée prévenir l’extrémisme violent [en]

Lutte contre le terrorisme - Intervention de M. Philippe Bertoux, Conseiller politique de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 14 avril 2016

Monsieur le Président,

Permettez-moi tout d’abord de remercier le Secrétaire général pour sa présentation. Je m’associe également d’avance au discours qui sera prononcé au nom de l’Union européenne.

Je souhaiterai aujourd’hui m’attarder sur trois thématiques principales qui doivent être, à nos yeux, les priorités de la communauté internationale et de l’ONU :

Tout d’abord, le thème de l’extrémisme violent, qui nourrit le phénomène des combattants terroristes étrangers. Nous voudrions commencer en remerciant les Nations unies et la Suisse pour avoir organisé une conférence de haut niveau sur ce sujet à Genève les 7 et 8 avril dernier et qui a donné lieu à des échanges fructueux, comme l’a souligné le Secrétaire général à l’instant.

Qui sont en effet ces individus qui partent en Syrie et en Irak rejoindre les rangs des groupes djihadistes, au premier rang desquels Daech ? Ce sont des jeunes, aux profils variés – hommes, femmes, convertis, mineurs etc. – et issus de plus d’une centaine de pays.

En France, ce phénomène a atteint des proportions extrêmement préoccupantes, avec 600 individus présents sur zone, dont 217 femmes et 18 mineurs. Pour nous adapter à ce nouveau visage de la menace, nous avons pris d’importantes mesures :

- le Gouvernement français a adopté en avril 2014 un plan de lutte contre les filières terroristes et la radicalisation violente. Un comité interministériel est chargé de coordonner la stratégie de prévention et de traitement de la radicalisation ;

- le Gouvernement a également mis en place un dispositif territorial pour suivre les personnes signalées et accompagner les familles afin d’apporter une réponse adaptée à chaque cas ;

- enfin, la loi du 13 novembre 2014 a introduit dans notre droit plusieurs innovations majeures dont : (i) l’interdiction de sortie du territoire et (ii) l’interdiction d’entrée et de séjour sur le territoire national pour les étrangers ne résidant pas en France qui représentent un danger pour la sécurité nationale.

Au plan international, il est essentiel que les Nations unies restent mobilisées pour endiguer le flux de combattants terroristes étrangers et prévenir l’extrémisme violent. La pleine mise en œuvre de la résolution 2178 ainsi que le suivi du plan d’action du Secrétaire général pour la prévention de l’extrémisme violent sont les deux axes majeurs de cette action. Le plan du Secrétaire général en particulier vise à unir et mieux coordonner les efforts que nous menons tous, Etats membres et Nations unies, aux plans national, régional et international en matière de prévention de la radicalisation, qui est une dimension essentielle de la lutte contre le terrorisme. Ce plan est la concrétisation du rôle stratégique d’orientation et de coordination que doivent jouer les Nations unies dans ce domaine.

Je saisis l’occasion de ce débat pour annoncer que la France co-organisera à Paris avec l’UNESCO en septembre prochain un colloque sur la prévention de l’extrémisme violent par l’éducation. La prévention de la radicalisation des jeunes sera également l’un des thèmes discutés au XVIe Sommet de la Francophonie à Antananarivo en novembre 2016.

Deuxième priorité, la lutte contre le financement du terrorisme et la pleine mise en œuvre des résolutions 2199 et 2253. Le financement de Daech a été fortement affecté par les frappes de la Coalition, de sorte que le groupe s’est vu contraint de diminuer le « salaire » qu’il verse à de ses combattants. Pour autant, nous ne parviendrons à assécher les finances de cette organisation qu’en accroissant la mobilisation internationale. Nous appelons tous nos partenaires à mettre en œuvre les résolutions des Nations unies et à adopter des mesures robustes. Je salue la tenue, en ce moment même, d’une réunion conjointe des comités 1373 et 1267 sur le financement du terrorisme, en présence du Président du GAFI.

Au niveau national, la France dispose d’un plan de lutte contre le financement du terrorisme qui poursuit trois objectifs : (i) faire reculer l’anonymat dans l’économie afin de mieux tracer les opérations financières ; (ii) mieux surveiller, par la mobilisation des acteurs financiers dans la lutte contre le terrorisme ; (iii) renforcer les capacités de gel contre les avoirs détenus par les acteurs du terrorisme.

La France est également pleinement mobilisée dans la lutte contre le trafic d’œuvres d’art et d’antiquités. Elle a attiré l’attention des syndicats d’antiquaires sur le trafic d’œuvres d’art en provenance de Syrie et d’Irak et sur le fait qu’il risque de contribuer au financement de Daech. Les douanes exercent une surveillance renforcée des importations de biens culturels, particulièrement de ceux en provenance du Moyen-Orient. Le Président de la République a annoncé à l’UNESCO l’introduction par la France d’un contrôle douanier à l’importation des biens culturels et la création de « refuges » en France pour accueillir les biens culturels en danger. Ces dispositions sont incluses dans un projet de loi actuellement discuté au Parlement.

Enfin, troisième axe, la lutte contre la propagande terroriste, en application de la R. 2253, constitue un autre axe d’effort fondamental pour lequel une mobilisation de la communauté internationale est indispensable. L’habileté avec laquelle les terroristes utilisent internet et les réseaux sociaux pour propager leurs messages de haine est particulièrement préoccupante. Nous insistons sur le fait que toute initiative dans ce domaine doit respecter la liberté d’expression. Le respect des droits de l’Homme et de l’Etat de droit, mais aussi l’éducation, l’inclusion et la cohésion sociale, sont à long terme des facteurs clés de toute stratégie de prévention et de lutte contre l’extrémisme violent. Il est de notre responsabilité collective d’assurer que la lutte contre le terrorisme, essentielle à la sécurité de nos concitoyens, s’accompagne du nécessaire respect des droits de l’Homme.

Monsieur le Président,

Face à une menace d’une telle ampleur, nous n’avons d’autre choix que de renforcer la coopération internationale. Des progrès concrets sont possibles, comme le démontre l’adoption aujourd’hui même du registre des données des passagers aériens (PNR) par le Parlement européen.

Pour chacun de ces domaines, les Nations unies ont une grande valeur ajoutée à apporter, qu’il s’agisse de créer des normes, de fournir une orientation stratégique ou de mobiliser la communauté internationale.

L’examen de la stratégie mondiale des Nations unies au mois de mai devra être l’occasion de poursuivre ces discussions sur la manière de renforcer la coopération internationale en matière de lutte contre le terrorisme et de prévention de l’extrémisme violent. La France prendra toute sa part à ces débats.

Je vous remercie.

Dernière modification : 14/04/2016

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