L’Union africaine, partenaire incontournable pour les opérations de paix de l’ONU [en]

Débat sur la coopération ONU-UA, l’application du chapitre VIII et le futur de l’architecture africaine de paix et de sécurité - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 24 mai 2016

Monsieur le Président,

Je remercie les différents intervenants pour leurs propos introductifs très éclairants, comme je remercie la Présidence Egyptienne du Conseil de sécurité pour l’organisation de ce débat important.

Le Conseil de sécurité rentre tout juste de Somalie ; l’Opération qui y est déployée, l’AMISOM, est le cas le plus tangible de la coopération entre les Nations Unies et l’Union africaine, mais c’est loin d’être le seul.

Je formulerai à cet égard trois observations.

D’abord, les organisations régionales sont devenues des partenaires incontournables pour mettre en œuvre les Opérations de paix.

C’est l’une des conclusions principales des rapports sur les Opérations de paix et la consolidation de la paix. Et c’est un fait incontestable. Les organisations africaines, dont les actions s’intègrent à l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA), prennent de plus en plus leurs responsabilités, dans le cadre du chapitre VIII de la Charte.
Leur rôle politique de médiateur et de soutien s’est accru, comme l’illustre par exemple le rôle que joue la communauté est-africaine au Burundi, ou encore la CEEAC en RCA, sous la Médiation du Président de la République du Congo, permettant la conclusion réussie de la transition politique en Centrafrique.

Leur rôle militaire est également apprécié dans le cadre d’une complémentarité avec les OMP des Nations Unies, comme l’ont montré le passage de la MISMA à la MINUSMA au Mali et de la MISCA à la MINUSCA en RCA, ou encore le rôle spécifique des forces africaines telles que l’AMISOM et la Force multinationale mixte dans la lutte contre le terrorisme.

Je voudrais ici, au nom de ma France, rendre hommage aux forces africaines qui agissent chaque jour au service de la paix sur le continent, dans des conditions souvent difficiles et au prix de lourds sacrifices.

J’ajoute que pour le Conseil de sécurité, le dialogue avec les organisations régionales doit devenir un réflexe. Ce dialogue est en effet dans l’intérêt de tous et d’abord de la paix. Il doit permettre de forger un consensus mettant en avant les initiatives de l’Union africaine ou d’une organisation sous-régionale, lorsqu’elles existent.

La France, et c’est ma deuxième observation, veut donc encourager un rôle et une reconnaissance accrus de l’Union africaine et des autres organisations régionales dans la prévention des conflits, le maintien de la paix, et la consolidation de la paix.

La France se félicite du renforcement des liens entre l’Union africaine et les Nations Unies par l’établissement de bureaux de liaison à New York et à Addis-Abeba ou encore l’institutionnalisation d’échanges annuels entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine, que nous avons tenus hier ici à New York. Toutes ces initiatives sont en effet indispensables.

La France, à titre bilatéral, est l’un des premiers partenaires de l’Union africaine dans le renforcement des capacités africaines de paix. Chaque année, la France contribue à la formation de dizaine de milliers de soldats ; plus de 29 000 soldats africains ont ainsi été formés en 2015. Parmi les cadres formés par la France et engagés en opérations, près de 30% étaient engagés dans l’AMISOM. La France déploie également, en appui aux forces africaines et aux OMP des Nations Unies, des Opérations nationales au Sahel et en RCA, financées sur le seul budget national.

Mais notre débat sur la coopération avec les organisations régionales ne serait pas complet s’il n’était rendu justice au rôle déterminant joué par l’Union européenne, dont les manifestations sont nombreuses. Depuis 2007, l’Union européenne a financé l’AMISOM à hauteur de 1,1 milliard d’euros. Elle soutient financièrement l’architecture africaine de paix et de sécurité. De nombreuses missions de type EUCAP, EUNAVFOR et EUTM sont déployées sur le continent et sur ses côtes, en appui aux Etats africains. En matière d’organisations régionales, c’est donc un véritable partenariat stratégique tripartite ONU-UA-UE qui se met en place avec le plein appui de la France.

Monsieur le Président,

Dans ce contexte, et c’est mon troisième et dernier point, nous devons continuer à nous engager avec détermination dans le renforcement de ce partenariat stratégique.

Il est essentiel pour les Nations Unies de s’investir pleinement en amont, dans la définition d’un cadre global et concerté de gestion de crise, tant du point de vue politique que sécuritaire. Le cas du Mali le démontre : les Nations Unies interviennent dans un contexte où la dimension régionale est incontournable, en succession d’une Opération de l’Union africaine et à l’appui de la mise en œuvre d’un Accord de paix négocié dans la région. Toutes ces dimensions sont inextricablement liées.

A cet égard les questions de transition entre missions successives et de coordination entre missions simultanées sont l’un des champs qui nécessitent une attention particulière. Dans cette réflexion, la mise aux normes onusiennes, la formation des contingents régionaux, et une meilleure sensibilisation quant aux questions des droits de l’Homme nous semblent avoir une importance capitale, dans le cadre du maintien de la paix des Nations Unies.

Enfin, la durabilité et la soutenabilité financière des opérations militaires demeurent une préoccupation majeure. Aujourd’hui, l’Union Africaine est fortement tributaire des contributions extérieures pour le financement de ses opérations. L’objectif est que les organisations africaines puissent progressivement prendre en charge une part croissante de la charge financière de leur action.

Monsieur le Président,

La déclaration présidentielle que nous venons d’adopter reflète bien les enjeux discutés aujourd’hui. La France est déterminée à poursuivre ses efforts et sa coopération avec les Nations Unies et l’Union Africaine ainsi que l’ensemble des organisations régionales dans cette direction.

Je vous remercie.

Dernière modification : 24/05/2016

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