L’ONU est née des ruines de la 2de Guerre Mondiale, mais aussi des leçons de la SDN

Session spéciale de l’Assemblée générale pour commémorer les victimes de la Deuxième Guerre Mondiale - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - 5 mai 2015

Madame la Présidente,

Je vous remercie de l’organisation de cette réunion spéciale de commémoration de toutes les victimes de la seconde guerre mondiale, 70 ans après la fin de la guerre sur le continent européen.

Je remercie également la Fédération de Russie d’avoir pris l’initiative de l’organisation de cette réunion de commémoration.

Le continent européen, un continent qui en 1945, n’est plus qu’un champ de ruines. Six ans de guerre, de destruction, de massacres, de déplacements forcés et de génocide ont fait près de 20 millions de morts parmi les civils sur le seul continent européen. C’est plus que le nombre de militaires tués. Cette guerre contre les civils a atteint son apogée dans l’horreur absolue de la Shoah, l’entreprise d’extermination nazie dirigée contre les Juifs d’Europe. Ce qui nous réunit aujourd’hui c’est d’abord le devoir éternel de mémoire dû à toutes les victimes de la guerre et de la barbarie.

Madame la Présidente,

Notre Organisation, l’Organisation des Nations unies, est née des ruines de la seconde guerre mondiale, mais aussi des enseignements de l’échec du système de sécurité collective de l’Entre-Deux-Guerres, et au premier chef celui de la Société des Nations.

L’échec de l’ancêtre de l’ONU nous fournit au moins quatre enseignements.

Tout d’abord, un traitement uniquement sécuritaire des conflits n’est pas suffisant. La prise en compte du nécessaire respect de la dignité et la valeur de la personne humaine, des droits fondamentaux de l’Homme, ainsi que le développement et le secours aux populations jouent un rôle essentiel, nous le savons aujourd’hui, pour s’attaquer aux racines des conflits. Dès 1943, les forces alliées mettaient en place l’UNRRA, l’Administration des Nations unies pour la reconstruction et le secours, qui vint en aide aux 30 millions de déplacés en Europe et en Asie. L’UNESCO, l’OIT, ou encore la FAO ont toutes été créées ou au moins préfigurées avant la victoire.

70 ans plus tard, l’ONU dispose de puissants leviers d’action pour venir en aide aux populations démunies et marginalisées, terreau de tous les conflits. Cet enseignement doit nous guider dans notre travail de définition du nouvel Agenda pour le Développement après 2015, qui devra répondre aux défis du monde en développement d’aujourd’hui.

Deuxième enseignement, notre capacité d’action est liée à la légitimité de nos institutions. C’est une évidence qui mérite d’être répétée : 70 ans après la création de l’ONU, notre Monde, celui de 2015, n’a plus grand chose à voir avec celui de 1945. L’ONU doit donc s’adapter et se réformer pour refléter le Monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. La réforme du Conseil de sécurité est à cet égard urgente et cruciale. La France est favorable à un élargissement du Conseil dans les deux catégories de membres, permanents et non-permanents et soutient l’Allemagne, le Japon, ce qui mérite d’être relevé ce jour, mais aussi l’Inde, le Brésil et une représentation africaine.

Légitimité donc, mais également crédibilité. C’est le troisième enseignement. Et de quelle crédibilité dispose le Conseil de sécurité lorsqu’il reste impuissant face aux crimes de masses commis depuis quatre ans en Syrie ? Au nom de quelle défense de la souveraineté peut-on accepter l’inaction face à un conflit qui a fait déjà plus de 200 000 morts déjà ?

Le 26 juin 1945, les Nations réunis à San Francisco signèrent la Charte en inscrivant en son Préambule ces mots qui résonnent encore de toute leur puissance :

« NOUS, PEUPLES DES NATIONS UNIES, RÉSOLUS à préserver les générations futures du fléau de la guerre (…) et à proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité et la valeur de la personne humain ».

Ce sont bien la défense des droits fondamentaux de l’homme qui forment la raison d’être de notre Organisation, droits inscrits solennellement dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Cette déclaration, à la rédaction de laquelle le juriste français René Cassin a contribué au premier rang aux côtés de neuf autres de ses pairs venus du monde entier, réaffirme l’intangibilité et l’universalité des droits de l’Homme.

C’est dans ce cadre que s’inscrit l’initiative française proposant que les membres permanents du du Conseil de sécurité s’abstiennent, volontairement et collectivement, d’avoir recours au veto dans les situations de crimes de masse, crimes dont l’ampleur et la gravité en Syrie représentent une insulte aux victimes de la seconde guerre mondiale que nous commémorons aujourd’hui. Nous souhaitons que le 70è anniversaire de l’ONU permette de faire avancer cette initiative.

Enfin, je mentionne un dernier enseignement auquel la France est très attachée. Il n’y a pas de paix sans justice. La lutte contre l’impunité des crimes les plus graves, hier à Nuremberg comme aujourd’hui à La Haye, doit rester au cœur de notre action pour rendre la paix durable et éviter le retour de la guerre. Cette exigence de justice, elle vaut évidemment pour la Syrie, où les responsables de crimes de masse devront être poursuivis devant la Cour pénale internationale.

Madame la Présidente,

Je terminerai mon propos par une note d’espoir. De 1870 à 1945, la France et l’Allemagne se sont affrontées dans trois guerres majeures, dont deux guerres mondiales. Depuis, les efforts inlassables des dirigeants des deux côtés du Rhin ont dessiné la voie d’une vraie réconciliation. Cette réconciliation franco-allemande a permis la construction de l’Union européenne, expérience unique dans l’Histoire d’intégration et de construction d’un espace de paix, de prospérité et de démocratie.

Il n’existe ni hérédité des conflits ni fatalité de l’Histoire. La réconciliation franco-allemande et la construction de l’Union européenne sont des leçons majeures pour notre temps présent et le puissant message d’espoir pour la communauté des nations.

Je vous remercie.

Dernière modification : 05/05/2015

Haut de page