L’Union européenne est un partenaire stratégique du Conseil de sécurité

Coopération ONU/UE - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 6 juin 2016

Madame la Haute Représentante, Chers collègues

Je me réjouis que le Conseil ait tenu aujourd’hui cette réunion sur la coopération entre les Nations Unies et l’Union européenne, en présence de la Haute-représentante pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, dont je salue chaleureusement une nouvelle fois la présence parmi nous.

La tonalité générale des interventions autour de cette table a montré, je crois, combien la coopération entre les deux organisations revêt un caractère à la fois naturel et essentiel, tant les valeurs partagées mais aussi les champs d’intervention conjoints sont à la fois nombreux et en constante augmentation.

*

L’Union européenne constitue en effet un acteur majeur du maintien de la paix et un partenaire de tout premier plan des Nations Unies dans ce domaine.

A l’instar d’autres organisations régionales, son rôle devient de plus en plus déterminant dans la mise en œuvre des opérations de maintien de la paix, qu’il s’agisse de leur financement, des contributions militaires ou encore de leur accompagnement politique. Plus largement l’Union européenne intervient en faveur de la paix et de la sécurité en utilisant tous ces instruments dans le cadre d’une approche globale.

Ainsi, les nombreuses missions déployées par l’Union européenne, militaires comme civiles, dans le cadre de sa politique de sécurité et de défense commune contribuent à la mise en œuvre ou à l’accompagnement des décisions de ce Conseil dans plusieurs régions du monde. C’est notamment le cas :

-  sur le continent européen, où l’Union contribue par exemple à la stabilité de la Bosnie-Herzégovine et au renforcement de l’Etat de droit au Kosovo ;

-  en Afrique, notamment au Mali, au Niger, en RCA, et en Somalie, où l’Union soutient le renforcement structurel des capacités africaines de réponse aux crises et apporte un financement déterminant aux opérations africaines de soutien de la paix ;

-  ou encore en réponse à des menaces transversales, à travers l’action de l’Union dans la lutte contre le trafic de migrants en Méditerranée ou contre la piraterie maritime au large de côtes somaliennes.

Il faut également rappeler la contribution des pays européens aux différentes opérations de maintien de la paix : sur le plan financier avec la prise en charge de près d’un tiers du budget général du maintien de la paix, mais également sur le plan humain, comme par exemple au Mali où plus de 1 000 casques bleus européens sont engagés au sein de la MINUSMA avec des moyens inédits.

L’Union européenne est également un partenaire stratégique du Conseil de sécurité dans la recherche de solutions durables aux grandes crises qui occupent l’agenda de ce dernier.

C’est le cas sur le dossier du processus de paix au Proche-Orient tout d’abord, où l’Union européenne rappelle sans relâche qu’une solution juste et durable ne peut passer que par le respect du droit et que notre priorité commune doit consister à préserver la viabilité de la solution des deux Etats. L’Union a pleinement soutenu l’initiative française en faveur de la paix au Proche-Orient. La réunion du 3 juin à Paris a permis de réunir de nombreux acteurs, y compris bien sûr l’Union européenne, autour de l’objectif de poser les bases d’une nouvelle dynamique de paix bénéficiant du soutien actif de l’ensemble de la communauté internationale, avec pour horizon la tenue d’une conférence internationale d’ici la fin de l’année.

C’est également le cas sur le dossier syrien, où l’Union européenne apporte sa voix à ceux qui soulignent légitimement l’urgence d’une reprise des négociations inter-syriennes en vue de la mise en place d’une transition politique conforme aux dispositions du communiqué de Genève endossé par ce Conseil, tout en soulignant que celle-ci ne saurait raisonnablement intervenir que dans un contexte marqué par une cessation durable des hostilités et un accès libre, continu et sans entraves de l’aide humanitaire à toute personne dans le besoin.

C’est vrai aussi en Libye, où l’Union européenne déploie, aux côtés de la MANUL, un effort massif afin de donner les moyens au gouvernement d’entente nationale de lutter contre la menace que fait peser la présence croissante de groupes terroristes sur son territoire. L’Union a notamment fait part de sa volonté de contribuer, à travers sa mission EUNAVFOR Sophia déployée dans les eaux internationales au large des côtes libyennes, au renforcement de la mise en œuvre de l’embargo sur les armes à destination de la Libye, sans préjudice de possibles exemptions au bénéfice du gouvernement d’entente nationale. Nous travaillons ainsi, avec nos partenaires européens du Conseil, à un projet de résolution qui renforcerait les modalités d’intervention en haute-mer à l’encontre de navires transportant des armes ou des matériels associés en violation de l’embargo sur les armes.

C’est enfin le cas s’agissant de la crise en Ukraine, où l’Union européenne mène notamment une politique associant dialogue et fermeté. Les sanctions n’ont pas vocation à punir mais à encourager les parties prenantes à mettre en œuvre les dispositions endossées par le Conseil de sécurité en vue d’une sortie de crise, à savoir le paquet de mesures en faveur de la mise en œuvre des accords de Minsk.

L’Union européenne est par ailleurs un acteur de premier plan dans la réponse à la crise globale des migrants.

Soyons lucides, face à ce qui s’apparente à la plus grande crise de déplacés et réfugiés depuis la fin de la seconde guerre mondiale, à l’égard de laquelle l’ensemble de la communauté internationale partage une égale exigence de solidarité et de responsabilité, l’action volontariste de l’Union européenne est trop souvent minorée ou mal comprise.

Cette dernière reste en effet, et de loin, la première pourvoyeuse d’aide humanitaire aux réfugiés dans le monde. Ses Etats membres ont accueilli plus d’un million de personnes réfugiées au titre de la seule année 2015. Les opérations menées par l’Union, au premier rang desquelles figure EUNAVFOR Sophia, ont permis de sauver plusieurs milliers de personnes en situation de détresse dans les eaux de la Méditerranée, et de lutter contre les réseaux de trafiquants de migrants en Méditerranée. L’Union n’oublie pas de s’attaquer aux causes profondes de ce phénomène, comme en témoignent sa position de premier pourvoyeur mondial en matière de financement du développement, dans le cadre de la mise en œuvre de l’agenda 2030, mais également l’effort financier conséquent qu’elle réalise en faveur des pays d’origine et de transit.

Ainsi, si l’Union européenne ne peut résoudre seule la crise des migrants, elle prend bien toute sa part de responsabilité, politique, sécuritaire, financière mais également morale et humaine, pour y répondre efficacement.

*

Alors que nous célébrons aujourd’hui l’anniversaire du débarquement en Normandie, un des événements fondamentaux qui a ouvert la voie à la libération de l’Europe et à la création ultérieure de l’Union européenne, je conclurai en insistant une nouvelle fois sur un point de convergence fondamentale entre les Nations Unies et l’Union européenne : l’ONU et l’UE sont l’un pour l’autre des partenaires stratégiques, unis par une même vision du monde, au sein duquel le droit doit prévaloir sur la force, et par une même conception du multilatéralisme.

C’est bien ce qui fait de l’Union, au-delà de son rôle d’organisation régionale, l’un des piliers du système international actuel.

Je vous remercie.

Dernière modification : 06/06/2016

Haut de page